Depuis une heure, Desreynes, enfoncé dans le coin de son compartiment,
voyait les talus, les poteaux et les arbres, rigides et plats comme des
découpures, courir derrière la glace du wagon; les fils télégraphiques
dansaient sur le ciel pâle, comme le bas d'une feuille de musique qui
monte et descend, et Desreynes s'amusait à pointer, entre ces lignes,
les notes de l'air obsédant que lui chantaient les cahots du train.
Il ouvrit un journal et le ferma.
En vérité, il s'ennuyait: elle était tombée, la grande joie qu'il avait
eue d'abord à l'idée de ce départ, engourdie par les bercements de cette
fuite sur les rails, mourante avec toute pensée.
Il regarda ses voisins, et constata que tour à tour ils ouvraient, puis
fermaient un journal pour contempler les arbres, les poteaux et la
sarabande des fils.