Depuis trois jours il était là, consterné; trois jours et trois nuits!
Il avait eu du miel pour la faim, mais le miel provoque une soif
brûlante comme le feu. Et puis le désespoir le tuait d'avance, il ne lui
restait qu'à implorer le ciel.
Tout à coup un bruit étrange! En même temps l'arbre tremble, oscille!
Quelque animal grimpait lourdement et ses puissantes griffes faisaient
craquer l'écorce! Quel plus triste sort pouvait être réservé à
l'infortuné Trapilolu que celui d'agoniser lentement, horriblement, et
de mourir dans ce trou! Cependant, quand il vit apparaître à l'ouverture
la sinistre silhouette d'un ours chercheur de miel, il trembla dans tout
son être du frisson glacé de l'épouvantement.
Il ferma instinctivement les yeux... il allait être déchiré en lambeaux,
broyé, dévoré...
L'ours, sans regarder, se met à descendre tranquillement dans l'arbre,
selon son habitude, à reculons, et... s'assoit sur la tête de l'Indien
plus mort que vif, qui, éperdu, fou, saisit le derrière de l'animal, s'y
accroche, et le serre avec la force du désespoir en poussant un grand
cri. L'ours se sentant pris s'effraye et s'élance d'un bond l'enlevant
après lui, saute à terre et court encore. Trapilolu était resté
cramponné à une branche! L'aventure fit du bruit en Mongolie. Et voilà
pourquoi, depuis longtemps, on ne dispute plus le miel aux ours dans le
désert de Kobi.
<sc>B. Saint-Marc.</sc>