VI

Les allées se dessinaient. L'une, d'un bel ovale, entourait, devant

la maison, une pelouse qui, pour le moment, ressemblait à un coin de

mauvais herbage, avec toutes sortes de fleurs dans l'herbe inégale, des

renoncules, des pâquerettes, des gentianes roses, des centaurées; il

y avait aussi du jonc, des orties, de la ciguë et des angéliques, qui

ressemblaient à de grandes filles maigres coiffées d'un chapeau blanc.

Maître Encoignard, le jardinier de Valognes, considérait cette

sauvagerie d'un œil triste:

--Il faudra la charrue, monsieur des Boys, tout au moins la houe.

Puis nous tamiserons la terre remuée, nous égaliserons en bombant

légèrement, et nous sèmerons du ray-grass. En deux ans vous aurez là un

tapis de velours vert.

Lorgnant le paysage, il continuait:

--Des tilleuls! Il vous faudra ici un segoya et, là, un araucaria.

Que vois-je? Un pommier, Cela n'est pas convenable. Nous ôterons cela

pour y mettre un magnolia grandiflora. Un jardin anglais, vous voulez

un jardin anglais, n'est-ce pas? ne doit contenir que des plantes

exotiques. Des lilas, des rosiers? Pourquoi pas des boules de neige?

Ah! voici un houx panaché. Nous pouvons l'utiliser, peut-être.

--Je ne veux pas, dit Rose, qui s'était approchée, que l'on touche à

mes arbres.

--Elle a raison, dit M. des Boys.

--Arracher des lilas, reprit Rose, arracher des rosiers!...

--Mais, Mademoiselle, je vous mettrai à la place des fleurs plus belles.

--Les plus belles fleurs sont celles que j'aime le plus.

Elle cueillit une rose rouge et la porta à ses lèvres, la baisant comme

une chose sacrée et adorée.

Un cœur virginal · 第 24 / 47 题