Les allées se dessinaient. L'une, d'un bel ovale, entourait, devant
la maison, une pelouse qui, pour le moment, ressemblait à un coin de
mauvais herbage, avec toutes sortes de fleurs dans l'herbe inégale, des
renoncules, des pâquerettes, des gentianes roses, des centaurées; il
y avait aussi du jonc, des orties, de la ciguë et des angéliques, qui
ressemblaient à de grandes filles maigres coiffées d'un chapeau blanc.
Maître Encoignard, le jardinier de Valognes, considérait cette
sauvagerie d'un œil triste:
--Il faudra la charrue, monsieur des Boys, tout au moins la houe.
Puis nous tamiserons la terre remuée, nous égaliserons en bombant
légèrement, et nous sèmerons du ray-grass. En deux ans vous aurez là un
tapis de velours vert.
Lorgnant le paysage, il continuait:
--Des tilleuls! Il vous faudra ici un segoya et, là, un araucaria.
Que vois-je? Un pommier, Cela n'est pas convenable. Nous ôterons cela
pour y mettre un magnolia grandiflora. Un jardin anglais, vous voulez
un jardin anglais, n'est-ce pas? ne doit contenir que des plantes
exotiques. Des lilas, des rosiers? Pourquoi pas des boules de neige?
Ah! voici un houx panaché. Nous pouvons l'utiliser, peut-être.
--Je ne veux pas, dit Rose, qui s'était approchée, que l'on touche à
mes arbres.
--Elle a raison, dit M. des Boys.
--Arracher des lilas, reprit Rose, arracher des rosiers!...
--Mais, Mademoiselle, je vous mettrai à la place des fleurs plus belles.
--Les plus belles fleurs sont celles que j'aime le plus.
Elle cueillit une rose rouge et la porta à ses lèvres, la baisant comme
une chose sacrée et adorée.