--Il y a un cabinet d'histoire naturelle.
Et, faisant un geste de la main, il disparut au coin d'une rue.
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Tout semble avoir été combiné, en cette triste cité maritime, pour
faire croire que la mer n'existe pas. Les maisons lui tournent le dos
et l'on a ménagé entre le rivage et la ville un vaste désert de pavés,
de poussière et de vent. Pour découvrir que Cherbourg est vraiment un
port de nier, il faut gravir le rocher du Roule. M. Hervart souhaita de
s'élever sur ce pinacle.
--C'est inutile, dit Rose, nous allons monter sur la tour du jardin
Liais.
Ils marchaient côte à côte dans les rues mornes. A chaque pas Rose
regardait M. Hervart, inquiète de son silence. Elle prit son bras.
--Je n'osais vous l'offrir, dit-il.
--Aussi, je le prends moi-même.
--Je suis content, Rose, d'être ainsi à me promener avec vous.
Mais, en réalité, il était très gêné. Cette bonne fortune était à la
fois trop innocente et trop libre. Il se demandait comment faire pour
la maintenir, au moins, dans les bornes présentes.
«Si cela continue!... Et cela ne date que de ce matin!...»
Mais un raisonnement très logique le rassurait:
«Ou j'en veux, ou je n'en veux pas faire ma femme: or, dans un cas
comme dans l'autre, je dois la respecter.... C'est évident. N'étant ni
un sot, ni un malhonnête homme, je n'ai rien à craindre de moi-même.
L'instinct civilisé dominera nécessairement l'instinct naturel: je suis
très civilisé....»
Ils étaient vêtus légèrement. Le bras qu'il serrait brûlait sa chair.
«Hélas! en amour, on n'est sûr de rien, sûr de personne, de soi-même,
moins que de tout autre. Que suis-je, aux mains du désir? Et il faut
qu'en même temps que les miens j'endorme les nerfs surexcités de cette
petite! Les nerfs? Non, le sentiment. Mais le sentiment mène à tout....
Que je suis ridicule avec mes dissertations intérieures! Je me gâte de
délicieuses minutes....»
Une maison comme toutes les autres, une porte cochère, une voûte: on
est dans un grand jardin où se gonflent, parmi les palmiers, l'éclat
et le parfum d'une flore exotique. Ils furent plus troublés encore que
par les odeurs connues, les couleurs accoutumées du bois sauvage de
Robinvast. Dans cette oasis paradoxale, l'air, maintenu immobile par la
hauteur des murailles, était lourd et fiévreux. Des effluves presque
charnels sortaient des fleurs en amour....
«Quel alcôve pour des soirs de caresses!...» songea M. Hervart.
Il ne pensait pas à Rose; son imagination appelait Gratienne, qui était
voluptueuse. Il éteignit le soleil, alluma des globes lointains et
doux, puis, ayant jeté des coussins de soie rouge sur ce gazon, où un
magnolia venait de laisser tomber une de ses fleurs prodigieuses il y
coucha nue sa maîtresse.... Son délire augmenta: il se mit à genoux et,
penché sur la beauté impatiente de son amie, il la couvrait de baisers
et des plus tendres adorations.
--Ce jardin me rend fou! dit M. Hervart, à haute voix.
Le songe fut dissipé.
--Voici la tour, dit Rose, montons. Il y fera frais.
Elle aussi haletait, mais de malaise, et non d'amour.
Il faisait frais dans la tour.
En quelques instants, Rose, délivrée de son oppression, fut au sommet.
Elle avait bien senti que M. Hervart, absorbé par un songe, avait été
loin d'elle, pendant toute la fin de cette promenade; et Rose était
fâchée. L'apparition de M. Hervart, un peu rouge, et les veux égarés
encore, n'était pas faite pour la rasséréner. Elle se sentait jalouse.
Elle aurait voulu détruire l'objet de cette pensée.
M. Hervart perçut le petit mouvement d'impatience que Rose ne sut pas
réprimer, et il en fut content. Il aurait voulu être seul.
Il alla s'accouder à la balustrade, sans rien dire, regardant au loin
la mer toute bleue. Cela l'apaisa. De le voir absorbé de nouveau par
quelque chose qui n'était pas elle-même, Rose eut un second frisson de
jalousie; mais, cette fois, elle connaissait sa rivale. Les femmes ne
doutent jamais d'elles, et c'est ce qui leur donne la victoire. Rose
voulut lutter contre le charme de la mer infinie. Elle alla se poser
tout près de M. Hervart, épaule contre épaule, hanche contre hanche.