CHARTREUSE D'EMA, GALUZZO, POGGIO IMPERIALE.

(_Environ trois heures de voiture_.)

On sort de Florence par la vieille Porte Romaine construite par Orcagna

en 1328, et encore encadrée de murs crénelés. La route traverse des

collines et des mamelons plantés de vignes jusqu'à Galuzzo où elle passe

le torrent d'Ema pour atteindre bientôt la porte d'enceinte de +LA

CHARTREUSE D'EMA+ que l'on aperçoit couronnant une colline dont les

flancs sont plantés de cyprès. La Chartreuse fut fondée en 1341 par le

Florentin Acciajuoli, fixé à Naples où il avait fait une rapide fortune,

et où il était devenu grand sénéchal, sans pour cela oublier sa patrie.

Les plans furent, dit-on, dressés par ANDREA ORCAGNA, mais la Chartreuse

ne fut toutefois achevée qu'au XIVe siècle.

Après avoir longé un bâtiment du XIVe siècle à fenêtres cintrées, on

pénètre dans une petite cour où, par un double escalier intérieur et

extérieur, on monte au cloître entouré de portiques du XVIe siècle ou se

trouve la façade de +l'Église+ dédiée à saint Laurent.

D'après la règle des Chartreux auxquels fut donné le monastère, lors de

sa fondation, l'église est divisée en deux par une grille isolant les

religieux des fidèles. Le style pur de l'église a été défiguré par les

terribles ornementations du XVIème et du XVIIe siècles.

Sur le bas-côté de droite on descend de la +chapelle Sainte-Marie+,

construite par ORCAGNA et ornée d'un beau vitrail du XIVe siècle, dans

la +chapelle sépulcrale+ des Acciajuoli, sorte de crypte formée d'un

double bras contenant les tombes. En entrant à droite, _pierre tombale

de Nicolas Acciajuoli_, cardinal et petit-fils du fondateur, par

DONATELLO. Portant la mitre et la chape, il est représenté en bas-relief,

la tête appuyée sur un coussin, les mains croisées sur le bas du corps.

De chaque côté, SANGALLO a sculpté d'admirables guirlandes de fruits au

bas desquelles Donatello a placé les figures de la Foi et de la Justice,

tandis qu'au-dessus du défunt il sculptait les armoiries du cardinal. Le

bras de la chapelle, en face de l'entrée, possède de superbes tombeaux

placés devant l'autel.

1° Appuyée au mur de gauche et placée sur quatre consoles réunies par des

arcs trilobés est la table de marbre, sur laquelle repose la belle figure

du _grand Sénéchal Acciajuoli_ revêtu de son armure. ORCAGNA, auquel

on attribue cette oeuvre magnifique, y a représenté en traits admirables

toute la poésie de la mort, tant il a su rendre la sérénité profonde, la

calme gravité et la paix éternelle du sépulcre. Il a abrité l'effigie

sous un baldaquin en forme de châsse, supporté par cinq colonnes torses

enluminées de rouge et de vert.

2° Devant l'autel sont réunies, sous une même architecture, les

_pierres tombales_ du père ainsi que du fils et de la fille

d'Acciajuoli. De ces trois superbes sculptures, celle de droite est la

plus remarquable: elle représente un jeune homme en riche armure du XIVe

siècle, couvert de son manteau. Ces dalles d'un haut intérêt, attribuées

à DONATELLO, paraissent plutôt dues à l'école d'Orcagna.

Sur la gauche de l'église, s'ouvre le +Chiostrino+, petit cloître

carré dont le retour contre l'église est occupé par le +Colloquio+,

galerie destinée aux entretiens des frères. A peine longue de quelques

mètres, son principal ornement consiste en huit fenêtres garnies de

verrières couvertes de belles arabesques, qui se développent autour d'un

médaillon central consacré à un sujet de l'Histoire sainte; ce délicat

travail de JEAN D'UDINE, exécuté en 1360 dans le style raphaélesque, est

un des derniers ouvrages de l'art du verrier en Italie. Faites à l'instar

de la décoration des loges du Vatican, elles sont d'une élégante

composition, mais elles semblent plutôt des peintures sur verre que des

vitraux, car, dès la Renaissance, cet art est en pleine décadence et

finit par tomber en l'oubli. Les artistes négligent ou ignorent ces

précieux enchâssements de couleurs qui font du vitrail au moyen âge un

assemblage immense de gemmes; ils ne cherchent plus qu'à produire

l'illusion de la peinture, à l'aide d'une matière impropre à ce résultat

et où l'effet obtenu ainsi est le plus souvent malheureux.

Sur le Chiostrino ouvre le +réfectoire+. Le tympan de sa porte est

orné d'un bas-relief de LUCA DELLA ROBBIA, _Saint Laurent entre deux

Anges_; à côté le lavabo en pierre grise (restauré) est de

BRUNELLESCHI. A gauche du Chiostrino se trouve le +Petit Cloître+

oblong, à deux portiques superposés, d'où un passage conduit au grand

cloître. A gauche, dans ce passage, une belle porte du XVIe siècle en

marqueterie donne accès à la +chapelle du Chapitre+ où sont deux

importantes oeuvres d'art.

1° Effigie en marbre blanc de _Leonardo Buonafede_ exécutée en 1550

par FRANCESCO DA SANGALLO. L'évêque de Cortone, en soutane, en camail et

en mitre, est d'un naturalisme saisissant. Vivant d'énergie, son visage

ridé, un peu gras, est plein de bonhomie.

2° Au-dessus de l'autel, l'ami et le compagnon de Fra Bartolommeo,

MARIOTTO ALBERTINELLI, a peint en 1505 une très belle fresque consacrée

au _Christ_, dont deux anges recueillent le sang dans des calices.

Ce bel ouvrage est placé dans un admirable cadre en pierre, de MINO DA

FIESOLE.

+Le Grand Cloître+, dont les plans furent, dit-on, donnés par

Orcagna, est supporté par des colonnes monolithes d'une grande beauté.

Toutes les cellules des chartreux y donnent, et sont uniformément

composées de deux pièces superposées, communiquant par un petit escalier

et ouvertes sur un jardinet d'égale largeur d'où la vue sur Florence,

Fiesole, la campagne et les Apennins est admirable. Enfin le dessin du

grand puits central du Cloître est attribué à MICHEL-ANGE.

Après avoir quitté la Chartreuse d'Ema, on retourne à la grande place de

+GALUZZO+, l'une des principales communes des environs de Florence,

gouvernée par des podestats. Le MUNICIPIO, ancien palais Pretorio, a sa

façade chargée des innombrables écussons en pierre, en marbre, en bois ou

même en terre vernissée par les Della Robbia.

Au milieu de villas entourées de vignes, on gagne bientôt +POGGIO

IMPERIALE+. La villa de Poggio Imperiale était un couvent que la femme

du grand-duc Cosme II, Madeleine d'Autriche, appropria en 1622 à son

usage.

Une magnifique allée, composée de hauts cyprès, de chênes d'Italie et de

mélèzes, descend de la villa à la Porte Romaine et ramène rapidement à

Florence.

Florence historique, monumentale, artistique · 第 68 / 76 题