+PORTA AL PRATO+
+I. CARREGGI, PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, SAN STEFANO IN
PANE, PONTE A RIFREDI+.
+II. PERETOLA, BROZZI, SAN DONINO, POGGIO A CAJANO+.
I
CARREGGI, LA PETRAJA, VILLA DE CASTELLO, LA DOCCIA, ÉGLISE SAN STEFANO IN
PANE, PONTE A RIFREDI.
(_Environ cinq heures de voiture_.)
On sort de la ville par la Porte al Prato, et, après avoir traversé le
Mugnone et dépassé la colline de Fiesole qu'on laisse sur la droite, on
suit la route de Ponte a Rifredi jusqu'à l'entrée de ce village, où l'on
tourne à droite pour atteindre bientôt Carreggi.
+LA VILLA DE CARREGGI+ fut bâtie par Cosme le Vieux. MICHELOZZO
MICHELOZZI la construisit dans ce style classique gréco-romain qui alors
pour l'Italie était une sorte de rage.
Le vieux Cosme destinait Carreggi à devenir l'asile de tous les savants
proscrits auxquels il tendrait une main secourable et hospitalière. Cette
maison ne tarda pas à lui être un lieu de prédilection, à l'égal de sa
chère Badia de Fiesole, si bien qu'il y mourut en 1464, chargé d'ans et
de renommée, après avoir donné à la peinture et à l'architecture
l'impulsion qui, de saintes et originales qu'elles étaient, les a faites
magnifiquement copistes.
Son fils Pierre eut assez à faire avec les difficultés intérieures et
extérieures qu'il rencontra, pour n'avoir pas grand temps à donner aux
plaisirs intellectuels; mais son petit-fils Laurent hérita des goûts de
son grand-père, et la villa de Carreggi devint le rendez-vous de tous les
hellénistes et de tous les latinistes de l'époque, à l'exclusion de la
Badia, trop sévère pour ses goûts de magnificence. Laurent rétablit à la
villa Carreggi les entretiens du jardin d'Academos, et, ayant découvert
que la Grèce fêtait le 17 novembre l'anniversaire de la naissance de
Platon, chaque année il y célébrait cette date à grand renfort de
musiciens et de discussions philosophiques. Étant tombé malade à
Florence, Laurent se fit aussitôt transporter à sa chère villa, où il
mourait en 1492, après avoir appelé à son lit de mort Jérôme Savonarole
dont l'ascétique figure parut terrible et jeta l'effroi dans ce léger
milieu païen.
On raconte que, pour rester jusqu'au bout fidèle à ses traditions
athéniennes, Laurent fit élever à Carreggi son second fils Jean, celui
qui devait être le pape Léon X.
De sa splendeur passée, la villa n'a conservé que ses beaux jardins; elle
appartient actuellement à la famille Orsi.
La route descend vers le torrent de la Terzolla qu'elle franchit,
contourne les bâtiments du couvent della Quiete et arrive rapidement à
+LA VILLA PETRAJA+. La villa royale de la Petraja (permission à
Pitti), construite par BUONTALENTI, a conservé assez grand air en dépit
des réparations. C'est un édifice carré surmonté d'une sorte de beffroi
bordé de deux galeries extérieures. Cette tour fortifiée rappelle la
destination de la villa, château fort jusqu'en 1608, époque où les
Médicis la transformèrent. La Petraja s'élève au pied des montagnes, sur
leurs dernières pentes, et est précédée de beaux jardins étagés en
terrasses d'où l'on découvre un panorama splendide d'une immense étendue
sur Florence et les montagnes. A droite du château se présente une
ravissante _fontaine de_ TRIBOLO, sorte de vasque, d'où s'élève une
colonne de marbre blanc décorée de satyres chevauchant des dauphins, et
destinée à supporter une deuxième vasque ornée de guirlandes tenues par
des génies. De cette conque émerge un piédestal qui sert de support à une
charmante baigneuse de bronze tordant ses cheveux, ouvrage de JEAN DE
BOLOGNE.
L'ancienne cour, transformée en salon vitré, est décorée de
_fresques_ de DANIEL DE VOLTERRA sous le portique; d'autres fresques
du XVIIe siècle sont relatives à l'histoire des Médicis. Le beau parc de
la villa la relie à celle de Castello qu'on gagne à pied en quelques
minutes.
+LA VILLA ROYALE DE CASTELLO+, située plus bas que la Petraja,
possède, à défaut d'étendue, un beau jardin dessiné et créé par Cosme
l'Ancien et auquel on a conservé les dispositions de l'époque. La
décoration en fut confiée au sculpteur NICOLAS TRIBOLO en 1550, et il fut
orné de sculptures antiques provenues en majeure partie de l'ancien dôme
de Florence avant qu'Arnolfo di Cambio ne l'eût transformé. Au milieu du
jardin s'élève une magnifique _fontaine_ monumentale composée de
deux vasques superposées, ouvrage de TRIBOLO. Sur le bord de la première
sont couchées quatre ravissantes statuettes de bronze, sur la seconde se
dresse un groupe en bronze, _Hercule et Antée_.
Dans la partie supérieure du +jardin+, sous la terrasse, s'ouvre une
grotte artificielle en rocaille où s'agite au-dessus de fontaines la
ménagerie la plus étrange, rhinocéros, girafes, ours, loups, lions,
singes etc., etc. Sur les bords des superbes vasques formées par des
sarcophages antiques, des oiseaux en bronze dus à JEAN DE BOLOGNE sont
posés un peu partout.
De la villa de Castello, une marche de quelques minutes conduit à la
+Doccia+, la célèbre manufacture de faïences fondée en 1735 par le
marquis Ginori. Un petit musée contient les plus intéressants types de
fabrication.
En sortant de la Doccia, on repasse devant Castello pour atteindre
l'église de +San Stefano in Pane+. Elle possède un beau retable en
terre vernissée polychrome, par JEAN DELLA ROBBIA.
Deux Saints gardent le tabernacle entouré d'une double bordure
d'arabesques et de chérubins et surmonté d'un vase de fleurs d'où partent
des guirlandes de fruits. Au-dessus, deux Anges volent en soutenant une
couronne sur la colonne mystique.