(_Environ cinq heures de voiture_.)
De Florence, après avoir gagné Fiesole qu'on traverse, on contourne le
mont Cectioli au sud-est de Fiesole et l'on suit une arête au travers
d'un bois clairsemé de pins et de cyprès d'où l'on domine des deux côtés,
à une grande hauteur, un paysage montagneux de toute beauté. La route de
Vincigliata, bordée de hauts cyprès, se détache bientôt et l'on plonge
sur tout le bassin de Florence que l'on découvre à ses pieds avec la
ceinture des Apennins purement découpés sur l'horizon. On laisse à droite
le CASTEL DI POGGIO, petit château avec des restes de fortifications dans
une magnifique situation, en face du monte Cectioli, puis la route
descend par de longs lacets, avec la vue toujours étendue sur le paysage
unique qu'on admire depuis Fiesole, vers le château de Vincigliata qu'on
aperçoit au-dessous de soi.
+LE CHÂTEAU DE VINCIGLIATA+ (permission à Florence) appartient à un
Anglais, M. Temple Leader, qui le releva de ses ruines de 1855 à 1867, et
reconstitua ainsi le type à peu près unique d'un château fort italien du
XIVe siècle. Le château proprement dit est une masse carrée dominée par
une tour carrée, le tout formidablement hérissé de mâchicoulis et de
créneaux et entouré d'une enceinte défendue par deux tours, dont l'une
forme l'entrée, tandis que s'étendent en face les bâtiments d'habitation
reliés à l'entrée par une sorte de galerie formant cloître.
De ces appartements, situés en contre-bas du grand préau dont est
entourée la tour centrale, on monte à celui-ci par un escalier intérieur
qui débouche sous le portique d'une de ses faces (les deux autres étant
occupées par des bâtiments).
Toute cette cour est garnie d'écussons et de sculptures comme la cour du
Bargello, et, comme celle-ci, elle a un escalier extérieur montant à
l'étage supérieur.
Quant aux bâtiments d'habitation, les appartements sont intelligemment
restaurés dans le goût de l'époque. A la chapelle et à la salle de
justice succède la salle d'armes décorée de fresques provenant de
l'ancien hôpital de Santa Maria della Scala, _la Vie de saint
Bernard_ attribuée à SPINELLO ARETINO.
De Vincigliata la route gagne la vallée par de nombreux lacets, et après
avoir franchi le Torrent de la Mensola, elle atteint +SAN MARTINO DE LA
MENSOLA+ dont l'église possède un retable attribué à FRA ANGELICO;
puis on rejoint par une pente rapide la route de Settignano à San Salvi.
+SAN SALVI+ est un ancien couvent de la règle de Vallombreuse,
mentionné dès 1084, mais dont il ne subsiste que peu de restes.
Dans le +réfectoire+ s'est heureusement conservée une oeuvre des plus
importantes, peinte par ANDREA DEL SARTO, de 1526 à 1527, dans les toutes
dernières années de sa vie. Cette composition est peut-être la seule
_Cène_ qui puisse, de loin il est vrai, être rapprochée de la
fresque de Léonard comme grandeur de composition et comme noblesse de
mise en scène.
On ne peut naturellement réclamer des maîtres de la grande Renaissance la
simplicité émue et l'intensité parfois poignante des vieux maîtres, pour
lesquels la peinture n'était que le moyen de fixer en eux-mêmes le
souvenir de leurs visions. Rien de pareil ici; on est en face d'une forme
d'art pour laquelle le sujet importe peu, ou n'est plus rien, et où tout
se réduit à obtenir l'eurythmie, par des procédés purement techniques.
Les artistes atteignent un véritable summum dans les groupements naturels
et harmonieux, dans la beauté de l'attitude et du mouvement, dans la
science du coloris, la richesse de la draperie, dignes de toute
admiration, mais il ne faut pas leur demander d'exprimer de certaines
émotions qu'ils sont bien incapables de ressentir.
Le long des murs, quelques belles figures de Saints sont encore des
ouvrages de jeunesse d'Andrea del Sarto.
On rentre à Florence par la place Beccaria, au milieu de laquelle a été
conservée la vieille porte Santa Croce.