ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS (46, Via Ricasoli)

+Salle I+.--N° 31.--BALDOVINETTI. _La Trinité_.

N° 27.--ANGELICO. Retables.

+Salle à Coupole+.--MICHEL-ANGE. _David_.--Le _David_ fut

sculpté en 1501 par Michel-Ange tout jeune, qui fut rappelé de Rome tout

exprès pour tirer d'un gigantesque bloc de marbre mal venu, une colossale

statue destinée à être placée devant le Palais Vieux. Loin d'être arrêté

par cette difficulté de métier, jamais Michel-Ange ne semble avoir été

plus en possession de son admirable talent, plus maître de son art, que

dans cette juvénile figure où la justesse des rapports, la perfection du

modelé et le fini parfait excitent la plus vive admiration. Le maître a

choisi l'instant où le héros va lancer sa fronde, et l'attente du geste

décisif est parfaitement marquée par l'expression sévère et concentrée du

visage qui frappe par sa ressemblance avec celui du _Saint Georges_

d'Or San Michele, ce chef-d'oeuvre de Donatello.

MICHEL-ANGE. Ébauche pour un _Saint Mathieu_. C'est la seule ébauche

des statues des Apôtres que Michel-Ange devait exécuter pour Sainte-Marie

des Fleurs, oeuvre infiniment intéressante, puisqu'elle permet de saisir

sur le fait son procédé de travail et sa préoccupation de mener de front

l'étude de la forme et la recherche de l'effet. Dans l'espèce de grande

dalle où la statue est encore engagée, il semble que le maître ait

dessiné au ciseau toutes les valeurs, jusqu'à donner à l'oeuvre l'aspect

du bas-relief ou à produire l'impression d'un puissant et singulier

carton.

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| V |

| SALLE DU PRINTEMPS |

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| DESSINS |

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_________| SALLE | /

| | D'ANGELICO | Via Ricasoli

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| II | SALLE I | E

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| SALLE | PRIMITIFS | T

| | | R

| A | | É

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| COUPOLE | |

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| | COUR |

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| | INTÉRIEURE |

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| SALLE III |

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+Grande Salle III+.--N° 36.--MASACCIO. _La Conception_.

Sainte Anne, la Vierge et l'Enfant. Il est intéressant de constater dans

cette oeuvre de jeunesse du maître, combien son idéalisme d'alors était

déjà combattu par son entraînement au réalisme et au naturalisme.

N° 41.--FRA FILIPPO LIPPI. _Couronnement de la Vierge_, oeuvre

tardive de 1441. Ce grand tableau, malheureusement très abîmé, est

surchargé de personnages; de plus, comme le sujet principal est placé sur

le second plan, il en perd toute grandeur. Le défaut ordinaire de Lippi,

qui est de raplatir la tête de ses figures, a été poussé ici à un

désagréable excès. Dans ce tableau, Lippi s'est peint lui-même à genoux

et les mains jointes.

N° 42.--FRA FILIPPO LIPPI. _L'Annonciation_, belle prédelle de 1441.

Nos 37 et 39.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Sainte Madeleine_ et _Saint

Jean-Baptiste_, figures ascétiques d'un grand caractère.

N° 38.--ANDREA DEL CASTAGNO. _Saint Jérôme en prière_.

N° 32.--GENTILE DA FABRIANO. _Adoration des Mages_. Ce chef-d'oeuvre

célèbre fut peint pour Palla Strozzi en 1423. Sorte d'Angelico ombrien,

Gentile évoque un monde tout idéal, tout fantaisiste; il couvre ses

personnages de vêtements somptueux où l'or tient la plus grande place,

mais un or traité à la manière des icônes byzantines, c'est-à-dire en

relief avec des incrustations et des gravures. Son goût prononcé pour la

zoologie se traduisit par la recherche des animaux extraordinaires qu'il

a figurés dans le cortège des Mages. Peu de tableaux laissent une aussi

délicieuse impression de poésie et de fraîcheur.

N° 34.--FRA ANGELICO. _La Déposition de la Croix_. Ce chef-d'oeuvre,

d'une simplicité grandiose, est d'une perfection de composition, d'une

profondeur de sentiment, d'une pureté de dessin qui en font une des plus

impressionnantes oeuvres du XVe siècle. La croix occupe le centre, et le

corps du Christ en est détaché par saint Jean accompagné d'un groupe de

disciples qui soutiennent le cadavre. D'autres groupes admirables sont

composés de la Vierge, des Saintes Femmes et d'hommes qui contemplent

avec commisération les instruments de la Passion montrés par l'un d'eux.

Les montants du cadre sont garnis de douze délicates petites figures de

saints et les trois gâbles qui le surmontent représentent _la Visite

des Saintes Femmes au tombeau_, _la Résurrection_ et _l'Apparition à la

Madeleine_. Pour bien apprécier cette oeuvre de premier ordre, il faut se

faire à un coloris d'une vivacité et d'une crudité de tons rares, même

chez l'Angelico.

N° 43.--ANDREA VERROCCHIO. _Baptême de Jésus-Christ_. On a longtemps

considéré ce tableau comme la seule peinture complète du Verrocchio, mais

on est arrivé à reconnaître que l'oeuvre, loin d'avoir jamais été achevée

par lui, avait été terminée par son élève, Léonard de Vinci. La seule

part attribuée maintenant à Verrocchio est la figure de saint

Jean-Baptiste et le paysage du fond. L'artiste, avec le caractère plutôt

abrupt de son talent et sa passion de l'anatomie et de la vérité, a

trouvé un sujet digne de lui dans la figure réaliste et ascétique du

précurseur, modelée en pleine lumière. Cette partie, un peu dure, forme

un saisissant contraste avec les deux délicieuses figures d'anges

agenouillés que Léonard a traitées en clair obscur, avec tout le charme

de son incomparable génie.

N° 46.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge, l'Enfant Jésus, la Madeleine,

sainte Catherine, saint Damien, saint Cosme et divers saints_. Un des

premiers ouvrages de Sandro et non des meilleurs. Les figures sont encore

très influencées de celles de son maître, POLLAJUOLO.

N° 47.--SANDRO BOTTICELLI. _Couronnement de la Vierge_. Un des plus

grands tableaux d'autel du maître.

N° 52.--SANDRO BOTTICELLI. _La Vierge sur un trône entre des anges et

des saints_. Ces deux tableaux prouvent surabondamment combien le

talent de Botticelli était rebelle aux sujets religieux.

N° 49.--FRA FILIPPO LIPPI. La belle _Madone avec quatre Saints_ sous

une architecture, est une des bonnes oeuvres du maître. Elle est

remarquable par la facture des vêtements.

N° 50.--GHIRLANDAJO. _L'Adoration des Bergers_, peinte vers 1485,

est à peu près analogue à celle des Innocenti. L'influence de Van der Goes

et de l'oeuvre de l'hôpital Santa Maria Nuova y est également sensible.

Cet ouvrage, à bien des égards, est excellent; on y retrouve la

scrupuleuse conscience de Ghirlandajo et, grâce à son coloris plus calme,

il est d'un aspect plus agréable que le retable des Innocenti.

N°53.--PIERRE PÉRUGIN. _Le jardin de Gethsemani_.

N° 56.--PIERRE PÉRUGIN. _Crucifixion_. Ces deux tableaux furent

peints par le Pérugin vers 1496, c'est-à-dire à cette période de sa vie

où, par son absence de conviction artistique, il sacrifiait exclusivement

à la grâce et à l'afféterie et laissait dans ses compositions une large

place à de beaux paysages de convention.

N° 55.--PIERRE PÉRUGIN. _Assomption_, avec quatre saints dans le bas

du tableau.

Cette grande composition, très conventionnelle, date de l'époque des

fresques du Cambio avec lesquelles elle a de grands rapports de manière

(1500).

N° 58.--PIERRE PÉRUGIN. _Pieta_. Ce tableau célèbre est une oeuvre de

jeunesse intéressante par sa singulière ordonnance et son architecture

classique. Malheureusement l'expression des visages et l'attitude des

personnages sont toujours de la plus désolante banalité.

N° 54.--LUCA SIGNORELLI. _La Vierge avec le Christ, deux Saints et les

archanges Michel et Gabriel_. Remarquable tableau d'autel d'un coloris

vif et fondu tout à la fois.

N° 57.--FILIPPINO LIPPI. _Descente de Croix_. Ce tableau d'autel,

resté inachevé par suite de la mort de Filippino (1504), fut repris et

terminé par le Pérugin.

N° 59.--ANDREA DEL SARTO. _Quatre Saints_.

N° 63.--Prédelle de ces tableaux avec la Vie de ces Saints. Ces deux très

belles compositions sont de la même époque et de la même manière que les

admirables fresques des Scalzo (1528).

Il est intéressant de constater combien, à cette date, André del Sarto

était impressionné par le génie d'Albert Dürer.

N° 66.--FRA BARTOLOMMEO. _Apparition de la Vierge à saint Bernard_,

oeuvre de jeunesse (1506) avec encore un peu de sécheresse dans les

contours et malheureusement d'une mauvaise conservation.

N°69.--FRA BARTOLOMMEO. _Saint Vincent_.

Nos 78 et 82.--FRA BARTOLOMMEO. _Têtes d'Apôtres_. Ces morceaux de

fresques sont de premier ordre et donnent le plus utile renseignement sur

la hauteur de vues, la noblesse de sentiments et la belle intégrité

artistique du Frate.

+Salle IV (Salle d'Angelico)+.--Cette salle contient un véritable

trésor d'oeuvres de l'Angelico qui, avec des qualités différentes, sont

toutes inspirées de son exquise poésie symbolique et mystique.

N° 41.--_Le Jugement dernier_. Composition où se meuvent une

multitude de petites figures d'une exécution relativement peu soignée

pour l'Angelico. La partie la plus intéressante du tableau est constituée

par une ravissante farandole de petits anges qui se déroule dans le

Paradis, au milieu d'une prairie émaillée de fleurs.

Si Angelico est, par excellence, le peintre des joies célestes, il est

moins apte à exprimer l'angoisse et la douleur des damnés, aussi la

partie de l'enfer laisse-t-elle à désirer.

N° 16.--Six petits panneaux. _Vies et supplices des saints Cosme et

Damien_.

Nos 11, 24.--Huit panneaux divisés en compartiments et formant

trente-cinq sujets de la Vie de Jésus-Christ. Ils sont d'inégale valeur

et plusieurs sont de la main de Baldovinetti. Toutefois, quelques-uns,

comme finesse et perfection, sont de vraies miniatures. Parmi ceux-ci:

_la Fuite en Égypte_, _la Flagellation_, _le Portement de

Croix_, _Jésus dépouillé par les soldats et les Saintes Femmes au

tombeau_ sont hors ligne.

N° 20.--_Couronnement de la Vierge_, petit médaillon de la plus

grande finesse.

N° 21.--_Le Christ à mi-corps, debout dans le tombeau_, entouré de

toutes les _scènes de la Passion_. Cette belle conception,

particulièrement affectionnée par l'Angelico, est d'un dessin large et

savamment modelé.

PIERRE LORENZETTI.--Quatre épisodes très archaïques de la _Vie de saint

Nicolas de Bari_.

N° 31.--FRA BARTOLOMMEO. _Savonarole sous l'aspect de saint Pierre

martyr_.

N° 18.--PÉRUGIN. Beaux portraits de _Baldassare Monaco_ et de _don

Biagio Milanesi_, moines de Vallombreuse. La beauté, la simplicité et

la sévérité de ces deux profils de moines les ont longtemps fait

attribuer à Raphaël comme oeuvre de jeunesse.

+Salle V+.--Cartons.--Collection d'admirables cartons de Fra

Bartolommeo.

Carton du _David_, de Michel-Ange.

+Salle VI+.--N° 22.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Saint Augustin_,

âgé. Admirable figure d'évêque debout, crossé et mitré.

N° 23.--ANTONIO DEL POLLAJUOLO. _Sainte Monique_, superbe figure de

vieille femme, pendant du précédent.

N° 24.--VERROCCHIO. _Tobie et les trois Archanges_.

Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël accompagnent le jeune Tobie

retournant chez son père. Cette oeuvre admirable est une des premières du

Verrocchio et l'analogie du type des Archanges avec ceux du _David_

au Bargello et du _Saint Jean-Baptiste_ dans le _Baptême_ de

l'Académie est frappante.

La gravité, la noblesse et la beauté des figures, la minutieuse recherche

des anatomies, le réalisme scrupuleux poussé jusqu'aux moindres plis des

vêtements, enfin la poésie du délicieux paysage du fond, tout concourt à

placer ce tableau parmi les productions les plus parfaites des

Quatrocentisti.

N° 19.--LUCA SIGNORELLI. _La Madeleine agenouillée au pied de la

Croix_. Cette page a la dureté et la crudité de couleur trop

ordinaires chez Signorelli, défauts amplement rachetés du reste par la

beauté de la composition et la profondeur et l'émotion uniques chez lui.

Le fond en perspective représente la Déposition, la Mise au sépulcre, et

la Visite des Saintes Femmes au tombeau.

N° 16.--DOMINIQUE GHIRLANDAJO. _Vierge entre des anges et divers

saints_, excellent ouvrage de jeunesse.

N° 12.--FRA FILIPPO LIPPI. _Naissance de Jésus-Christ_, retable de

médiocre valeur, seulement intéressant comme étant le tableau de l'autel

de la chapelle Riccardi auquel aboutissait toute la composition de

Benozzo Gozzoli.

Nos 6, 7, 8, 9.--SANDRO BOTTICELLI. _Le Christ

ressuscitant_.--_Salomé avec la tête de Saint

Jean-Baptiste_.--_Visions de Saint Augustin_.--_Mort de Saint

Augustin_.--Quatre adorables petits panneaux oblongs.

N° 20.--SANDRO BOTTICELLI. _L'archange Raphaël et Tobie_, tableau

très abîmé, mais d'un délicieux sentiment. Les deux figures, rapprochées

de celles du tableau du Verrocchio, expliquent l'attribution erronée de

cette peinture faite longtemps à Sandro. Au bas, petite figure

agenouillée du donateur Strozzi, dont les armes occupent le haut du

tableau.

N° 27.--SANDRO BOTTICELLI. _Allégorie du Printemps_, tableau exécuté

en 1462 sur la commande de Pierre de Médicis et destiné avec celui du

musée des Offices, «l'Arrivée de Vénus à Cythère», à sa villa de

Castello. C'est un chef-d'oeuvre de paganisme mythologique, interprété

avec toute la subtilité, tout le raffinement d'un «décadent» de la

Renaissance. Il puisa son sujet dans le passage du cinquième livre de

Lucrèce, où le poète décrit ainsi le réveil de la nature:

«Sur l'aile de Zéphyr le doux Printemps renaît et Vénus daigne sourire

aux champs rajeunis. Sur leurs pas Flore, mère facile, épanche ses

parfums et émaille les prés de ses dons enchanteurs.»

Comment Botticelli a-t-il traduit la pensée de Lucrèce? Dans un bois,

figuré par des arbres chargés de fleurs et de fruits, dont les

silhouettes noires sont violemment découpées sur un ciel pâle, s'ouvre

une clairière semée de mille fleurs, traitées avec la patiente minutie de

la miniature. Sur ce chemin fleuri s'avance Vénus précédée des Grâces et

de Mercure, et suivie de la figure allégorique du Printemps. Flore,

poursuivie par Zéphyr, occupe l'extrême droite du tableau, et l'Amour,

les yeux bandés, vole au-dessus des groupes en décochant ses flèches.

Les sept personnages, presque aussi grands que nature, sont traités avec

l'art le plus consommé autant par la perfection du dessin que par

l'agrément du coloris. Les femmes, avec les formes élancées et un peu

grêles chères à Botticelli, sont vêtues de gazes transparentes voilant à

peine leur belle nudité. Une seule figure, la figure si énigmatique du

Printemps, porte une tunique compliquée, semée de fleurs sur fond blanc;

les cheveux fauves, coupés court, encadrent son délicieux visage et son

expression étrange donne à sa physionomie quelque chose de problématique

et de captivant. Les dimensions de cet ouvrage lui assureraient un rang à

part dans l'oeuvre de Botticelli, si d'ailleurs des qualités de premier

ordre ne l'y plaçaient de droit.

+LE COUVENT DE SAN MARCO+, fondé par les moines de l'ordre de

Saint-Sylvestre, fut concédé aux dominicains par le pape Martin V, sur

les instances de Cosme l'Ancien, leur zélé protecteur, auquel l'ordre

devait d'être rentré à Florence après en avoir été précédemment expulsé.

Le couvent fut magnifiquement restauré par Michelozzo de 1436 à 1443, et

Fra Angelico de Fiesole passa plusieurs années de sa vie à le décorer de

ses fresques.

Le génie de Giotto avait contenu en germe toute la peinture italienne,

c'est-à-dire l'idéalisme et le réalisme. Par la grandeur des choses vues

de loin, il rehaussa la vérité des choses vues de près estompées sur le

vif; en un mot, il conçut le premier l'union du symbole et du portrait.

Un demi-siècle après la mort de ce grand homme, alors que s'épanouissait

la génération de ses élèves, deux courants se formèrent dont la source

remontait également à son génie. Tandis que des artistes tels que les

Masolino, les Masaccio ou les Fra Filippo Lippi développaient la peinture

dans le sens de la vérité individuelle et du portrait, d'autres, comme

Fra Giovanni de Fiesole, s'attachaient au spiritualisme puisé dans

l'oeuvre de Giotto ou inspiré par le platonisme de Dante et donnaient le

jour à une peinture destinée, semble-t-il, à illustrer les missels du

Paradis.

L'Angelico fut la plus haute manifestation de cet art et San Marco la

plus parfaite expression de son talent.

Les fresques multiples que renferme le couvent ne sont pas des oeuvres

destinées à la critique ou au jugement d'un nombreux public. Elles

devaient, en décorant des cellules où personne ne pénétrerait, ne servir

qu'à l'édification ou à l'enseignement des moines, et Angelico pouvait se

livrer, sans préoccupation mondaine, tout entier à l'inspiration de son

âme. Beaucoup de ces fresques, sans recherche d'anatomie ou de dessin

quelconque, sont très légèrement indiquées et c'est parfois de celles où

ces défauts sont le plus accusés que se dégage l'impression la plus vive;

on les dirait éclairées par une sorte de lumière intérieure dans le

rayonnement de laquelle, toute trace de procédé matériel s'effaçant,

elles apparaissent comme dans une atmosphère de pure spiritualité.

Le même état d'âme se manifeste au couvent de San Marco dans Baccio della

Porta, dit Fra Bartolommeo, devenu moine en 1501, sous l'impression

terrible qu'avait produite en lui la mort affreuse de son ami Savonarole.

Après plusieurs années passées sans toucher à ses pinceaux, il les reprit

par ordre du prieur, et c'est de cette époque que datent toutes ses

admirables compositions religieuses où s'accuse si profondément le tour

extatique et mystique de son esprit.

Il reste enfin à parler du plus célèbre des hôtes de San Marco, de celui

dont le nom a marqué dans l'histoire de son pays, de celui dont la pensée

grave et austère tenta la réforme morale et religieuse d'une époque déjà

dissolue: de Jérôme Savonarole. A la fin du XVe siècle les regrets

causés par l'affaiblissement de la foi et la perte de la liberté, les

écarts des lettres et les périls de l'indépendance nationale provoquèrent

à Florence une violente réaction politique et religieuse dont l'apôtre

fut Jérôme Savonarole, un moine mystique doublé d'un tribun.

Cet homme sut, dans la païenne Florence d'alors, amener une révolution

complète, il sut établir une république théocratique animée du souffle

divin et fonder sur la puissance populaire la réforme des moeurs et le

mépris des arts. Il tomba, sous le persiflage des libertins de la

Renaissance, sous les attaques de l'aristocratie, sous les foudres de la

papauté et sous ses propres excès, mais en laissant le souvenir pur d'un

apôtre, d'un prophète et d'un martyr.

Jérôme Savonarole naquit à Ferrare en 1452, et une vocation irrésistible

l'ayant entraîné vers les ordres, il entra en 1475 chez les dominicains

de Florence, à l'âge de vingt-trois ans.

Il fut d'abord destiné à la prédication où, malgré sa foi ardente, son

élocution difficile l'empêcha de réussir. Mais, loin de se décourager, il

revint à l'étude de la Bible et, pendant quatre années, se voua au

travail, au silence et à la solitude. Aussi, quand il quitta, pour

rentrer à Florence, le sévère couvent de la Lombardie où il s'était

retiré, se considérait-il comme élu par Dieu pour ramener l'Italie à la

foi et aux bonnes moeurs par ses menaces et ses avertissements. Il la

regarda désormais comme les prophètes regardaient la Judée, ne voyant

plus dans son peuple qu'une nation de prédilection, que Dieu, selon les

circonstances, soutenait ou châtiait impitoyablement.

Ainsi préparé et se croyant marqué du sceau divin, il recommença ses

prédications (1490) et avec des figures et des citations bibliques

flagella ses contemporains et les menaça, dans un langage violent et

âpre, d'un redoublement de la colère céleste. La foule dès lors se pressa

autour de lui et il dut abandonner la salle du chapitre de San Marco où

il prêchait sous la fresque de l'Angelico, pour le jardin du cloître et

ensuite pour l'église San Marco. La ville tout entière fut alors

suspendue aux lèvres du moine dont la parole terrible menaçait l'Italie

des «fléaux de Dieu: la conquête, la servitude et la ruine» si elle ne se

réformait pas dans les moeurs et dans «le siècle».

La popularité de Savonarole lui valut la dignité de prieur et Laurent le

Magnifique, que sa parole inspirée commençait à effrayer, put espérer que

cette élévation tempérerait l'ardeur du moine. Mais cet espoir devait

être déçu, car, loin de modérer sa fougue, Savonarole menaça de plus

belle Laurent et Florence des pires châtiments. L'événement devait lui

donner raison, et l'entrée des Français à Milan allait bientôt faire du

dominicain une terrible puissance politique et religieuse avec laquelle

il faudrait compter.

Pierre de Médicis, le successeur de Laurent, exila Savonarole et lui

interdit l'usage d'une parole qui semblait complice de l'invasion; mais

bientôt, Pierre ayant été chassé lui-même, les Florentins rappelaient

leur prédicateur et l'envoyaient en ambassade auprès du conquérant dont

il avait prédit la venue. Si toute son éloquence fut impuissante à

empêcher Charles VIII d'entrer à Florence, il obtint du moins l'immunité

pour elle et pour ses habitants et, une fois Charles et les Français

partis, Savonarole resta le maître de la situation. Mis dans la nécessité

d'organiser un gouvernement, il dut se prononcer sur la meilleure forme à

donner à la République et décréta une constitution dont les principes

étaient la crainte de Dieu, l'intérêt général primant l'intérêt

particulier, l'oubli de toutes les anciennes haines, le pardon des

offenses, la remise de toutes les dettes contractées envers l'État,

l'amnistie pour tous les délits commis pendant les luttes des factions.

En donnant force de loi à cette paix universelle, Savonarole coupait

court à toute recherche du passé, détournait toutes les vengeances, et

par cela seul les oeuvres de cet homme furent d'abord excellentes. Mais à

cette constitution politique devait toujours manquer le rouage essentiel,

celui d'une volonté motrice unique. Cette volonté, Savonarole la

considérait comme une émanation divine, c'était décréter la politique de

prophétie et l'illuminisme en permanence. Cependant, à voir les prompts

résultats de son système, on put croire au couronnement de son oeuvre; en

effet, une transformation radicale s'était opérée dans Florence où l'on

n'entendait plus que des chants religieux, où les femmes se dépouillaient

de leurs parures, où les hommes ne marchaient plus que la Bible en main

et où les artistes abandonnaient les sujets profanes et leurs chères

études sur l'anatomie et sur l'antiquité pour se soustraire aux

tentations de la chair. Dominé par cette obsession, Fra Bartolommeo se

fait moine, Botticelli brise ses pinceaux, Marsile Ficin et Ange Politien

se détournent des lettres profanes et deviennent les amis et les

disciples du moine, Machiavel passe de l'étude de Tite-Live à celle du

Deutéronome et enfin Michel-Ange, pénétré de l'esprit même de Savonarole,

se voue presque exclusivement à la peinture et à la sculpture religieuses

dans leurs interprétations les plus désolées et les plus farouches.

La situation de Savonarole devenait pourtant de jour en jour plus

périlleuse, car l'illuminisme, si dangereux déjà dans la direction des

âmes, est un écueil insurmontable dans le gouvernement des intérêts, et

le moine avait beau dire: «Je ne me mêle pas des affaires de l'État», le

peuple florentin, dont il était devenu le prophète et le juge, exigeait

de lui secours efficace, aide et protection. Ce n'était pas assez pour

satisfaire Florence, qu'au moment de la seconde campagne d'Italie,

Savonarole eût obtenu le départ de Charles VIII; elle avait espéré de

lui, qu'outre la liberté reconquise, il lui ferait reprendre les villes

révoltées contre son autorité, auxquelles le passage des Français avait

rendu l'indépendance. Aussi les Florentins murmuraient contre Savonarole

et lui faisaient un grief de ce que la République épuisât en pure perte

ses condottieri et son argent, comme ils le rendaient aussi responsable

de la disette qui sévissait cruellement.

Si les partisans du prophète et de son gouvernement se refroidissaient

eux-mêmes, des ennemis autrement redoutables allaient encore surgir

contre lui. En effet, Savonarole n'avait pas craint d'attaquer avec la

dernière violence le clergé, les moines et jusqu'à la papauté, invitant

l'Église à quitter les biens du siècle pour la pauvreté, l'austérité et

la prière. Il y avait là de quoi éveiller les craintes d'un pape tel

qu'Alexandre VI Borgia, et, en juillet 1495, il mettait l'interdit sur

Savonarole et lui ordonnait de comparaître devant lui. Le dominicain ne

tint aucun compte de ces injonctions et continua de plus belle ses

prédications, arguant que l'indignité du chef de l'Église déliait de

toute obéissance à son égard. Après deux ans de tergiversations,

Alexandre se décida à fulminer et lança ses foudres contre Savonarole, le

frappant d'excommunication majeure, comme coupable de désobéissance et

suspect d'hérésie.

Les Florentins se trouvaient ainsi placés entre leur foi catholique et

leur amour pour le dominicain, si bien qu'une moitié de la ville était

retournée contre l'autre.

Cette situation était encore compliquée par les incitations haineuses que

Pierre de Médicis ne cessait d'adresser au pape contre Florence, de sorte

que la Seigneurie, effrayée de la double perspective d'un schisme et

d'une guerre également possibles, se résolut à interdire la parole à

Savonarole et à lui enjoindre de s'enfermer dans son couvent.

Celui-ci ne devait pas y rester longtemps en paix, car la première chose

qu'un peuple exige d'un prophète, quand il commence à ne plus croire en

lui, est le signe manifeste de sa mission. On se rappelait à Florence la

légende de Pierre de Feu qui, au XIe siècle, était entré dans les

flammes pour prouver la simonie d'un évêque et qu'on disait en être sorti

sain et sauf, et peu à peu s'établissait l'idée que le moine dominicain

ne pouvait vraiment faire moins pour prouver qu'il avait raison contre un

pape.

La foi de ceux qui lui étaient restés fidèles entraîna Savonarole dans

cette voie insensée, et de nombreux frères s'étant offerts pour tenter

l'épreuve à sa place, il fut décidé qu'on essaierait de cet étrange moyen

de rendre la paix à la ville.

Après avoir délibéré, la Seigneurie désigna les deux victimes, Dominique

Buonvicini pour Savonarole, et contre lui le frère mineur François de

Pouille. Si le dominicain était brûlé, Savonarole devait quitter Florence

(1498). Le jour venu, d'interminables discussions s'élevèrent entre les

dominicains et les franciscains pour savoir s'il convenait d'entrer dans

le bûcher avec ou sans vêtements, avec ou sans crucifix. Pendant ces

contestations, un violent orage survint et dispersa acteurs et

spectateurs; mais Savonarole faillit être écharpé par le peuple furieux

de sa longue attente et exaspéré d'avoir été frustré du spectacle qu'il

escomptait; le prophète était perdu, il n'avait pu faire ses preuves. Dès

le lendemain, le peuple soulevé envahissait et saccageait le couvent de

San Marco et le prieur, pour mettre fin aux scènes de tumulte, se faisait

escorter au Palais Vieux et se remettait entre les mains de la Seigneurie

qui, autant pour sauver sa vie que pour donner satisfaction au peuple, le

faisait conduire en prison.

Mis à la torture, Savonarole resta héroïque; on fut si loin de lui

arracher des aveux suffisants pour motiver une condamnation, qu'il fallut

qu'Alexandre VI députât aux juges deux commissaires apostoliques, afin

que le procès aboutît à une sentence de mort et permît au tribunal de

condamner à être brûlé vif un homme dont le seul crime était de n'avoir

pas fait un miracle pour délivrer le monde d'un Borgia. Mais, comme le

fait ne tombait sous aucune loi, il fut condamné pour le crime

irrémissible en politique d'être usé et vaincu.

Savonarole fut, devant la mort, égal à lui-même. Ses dernières paroles

respirèrent la fierté et la foi. Lorsque, avant de le livrer au bûcher,

on le déclara retranché de l'Église, il s'écria: «De la militante, oui;

de la triomphante, non.»

L'opinion de Machiavel sur lui résume celle des contemporains: «S'il

était sincère, l'Italie a vu un grand prophète; si c'était un fourbe,

elle a vu un grand homme!»

La vérité est qu'il ne sut ni réformer l'Église à force de raison, ni la

renverser, comme le tenta Luther, à force de volonté. Homme de passion

surtout, il n'eut ni la sagesse de la pondération, ni la force du

révolutionnaire.

* * * * *

+Le couvent+.--Le premier cloître, où l'on entre directement, est

entouré de portiques décorés de détestables fresques de VANNI (1650).

Pourtant il a conservé, au-dessus des lunettes des portes, cinq fresques

de l'Angelico.

1°--_Saint Thomas d'Aquin tenant un livre ouvert sur sa poitrine_.

2°--Au-dessus de l'entrée des Étrangers (forestiera), _le Christ reçu

par saint Dominique et saint Thomas d'Aquin_. Il est en pèlerin revêtu

de la peau de mouton, un bourdon à la main.

3°--Au-dessus de la porte du réfectoire, un _Christ mort_, sortant à

mi-corps du tombeau, est d'une grande et douloureuse expression.

4° Au-dessus de la salle du chapitre, _Saint Dominique avec la

discipline_.

5° Au-dessus de la porte communiquant avec l'église, la fresque appelée

_le Silence_ est une des plus hautes compositions où l'âme ait été

traduite par la forme; elle représente saint Pierre martyr, un doigt sur

la bouche pour rappeler la règle de l'ordre enjoignant le silence.

A droite de la porte de l'église et en face de l'entrée du cloître se

trouve une grande fresque où l'ANGELICO a peint _Saint Dominique_ à

genoux au pied de la croix qu'il tient embrassée. C'est un de ses rares

ouvrages où les personnages soient de grandeur naturelle; et

exceptionnellement ce développement a été loin de leur nuire, bien qu'ils

aient conservé toute la finesse de la miniature.

La croix se détache sur le bleu intense du ciel et la tête du Christ,

légèrement penchée, est d'une douceur et d'un renoncement admirables; la

tête extatique de saint Dominique le regarde avec amour et compassion.

+Le Réfectoire+ possède un _Cenacolo_ peint à fresque par

ANTONIO SOGLIANI, en deux parties dont l'inférieure montre des

dominicains à table, servis par des anges et la supérieure, le Christ en

croix entouré de la Vierge, de saint Jean et de dominicains. Un superbe

encadrement sculpté du XVe siècle avec traces de couleurs a été rapporté

dans cette salle; sa dimension fait supposer qu'il a encadré

primitivement la grande fresque de Saint Dominique dans le cloître.

+La Salle du Chapitre+ est décorée d'une fresque d'ANGELICO, _le

Calvaire_, la plus grande de ses compositions, elle occupe le mur

cintré du fond.

Loin de l'embarrasser, les proportions de cette fresque ne firent que lui

inspirer un style plus ample, une exécution plus large qui, sans lui

enlever rien de sa délicatesse, le firent gagner en résolution et en

fermeté. Elle est une des dernières oeuvres de l'Angelico âgé alors de

cinquante-trois ans.

Le moine a placé la scène, non pas sur un calvaire, comme elle l'est

généralement, mais dans un lieu caractérisé seulement par un tertre

jaune, sans perspective, où les trois croix se détachent sur un ciel

sanglant d'un ton uniforme. Les corps du Christ et des deux larrons sont

les parties les moins bonnes et manquent de dessin par suite de

l'ignorance anatomique dans laquelle l'Angelico avait toujours voulu

rester.

A gauche, au pied de la croix, le groupe de la Vierge évanouie, soutenue

par saint Jean, l'une des Marie et la Madeleine, feraient honneur aux

plus grands maîtres, tant la dignité des figures, leur expression, leur

mouvement et le jet des draperies sont vraiment admirables; et la

Madeleine, avec sa tunique rose, dénouée et glissant à son insu, est,

dans son désordre, d'une beauté surprenante.

Plus à gauche, se tiennent saint Jean-Baptiste, saint Augustin, saint

Laurent, saints Cosme et Damien, patrons des Médicis. A droite, sont

agenouillés saint Dominique et les fondateurs d'ordres fameux: saint

Jérôme, saint François d'Assise, saint Benoît, saint Thomas d'Aquin,

saint Pierre martyr. Derrière eux, debout, sont encore d'autres saints,

entre lesquels saint Zenobe, évêque, patron de Florence. Tous ces

personnages, dont la douleur est profonde, ont dû symboliser, dans la

pensée de l'artiste doublé du prêtre, le cri d'angoisse de l'Église à

cette époque de discorde et de schisme.

Sous cette fresque, Fra Giovanni a simulé une prédelle comprenant

dix-sept médaillons encadrés dans l'arbre de Jessé des dominicains dont

la souche est entre les mains de saint Dominique placé dans le médaillon

du milieu. Dans les autres médaillons sont tous les dominicains célèbres,

dont les têtes pleines de vie et d'expression se détachent sur un fond

bleu.

Dans le passage conduisant au deuxième cloître se trouve, à côté de

l'escalier, le +petit Réfectoire+ décoré d'un _Cenacolo_ peint

à fresque par DOMENICO GHIRLANDAJO en 1493, copie textuelle de celui

qu'il avait déjà peint en 1480 à Ognissanti. Celui-ci, de la dernière

manière du maître, est moins parfait que le précédent. Les figures sont

relevées par l'emploi des ors; la table, simplement servie, est parsemée

de cerises.

+Le premier étage+ comprend un large couloir régnant sur trois côtés

et couvert d'une charpente apparente, le long duquel s'ouvre une suite de

portes basses et étroites donnant chacune sur une cellule peu élevée de

plafond. La monotonie des murs est, d'espace en espace, rompue par une

fresque de l'Angelico.

N° I.--(En face de l'escalier.) _L'Annonciation_. Sous un portique

la Vierge est assise sur un escabeau et adorable de grâce et de respect,

s'incline chastement devant l'ange, qu'elle écoute avec confiance et

soumission.

N° II--(A gauche de la porte) _Saint Dominique, à genoux au pied de la

Croix_, contemple le Christ. Ce sujet, traité avec une grande finesse,

a été reproduit plus grossièrement dans beaucoup de cellules par les

élèves d'Angelico.

III.--(Couloir de gauche) Entre les cellules 25 et 26, _Vierge assise

sur un trône_ entouré de saints au nombre desquels se trouvent saints

Cosme et Damien, saint Augustin, saint Laurent et saint Pierre martyr,

sous les mêmes traits que dans la salle du chapitre.

Les quarante-cinq cellules sont décorées chacune d'une fresque carrée de

petite dimension exécutée soit par Fra Angelico, soit sous sa direction,

d'où il résulte une grande inégalité entre ces morceaux, sans que la

profonde et saisissante impression d'unité en soit diminuée.

+Cellule I+.--_Le bon Jardinier_. Apparition du Christ à la

Madeleine.

II.--_Mise au tombeau_. Les trois Saintes Femmes et saint Jean sont

accroupis autour du corps devant le sépulcre. A gauche, saint Antoine

s'avance doucement vers eux.

III.--_Annonciation_. L'Ange debout est d'une grande finesse; la

Vierge agenouillée sur un petit banc, les mains croisées sur la poitrine,

est dans une attitude très humble.

IV.--_Christ en Croix_ sur fond sombre, entouré de saint Jean et de

la Vierge, de saint Dominique et de saint Jérôme.

VII.--_Ecce homo_. Le Christ en robe blanche est assis sur un trône

et tient dans ses mains le roseau qui devient un sceptre; le Christ voit

à travers le voile dont ses yeux sont couverts. Derrière et autour de lui

sont représentées les mains qui l'ont souffleté et la tête de l'homme qui

lui a craché au visage. Toutefois, par une admirable inspiration de la

foi, le peintre n'a pas osé la représenter couverte, et une main de celui

qui outrage le Christ soulève instinctivement le chapeau. A gauche est

assise la Vierge; à droite, saint Dominique semble commenter avec ferveur

le livre ouvert devant lui. Cette oeuvre, admirable dans sa simplicité,

produit une profonde impression.

VIII.--_Les Saintes Femmes au tombeau_. La Madeleine regarde le fond

du sépulcre, sa charmante tête est vue en raccourci et la Sainte s'abrite

les yeux de la main pour ne pas être éblouie par les rayons lumineux qui

entourent le Christ apparaissant radieux au-dessus du sépulcre. A gauche,

saint Dominique à genoux.

IX. _Le Couronnement de la Vierge_. Dans la partie supérieure sont

assis Jésus et la Vierge, tous deux drapés de blanc; la Vierge joint les

mains et d'un mouvement gracieux se penche en avant pour recevoir la

couronne.

Dans le bas de la fresque sont agenouillés saint Thomas d'Aquin, saint

Dominique, saint François, saint Pierre martyr, et deux autres saints.

X.--_La Circoncision avec Saint Pierre martyr_, joli profil de la

Vierge debout.

XI.--_La Vierge sur un trône, entre un Évêque et Saint Thomas

d'Aquin_.

L'appartement du prieur est à l'extrémité du couloir et comprend:

XII.--Antichambre avec trois fresques de Fra Bartolommeo.

XIII.--Cabinet de travail.

XIV.--Cellule.

Ces deux pièces, les seules qui ne soient pas décorées de fresques, ont

été habitées par Savonarole dont elles conservent des souvenirs. Les plus

intéressants sont: la bannière qui le suivait partout: elle est en toile

avec un Christ peint sur ses deux faces par l'Angelico; une copie d'un

tableau de l'époque représentant son bûcher dressé sur la place de la

Seigneurie; et son portrait par Fra Bartolommeo, tête de profil.

XV.--_Saint Dominique au pied de la Croix_.

XVI. |

XVII. |

XVIII. | _Saint Dominique_ représenté dans

XIX. | les attitudes les plus diverses

XX. |

XXI. |

XXII.--_La Vierge au pied de la Croix_. Mater Dolorosa d'une superbe

expression.

XXIII.--_Christ en croix entre la Vierge et un Dominicain_.

XXIV.--_Baptême de Jésus-Christ avec Saint Antonin_.

XXV.--_Christ en Croix entre la Vierge, la Madeleine et saint

Antoine_.

XXVI.--_Le Christ mort_, debout dans le tombeau, étend les mains en

signe de résurrection. Derrière lui se dresse la Croix, autour de

laquelle apparaissent sur un fond noir les scènes de la Passion. A

droite, l'Ecce Homo avec les mains et la bouche sacrilèges. Au-dessous,

la main de Judas et la main qui lui donne les pièces d'or; enfin à

gauche, le baiser de Judas et la tête de Pierre vers laquelle se penche

le profil de la servante qui lui dit: «Vous êtes aussi de ces Nazaréens»;

derrière eux une main tient trois petits bâtons indiquant les trois

renonciations de Pierre.

Sur le devant du tombeau, la Vierge est assise à gauche, profondément

inclinée, tandis qu'à droite saint Thomas d'Aquin agenouillé presse un

livre sur sa poitrine.

XXVII.--_Le Christ à la colonne avec la Vierge accroupie et saint

Dominique se flagellant_.

XXVIII.--_Le Christ portant sa croix suivi de la Vierge mère apparaît à

saint Dominique agenouillé_.

XXIX.--_Le Christ en Croix avec la Vierge et saint Pierre martyr_.

XXXI.--_Jésus aux Limbes_. Ancienne cellule de saint Antonin

(Antonio Pierozzi), mort archevêque de Florence en 1459; souvenirs de

saint Antonin: son masque et son portrait au crayon, oeuvre de Fra

Bartolommeo.

XXXII.--_Le Christ enseignant les Apôtres_. Dans la petite pièce

voisine, _Tentation de Jésus-Christ_.

XXXIII.--_Jésus-Christ au Jardin des Oliviers_, scène mouvementée

comprenant le baiser de Judas et saint Pierre coupant l'oreille de

Malchus. Dans cette cellule est un petit tableau, la _Madone della

Stella_, ainsi nommée de l'étoile placée sur son front. Elle se

détache debout sur un fond d'or entourée d'anges l'encensant et faisant

de la musique; les trois délicats petits médaillons de la prédelle

représentent saint Pierre martyr, saint Dominique et saint Thomas

d'Aquin. Dans la pièce voisine: _Couronnement de la Vierge_. Ce

tableau n'a pas la finesse ordinaire des oeuvres de l'Angelico, il a les

mêmes tons lourds que _le Jugement dernier_ de l'Académie.

XXXIV.--_Jésus au Jardin des Oliviers_. A droite, la maison de

Marthe et de Marie assises sur le seuil, lisant et priant. Dans cette

cellule est un ravissant petit tableau de l'Angelico divisé en deux

parties: dans le haut, _l'Annonciation_; dans le bas, _l'Adoration

des Mages_; toutes les figures d'une grande finesse sur fond d'or

estompé et divisé en une quantité de petits compartiments.

Dans la prédelle, _la Madone entourée de dix Saints_.

XXXV.--_La Cène_. Huit Apôtres sont assis derrière la table, quatre

autres à genoux, et le Christ debout, tenant un ciboire, leur donne la

communion. A gauche est agenouillée la Vierge.

XXXVI.--_La Mise en Croix_.

XXXVII.--_Le Calvaire_ et ses trois croix derrière lesquelles sont

saint Jean, la Vierge, saint Dominique, saint Thomas d'Aquin.

XXXVIII--Cellule où Cosme l'Ancien venait se reposer et partager la vie

des dominicains. _Le Christ en Croix_: au pied de la croix sont

agenouillés saint Cosme, la Vierge, saint Jean et saint Pierre martyr.

XXXIX.--Oratoire de Cosme communiquant par quelques marches avec la

cellule précédente. Au-dessus du tabernacle et au fond d'une petite

niche, _Christ mort, debout dans son tombeau_. La fresque, plus

importante que celles des autres cellules, occupe les lunettes du fond de

l'oratoire, et représente _l'Adoration des Mages_ où se groupent

admirablement de nombreux personnages. La figure de saint Joseph, drapée

de jaune, est une des plus belles.

XLIII.--_Christ en Croix_ avec la Vierge défaillante soutenue par

saint Jean et la Madeleine. A droite, saint Thomas d'Aquin agenouillé et

pleurant.

XLII.--_Christ en Croix frappé de la lance_. Il est entre Marthe,

Marie et saint Jean martyr.

Entre les cellules quarante-deux et quarante-trois, s'ouvre la belle

salle de la Bibliothèque, divisée en trois nefs par deux rangées de

colonnes ioniques supportant des arcs cintrés.

La bibliothèque fut construite en 1441 par MICHELOZZO sur l'ordre de

Cosme l'Ancien, qui la dota de quatre cents manuscrits.

La vitrine du milieu contient des livres de plain-chant et des missels

enrichis de miniatures du XVe siècle; ils proviennent des anciens

couvents de Florence supprimés depuis.

N° XV.--_Fra Eustachio Donimeni_, du couvent de San Marco.

Cartouches séparés par des enfants courant au milieu de rinceaux.

N° I à XIV.--_Fra Benedetto del Mugello_, frère de Fra Angelico,

missels provenant de San Marco.

+L'ÉGLISE DE SAN MARCO+ a été fondée en 1290. Elle a été transformée

au XVIe siècle. Sa façade, à gauche de l'entrée du couvent, date de

1780.

+A l'intérieur+ au-dessus de la porte, _Crucifix_ à la détrempe

sur fond d'or par Giotto.

+Deuxième autel à droite+. FRA BARTOLOMMEO. _Vierge debout devant

un trône_, entourée de quatre saints et de deux saintes à genoux,

d'une couleur chaude et dorée; cette remarquable oeuvre du Frate fut

peinte en 1509.

+Troisième autel à droite+. Vieille mosaïque romaine représentant

une grande Vierge bénissant, sur fond d'or; la bordure est une addition

moderne.

A gauche, sous des fragments de fresques, sont les plaques commémoratives

de Pic de la Mirandole, mort en 1494, et d'Ange Politien, mort la même

année.

+LE CLOÎTRE DELLO SCALZO+, 69, via Cavour (clef au musée de San

Marco). Ce joli petit cloître du XVIe siècle dépendait d'un couvent de

carmes déchaussés; il est entièrement formé par de larges baies vitrées

que séparent de délicates colonnes. Ses murs sont décorés d'admirables

fresques en camaïeu brun sur brun, peut-être le chef-d'oeuvre d'ANDRÉ DEL

SARTO, exécutées par le maître entre les années 1515 et 1525, pendant

lesquelles il y travailla presque sans interruption. Le parti pris

d'uniformité semble avoir été adopté par Andrea pour lui permettre de

donner la mesure de son talent. Dans ces fresques où aucune magie de

coloris n'aide à l'illusion ou n'ajoute au plaisir des yeux, il s'est

élevé à une extraordinaire hauteur d'art, et cette oeuvre de sa maturité

allie la noblesse du sentiment à la hauteur des idées, la puissance et la

largeur du dessin à la somptuosité de l'architecture et des ornements qui

parent et encadrent les fresques.

Deux des compositions, _le Baptême du peuple par saint

Jean-Baptiste_ et _la Décollation de Saint Jean_ sont peut-être

encore supérieures aux autres et semblent la continuation et presque le

commentaire des fresques de Masaccio au Carmine, avec les progrès

réalisés par un siècle de technique en plus. L'influence si prépondérante

exercée par le génie d'Albert Dürer sur le talent d'Andrea est très

visible dans les fresques de la _Tentation au désert_, de la

_Remise à Salomé de la tête de saint Jean_, et enfin dans la belle

allégorie de la _Charité_.

Seize fresques relatives à la vie de saint Jean-Baptiste décorent le

cloître:

1°--_La Foi_ (1520);

2°--_Apparition de l'Ange à Zacharie_ (1525);

3°--_La Visitation_ (1524);

-4°--_La Naissance de Saint Jean-Baptiste_ (1526);

5°--_La Mission de Saint Jean-Baptiste_ (1518);

6°--_Rencontre avec Jésus-Christ_ (1519).

(Ces deux fresques furent exécutées par l'ami d'Andrea, Franciabigio,

dont il se faisait quelquefois aider dans ses grands travaux.)

7°--_Baptême de Jésus-Christ_ (1515).

(Cette fresque, la moins bonne de toutes, est due à la collaboration des

deux artistes.)

8°--_La Justice_ (1515);

9°--_La Charité_ (1520);

10°--_Prédication au désert_ (1515);

11°--_Saint Jean-Baptiste baptisant le peuple_ (1517);

12°--_Saint Jean-Baptiste arrêté_ (1517);

13°--_Festin d'Hérode et danse de Salomé_;

14°--_La Décollation de Saint Jean-Baptiste_ (1523);

15°--_La tête de saint Jean-Baptiste remise à Salomé_ (1524);

16°--_L'Espérance_ (1525).

Florence historique, monumentale, artistique · 第 44 / 76 题