La décoration de la Tribune, haute pièce ronde surmontée d'une coupole,
fut confiée par les Médicis, en 1581, à Pocetti; elle est ce qu'a pu
donner de moins mauvais le style barocco, et les incrustations de nacre
qui en forment l'ornementation ne manquent ni d'élégance ni de goût.
Au pourtour de cette salle sont placées de célèbres statues antiques.
N° 342.--_La Vénus_, dite de Médicis, ouvrage du sculpteur athénien
KLEOMENES, fils d'Apollodoros, est environ du IIe siècle avant notre
ère.
Entre toutes les représentations d'Aphrodite, la Vénus de Médicis est
évidemment le meilleur spécimen de celles où les artistes tentèrent de
montrer la déesse sous des traits jeunes et purs, peu en rapport,
semble-t-il, avec l'idée évoquée par la déesse de l'amour, dans la
plénitude d'une force physique exclusive de toute gracilité mièvre ou
efféminée. Elle fut découverte en 1680, près de Tivoli, dans les
premières fouilles de cette villa dont l'empereur Adrien avait fait un
incomparable musée et d'où furent exhumés en même temps les deux
chefs-d'oeuvre, ses voisins à la Tribune: les Lutteurs et le Rémouleur.
Les trois statues, achetées par le cardinal Ferdinand de Médicis, furent
apportées à Florence dès 1681, sous le règne de Cosme III.
La Vénus, retrouvée sans bras, a été restaurée dans le mauvais style du
XVIIe siècle, par des praticiens médiocres; il est donc difficile de la
concevoir dans sa splendeur passée alors que la chevelure était dorée,
que les oreilles étaient garnies de pendants précieux et que les yeux
étaient peints.
N° 343.--_Les Lutteurs_. Des nombreux groupes de lutte, sujet si
cher à l'antiquité, celui de la Tribune semble un des meilleurs.
Il a, par malheur, subi tous les remaniements possibles. Retrouvé sans
têtes, on lui donna celles de deux Niobides, mais ce choix fut fait par
quelqu'un de si versé dans l'art sculptural qu'elles s'adaptent de façon
à faire croire qu'elles sont les têtes originales. A dire vrai, les
torses seuls sont intacts, mais ils suffisent, tels quels, pour rendre ce
groupe captivant par la prodigieuse sensation de mouvement et de vie qui
s'en dégage.
N° 344.--_Le Satyre dansant_, oeuvre grecque de la plus belle époque.
La tête, les bras et les cymbales ont été refaits par Michel-Ange. Le
reste du corps est un chef-d'oeuvre de mouvement, tant le satyre apporte
de vie et de passion à sa danse; le pied droit est appuyé sur le
«scabillum», instrument en forme de soufflet, dont se tiraient des sons
perçants.
N°345.--_L'Apollino_. La beauté de cette statue antique est
singulièrement diminuée par l'enduit de stuc dont on dut la recouvrir
pour la consolider.
N° 346.--_L'Arrotino_ (_le Rémouleur_). Un des marbres les plus
célèbres de l'école de Pergame, c'est-à-dire de la dernière période de
l'art grec. Cette statue, dont la parenté avec _le Gladiateur
mourant_ du Capitole est évidente, représente un homme âgé, accroupi
devant une pierre sur laquelle il aiguise son couteau, la tête relevée et
le regard interrogateur.
La critique considère maintenant l'Arrotino comme un Scythe, esclave
d'Apollon, et son action comme la préparation à l'écorchement de Marsyas.
Le polissage donné au marbre lors de sa découverte en 1675, l'a fait
longtemps prendre pour une oeuvre moderne de la Renaissance.
Les plus belles peintures des Offices sont réunies dans cette salle.
N° 1131.--RAPHAEL_. Portrait du pape Jules II_ Les portraits peints
par Raphaël sont d'un tout autre ordre que ceux de maîtres tels que le
Titien ou Van Dyck, qui étaient spécialement des peintres de portraits.
Raphaël ne fit le portrait qu'incidemment et toujours sous l'influence de
sa manière du moment. Celui de Jules II est de l'époque romaine et d'une
tonalité très sombre, fortement impressionnée comme coloris par les
Vénitiens.
Dans cette toile qui appartenait à la famille de la Rovere, on regrette
de ne retrouver ni la vivacité, ni le feu du regard qu'on serait en droit
d'attendre du violent, passionné et fougueux pontife.
N° 129.--RAPHAEL_. La Vierge du Chardonneret_. Ce tableau, dans la
première manière de Raphaël, fut exécuté en 1548, à Florence, pour la
famille Nasi. D'une grâce charmante, mais banale, d'une perfection
absolue, mais froide, sans aucun appel à un sentiment plus profond, il
vous laisse indifférent.
N° 1127.--RAPHAEL_. Saint Jean dans le désert_, une des nombreuses
copies de ce sujet traité par le maître et dont l'original a disparu.
N° 1123.--SEBASTIEN DEL PIOMBO. Portrait d'une jeune Vénitienne, tableau
nommé _la Fornarina_ et longtemps attribué à Raphaël. Fra Sebastiano
peignit cette toile, véritable chef-d'oeuvre, en 1512, à Rome, où l'avait
appelé Agostino Chigi pour travailler à la décoration de la Farnésine.
Si, dans cet ouvrage remarquable, il est encore sous l'influence de Palma
le Vieux pour le dessin, il a bien davantage la coloration lumineuse et
dorée de son maître le Giorgione.
N° 1120.--RAPHAEL_. Portrait d'une Inconnue_ qu'on croit pourtant de
la famille Doni. Ce portrait a été peint en 1505, au moment où Raphaël, à
peine arrivé à Florence, était encore sous l'influence directe du
Pérugin. C'est une très belle toile, d'une grande simplicité d'allure et
d'une couleur superbe.
N° 1117.--TIZIANO VECELLI (LE TITIEN) (1477-1576). _La Vénus au petit
chien_. Ce portrait de la duchesse d'Urbin la représente sous les
traits d'une Vénus nue couchée sur un lit où se pelotonne son petit
chien. Cette toile, d'une prodigieuse intensité de couleur, est superbe
de modelé et de vie palpitante où débordent la joie et la volupté.
N° 1139.--MICHEL-ANGE BUONARROTI. _Sainte Famille_. Ce tableau en
forme de médaillon est un des seuls de cet ordre et de cette dimension
peints par le maître. Il y a uniquement recherché la difficulté, et la
position de la Vierge assise à terre, élevant vers saint Joseph debout
derrière elle l'Enfant qu'elle tient à bras tendus, donne un désagréable
effet de raccourci où il n'a été apparemment visé qu'au tour de force. Le
fond du tableau est occupé par des figures de jeunes hommes nus, que rien
ne relie au sujet, placés là par Michel-Ange uniquement à l'instar de
Signorelli, sans aucun des prétextes ni aucune des excuses de cet
illustre devancier. En effet, à l'époque de Signorelli, l'art était
limité par des bornes si étroites qu'il s'agissait avant tout de
l'élargir, et, en plaçant avec une hardiesse presque téméraire des
figures nues à l'arrière-plan d'un sujet sacré, Signorelli visait un but
précis, celui d'émanciper l'artiste jusque-là asservi à des formules et
de consacrer le principe de la liberté absolue dans le domaine des
interprétations.
N° 1141.--ALBERT DÜRER (1461-1528). _Adoration des Mages_. Ce
tableau, chef-d'oeuvre de l'école allemande, atteint à la perfection. Le
grand Dürer le peignit en 1504, après son voyage en Italie et au moment
où il était à l'apogée de son beau et sincère talent. La foule des
personnages qu'il a représentés dans des attitudes aussi nobles que
variées, la somptuosité des vêtements, la diversité des physionomies,
font de cette oeuvre une peinture aussi intéressante qu'attachante. Dürer
s'est livré à son goût pour la minutie dans sa recherche des détails:
fleurs, insectes, papillons et scarabées traités avec le fini précieux de
la miniature.
N° 1118.--CORRÈGE (1494-1534). _Le Repos en Égypte avec saint
Bernard_. Ce tableau est un des premiers où le Corrège, se laissant
aller à ses goûts personnels, fit d'un sujet religieux un tableau de
genre. Malgré bien des imperfections et des incorrections encore, il a
déjà son coloris lumineux et profond, ainsi que la beauté de son modelé.
N° 1111.--MANTEGNA (1431-1506). Triptyque admirable où sont peintes,
_l'Adoration des Rois_ et, sur les côtés, _la Circoncision et la
Résurrection_.
Ces précieuses peintures, oeuvres de la jeunesse de Mantegna, exécutées en
1454, décoraient la chapelle des ducs de Gonzague à Mantoue; le volet de
droite, consacré à la Circoncision, est d'une beauté antique: c'est du
grand art dans toute sa noble et sévère pureté et rien n'a jamais été
fait de comparable comme élévation et comme forme.