+1° Salle A+.
N° 1157.--LÉONARD DE VINCI (?). Tête de jeune homme vue de face, les
cheveux rejetés en arrière. Assez jolie de ton, mais d'un dessin un peu
sec et d'une expression banale.
N° 1159.--LÉONARD DE VINCI (?). _Tête de Méduse_ coupée et gisant à
terre dans un effet de raccourci. Attribuée à Léonard, mais bien
postérieure et probablement due à un peintre de l'école milanaise qui
s'inspira de la description que Vasari avait faite d'une oeuvre disparue
du maître.
N° 1167.--MASACCIO (1401-1428). Beau portrait en buste d'un vieillard
inconnu, vêtu et coiffé de blanc, se détachant sur un fond bleu pâle. Son
visage rasé et ridé, légèrement incliné sur la poitrine, a une expression
de bonhomie narquoise. Ce fragment de fresque est également attribué à
Filippino Lippi.
N° 1154.--INCONNU. _Le Médailleur_. Portrait d'un jeune homme aux
traits fins et intelligents; sur sa longue chevelure, il porte une
calotte rouge. Vu à mi-corps, et vêtu de noir, il tient sur son coeur une
médaille dorée, en relief, à l'effigie de Cosme de Médicis. Cette figure,
dont les mains sont remarquablement modelées, se détache sur un très
intéressant paysage; elle est connue sous le nom du Médailleur, et passe
pour être le portrait de Pic de la Mirandole peint par Andrea del
Castagno ou par Sandro Botticelli, à cette époque élève d'Andrea.
Nos 1156 et 1158.--SANDRO BOTTICELLI. _Histoire de Judith et
d'Holopherne_, interprétée en deux très petits tableaux, avec ce
délicieux sentiment de poésie allégorique propre à Botticelli. Si la
précision, le fini précieux et l'anatomie sculpturale de l'Holopherne
rappellent Mantegna, l'envolée et la grâce charmante de la Judith font de
ce petit chef-d'oeuvre une des meilleures pages du maître.
N° 1156.--_La Judith_. Judith, suivie de sa servante, retourne vers
Béthulie qui forme paysage au fond. Elle tient d'une main un cimeterre
recourbé et de l'autre présente un rameau d'olivier, comme annonce de la
paix que par la mort d'Holopherne elle apporte à son peuple. Son ample
robe flottante est retenue autour de sa taille par des liens compliqués,
et sa démarche calme contraste avec la précipitation de sa servante,
figure d'une beauté antique qui, pressant le pas dans un mouvement
incomparable, d'une main relève sa robe pour n'être pas entravée dans sa
marche, tandis que de l'autre elle soutient sur sa tête la corbeille où
la tête d'Holopherne apparaît enveloppée de linges ensanglantés.
N° 1158.--_Holopherne_. Sur le lit placé au fond de sa tente, le
général décapité gît nu. Deux groupes d'hommes, d'une facture remarquable
et d'un relief saisissant, le contemplent consternés. Sous la draperie
relevée de la tente on aperçoit encore deux cavaliers arrêtés dont les
attitudes montrent l'effroi et la désolation.
N°1153.--ANTOINE POLLAJUOLO (1429-1498). _Les Travaux d'Hercule_. Ce
tout petit diptyque représente Hercule frappant l'Hydre de Lerne et
Hercule étouffant Antée. Ces compositions remarquables, modelées en
pleine lumière, sont d'une beauté et d'une chaleur de coloris étonnantes.
La vérité du mouvement, l'expression des physionomies, la finesse et le
rendu des moindres détails ont été traités par le Pollajuolo avec la
sincérité et l'emportement fougueux qui caractérisent son style.
Nos 1178 et 1184--FRA ANGELICO (1387-1445). _Les Fiançailles et les
Funérailles de la Vierge_. Deux délicieux petits panneaux qui ont le
fini de la miniature. Conçus avec la poésie exquise de l'Angelico, ils
montrent, par la naïveté enfantine des détails matériels, à quel point
toute recherche de la réalité était indifférente ou échappait au génie
mystique du maître idéaliste.
N° 1182.--BOTTICELLI (1447-1510).--_La Calomnie_. Lucien fait d'un
tableau disparu d'Apelles la description suivante:
«Sur la droite siège un juge qui porte de longues oreilles du même genre
que celles de Midas. Debout à ses côtés, sont deux femmes: l'Ignorance et
la Suspicion, ses conseillères. Il tend la main vers la Calomnie qu'on
voit s'approcher sous les traits d'une femme divinement belle, mais à la
figure enflammée, émue et comme transportée de colère et de fureur. De la
main gauche elle tient renversée la torche de la justice, tandis que de
la droite elle traîne par les cheveux un jeune homme nu, qui lève les
mains vers le ciel, et semble le prendre à témoin de son innocence. Deux
autres femmes accompagnent la Calomnie, l'encouragent, arrangent ses
vêtements et prennent soin de sa parure, l'une est la Fourberie, l'autre
l'Hypocrisie. En avant de ce groupe, marche une sinistre vieille voilée
et vêtue de noir, c'est l'Envie, décharnée, pâle et hideuse.
En arrière se trouve une femme à l'extérieur désolé, c'est la Repentance;
elle retourne la tête et, pleine de confusion, verse des larmes en
regardant la figure nue de la Vérité, qui, seule et isolée, se tient
debout, montrant le ciel du doigt, comme pour en invoquer la justice.»
Ce sujet était éminemment fait pour tenter Botticelli, et sa passion pour
l'allégorie mythologique ne pouvait manquer de s'emparer d'un pareil
motif. Interprète fidèle et presque scrupuleux du texte, il n'y apporta
que son charme captivant et son incomparable maîtrise, appliqués aussi
bien à la beauté des figures, aux vêtements somptueux et compliqués qui
les parent, qu'au coloris lumineux et profond et aux architectures
enrichies de statues qui forment décor au fond; ses portiques luxueux
rappellent, par leur fini et même par une certaine sécheresse
sculpturale, la manière du grand Mantegna, avec lequel du reste
Botticelli a souvent plus d'un point de contact. Cette oeuvre, par la
réunion de ses qualités, est une des plus saisissantes compositions
qu'ait laissées le riche XVe siècle, et les quelques défauts de
composition ou de dessin qu'on pourrait lui reprocher se perdent dans la
séduction exercée par l'ensemble.