Emile de Girardin.»

Autre missive, celle-là venant, paraît-il, d'un spéculateur:

«Monsieur.

«Voulez-vous cent mille francs en échange de votre succès d'hier?»

L'auteur a répondu en jetant le billet au feu.

Dans un certain monde, où l'on a pour habitude de prendre ses aises, il

a été fait grand bruit de la figure un peu trop accusée de «M.

Alphonse». Ce personnage reproduit un type uniquement parisien, une

figure qui a pour étiquette un mot qui ne se prononce pas parmi les gens

de bon ton. De là mille tours de phrase, mille sous-entendus qui ne

contribuent pas peu au succès de la pièce et du rôle. Pour ajouter

encore à tout cela, un jeune acteur, Frédéric Achard, a mis dans cette

individualité le cachet d'une exactitude incroyable. Costume, gestes,

langage, tout concourt à faire voir en lui le type en question lui-même.

Tous les camarades du jeune comédien, frappés de tant de vérité, l'ont

enveloppé de compliments.

--Ah ça, s'est écrié le jeune artiste dans les coulisses, si j'ai tant

réussi que ça, c'est fait de moi; le nom de _Monsieur Alphonse_ me

restera toute ma vie!

Et, malheureux de trop de bonheur, il parlait de rendre le rôle à

l'auteur.

--Comment! lui dit alors Alexandre Dumas, y songez-vous? Vous êtes

jeune; vous venez de créer, du premier coup, le personnage le plus

difficile à montrer au théâtre, un fourbe cynique, un homme de la

famille de ce bon monsieur Tartuffe, et vous voulez vous retirer. C'est

pour le coup que vous prêteriez à rire.

Mieux avisé, le jeune comédien a renoncé à rentrer dans la coulisse, et

il a bien fait.

Voici un bien joli mot; on l'a mis dans la bouche de M. Joseph Prudhomme

au sujet de la _femme à deux têtes_, qu'il est allé voir.

--Mesdemoiselles, tout vous fait une loi de vivre en bonne intelligence.

Voyez-vous, si vous cessiez de vous entendre, si vous vous battiez, la

garde elle-même ne pourrait pas vous séparer.

Philibert Audebrand.

L'Illustration, No. 1606, 6 décembre 1873 · 第 7 / 31 题