De ces deux principes qui au fond n’en sont qu’un, découle toute la
morale primitive qui devint la grande morale de l’humanité. L’unité
étant l’idéal et le souverain bien, le mal est la séparation, la
division, la multiplicité; et la matière n’est en somme qu’un résultat
de la séparation ou de la multiplicité. Il faut donc pour rentrer dans
l’unité, se dépouiller, sortir de la matière qui n’est qu’une forme
inférieure, une dégradation de l’esprit.
C’est ainsi qu’on trouva ou qu’on crut trouver la volonté de
l’inconnaissable et la clef de toute morale, sans du reste oser se
demander pourquoi cette rupture de l’unité et cette dégradation de
l’esprit avaient été nécessaires; comme si l’on avait supposé que la
Cause première qui aurait pu retenir toutes choses à l’état d’unité
souverainement heureuse dans son sein unique, immobile et souverainement
heureux, eût été condamnée par une loi supérieure et irrésistible au
mouvement et aux recommencements éternels.
Ces idées, trop purement métaphysiques pour alimenter une religion,
furent bientôt, dans l’Inde même, recouvertes d’une prodigieuse
végétation de mythes et devinrent peu à peu le secret des brahmanes qui
les cultivèrent, les développèrent, les approfondirent et les
compliquèrent jusqu’à la démence. De là elles se répandirent sur la
terre ou regagnèrent les lieux d’où elles étaient parties, car s’il nous
est permis de repérer plus ou moins chronologiquement un foyer central,
il nous est impossible de déterminer d’où elles surgirent dans la
préhistoire, à moins de nous en rapporter aux légendes théosophiques des
sept races, que nous pourrons peut-être admettre quand on nous offrira
des documents moins critiquables que ceux qu’on nous a fournis
jusqu’ici.