Pour Steiner, la question ne se pose même pas. Avant d’avoir retrouvé ou
cru retrouver en lui-même les vérités ésotériques qu’il révèle, il
connaissait à fond toutes les littératures mystiques, de sorte qu’il est
à peu près certain que ses visions ne lui furent apportées que par le
reflux de sa mémoire consciente ou subconsciente. Au demeurant, il ne
diffère guère des théosophes orthodoxes, que sur un point qui peut
paraître plus ou moins essentiel: au lieu de faire, non pas du Bouddha,
mais des Bouddhas, c’est-à-dire des révélateurs ou des intermédiaires
successifs, les centres de l’évolution spirituelle, il attribue au
Christ le rôle capital dans cette évolution, synthétisant en lui tout le
divin épars dans tous les hommes et en faisant ainsi le symbole par
excellence de l’humanité à la recherche du Dieu qui dort en elle. C’est
une opinion soutenable, quand on l’envisage, comme il semble le faire,
au point de vue allégorique, mais qu’il serait plus difficile de
défendre au point de vue historique.
Steiner a mis en pratique ses méthodes intuitives, qui sont une sorte de
psychométrie transcendentale, pour reconstituer l’histoire des Atlantes
et nous révéler ce qui se passe dans le soleil, la lune et d’autres
mondes. Il nous décrit les transformations successives des entités qui
deviendront des hommes, et il le fait avec tant d’assurance qu’on se
demande, après l’avoir suivi avec intérêt à travers des préliminaires
qui dénotent un esprit très pondéré, très logique et très vaste, s’il
devient subitement fou ou si l’on a affaire à un mystificateur ou à un
véritable voyant. Dans le doute, on se dit que le subconscient, qui nous
a déjà causé tant de surprises, nous en réserve peut-être d’autres qui
seront aussi fantastiques que celles du théosophe autrichien, et,
instruit par l’expérience, on s’abstient de le condamner sans appel.
Tout compte fait, nous constatons une fois de plus, au sortir de ses
œuvres, comme au sortir de la plupart des autres, que ce qu’il appelle
«le grand drame de la connaissance que les anciens représentaient et
vivaient dans leurs temples», et dont la vie, la mort et la résurrection
du Christ, comme celles d’Osiris et de Krischna, n’est qu’une
interprétation symbolique, devrait plutôt s’appeler le grand drame de
l’ignorance essentielle et invincible.