D’autre part, on s’imagine trop volontiers que l’occultisme du Moyen âge
est avant tout diabolique. La vérité est que les initiés ne croyaient
pas au démon et ne pouvaient y croire, puisqu’ils n’admettaient pas la
révélation chrétienne telle que l’Église la leur présentait. «Pas de
démons en dehors de l’humanité» est un des axiomes fondamentaux du haut
occultisme. «C’est, disait Van Helmont, le fruit d’une paresse sans
bornes que d’attribuer au diable ce que nous ne connaissons pas.» «Il ne
faut pas en laisser l’honneur au diable», protestait de son côté
Paracelse.
Les démons et les diables, les anges déchus ou les damnés entourés de
flammes éternelles ne grouillent que dans les bas-fonds de la magie
noire ou de la sorcellerie. La fantasmagorie des sabbats nous masque
trop souvent le véritable occultisme qui était avant tout, au sein d’un
péril de mort incessant et parmi des ténèbres hostiles, la recherche
tâtonnante et passionnée d’une vérité, ou du moins d’une apparence de
vérité, car il n’y a pas autre chose en ce monde, qui avait rayonné, qui
rayonnait peut-être encore quelque part, mais qui semblait perdue et
dont on ne retrouvait que des débris précieux mais informes, mêlés à
l’épaisse poussière de mensonges irritants et décevants; et le meilleur
des forces s’épuisait à un triage ingrat.