II

Le _Zohar_,--qui signifie l’_Éclat_,--comme le _Sefer Yerizah_, est le

fruit d’une longue fermentation mystique qui remonte à une époque où le

Talmud n’était pas encore clôturé, c’est-à-dire antérieure au VIe siècle

de notre ère, et surtout à la période appelée Gaonique. Après une assez

longue éclipse, ce mysticisme recommence environ 820 ans après J.-C., et

se continue dans les écrits des grands théologiens juifs, Ibn Gabirol,

Juda Hallévi, Abn-Ezra, et principalement dans ceux de Maïmonide.

Ensuite, préparant directement la Kabbale, viennent l’École d’Isaac

l’Aveugle qui est avant tout métaphysique, «abstraction des abstractions

néo-platoniciennes», comme on l’a définie, où brille notamment

Nachmanide, puis l’École d’Éléazar de Worms qui s’applique spécialement

au mystère des lettres et des nombres, et l’École d’Abulafia qui

développe la contemplation pure.

Nous arrivons ainsi au Zohar proprement dit. Comme la Bible, comme les

Védas, l’Avesta et le Livre des Morts égyptien, ce n’est pas un travail

homogène, mais le produit d’une lente incubation, œuvre de

collaborateurs anonymes et nombreux, incohérente, décousue, souvent

contradictoire, où l’on trouve de tout, le meilleur comme le pire, les

spéculations les plus hautes et les divagations les plus extravagantes

et les plus puériles, le recueil, le réservoir ou plutôt le bazar où

s’accumule pêle-mêle tout ce qui n’a pu trouver place dans la religion

officielle, parce que trop hardi, trop élevé, trop bizarre ou trop

étranger à l’esprit juif.

Il n’est pas facile de fixer la date d’une œuvre de ce genre. Franck,

pour faire valoir son antiquité, invoque sa forme chaldéenne; mais

beaucoup de rabbins du Moyen âge écrivaient l’araméen chaldaïque.

Ensuite on a soutenu qu’il était l’œuvre du Tanaïte Simon ben Jochaï

(vers 150 après J.-C.), mais rien n’est venu confirmer cette

attribution. On ne trouve aucune trace certaine de son existence avant

la fin du XIIIe siècle. Le plus probable, et l’érudit S. Karppe arrive à

cette conclusion après avoir longuement et minutieusement discuté toutes

les hypothèses, est que Moïse de Léon, qui vécut au commencement du XIVe

siècle, fut à coup sûr mêlé à la composition du Zohar; et s’il n’en fut

pas l’auteur principal, ramassa dans un même tout un certain nombre de

fragments mystiques, commentaires de l’Écriture, issus, comme tant

d’autres œuvres de la littérature juive, de la collaboration d’écrivains

multiples. En tous cas, il est certain que le Zohar tel que nous le

connaissons est relativement moderne.

Le grand secret · 第 70 / 108 题