Dans le _Livre des Morts_, quand, après la longue et terrible traversée
du Douaou, qui n’est pas l’enfer égyptien, comme on l’a dit, mais une
région intermédiaire entre la mort et la vie éternelle, l’âme est
arrivée dans le pays de «Menti» qu’on appela plus tard l’«Amenti», elle
se trouve en face de Maât ou Maît, la plus mystérieuse divinité de
l’Égypte. Maât est la ligne droite, elle représente la Loi, la
Justice-Vérité, la Justice absolue. Chacun des grands dieux se dit
maître de Maât, mais elle ne reconnaît aucun maître. Les dieux vivent
par elle, elle règne seule sur la terre, dans les cieux et le monde
d’outre-tombe; elle est à la fois la mère du dieu qui l’a créée, sa
fille et le dieu lui-même. En présence d’Osiris assis sur son trône de
juge, est mis dans un des plateaux de la balance le cœur du mort qui
symbolise toute sa nature morale, dans l’autre plateau se trouve une
image de Maât. Quarante-deux divinités, qui représentent les
quarante-deux péchés qu’elles sont chargées de punir, sont rangées
derrière la balance dont Horus surveille l’aiguille, tandis que Téhutin,
le dieu des lettres, inscrit le résultat de la pesée. Tout ceci n’est
évidemment qu’une représentation allégorique, une sorte de mise en
images, une projection sur l’écran de ce monde, de ce qui se passe dans
l’autre, au fond d’une âme ou d’une conscience qui se juge après la
mort.
Alors, si l’épreuve est favorable, se passe une chose extraordinaire qui
révèle la signification secrète, inattendue et profonde de toute cette
mythologie: l’homme devient dieu. Il devient Osiris même. Il se découvre
pareil à celui qui le juge. Il joint son nom à celui d’Osiris, il est
Osiris-un-tel. Il se retrouve enfin le dieu inconnu qu’il était à son
insu. Il reconnaît l’Éternel caché au fond de lui-même, qu’il avait
cherché durant toute son existence et qui, finalement délivré par ses
bonnes œuvres, par ses efforts spirituels, se révèle identique au dieu
qu’il avait écouté et adoré et dont il avait voulu se rapprocher en le
prenant pour modèle.
C’est, sous une autre image, l’absorption de l’âme purifiée dans le sein
de Brahma, le retour à la divinité de ce qu’il y avait de divin dans
l’homme, comme aussi, sous l’allégorie dramatique, l’âme qui se juge
elle-même et se reconnaît digne de rentrer en Dieu.