III

Dans le _Livre des Morts_, quand, après la longue et terrible traversée

du Douaou, qui n’est pas l’enfer égyptien, comme on l’a dit, mais une

région intermédiaire entre la mort et la vie éternelle, l’âme est

arrivée dans le pays de «Menti» qu’on appela plus tard l’«Amenti», elle

se trouve en face de Maât ou Maît, la plus mystérieuse divinité de

l’Égypte. Maât est la ligne droite, elle représente la Loi, la

Justice-Vérité, la Justice absolue. Chacun des grands dieux se dit

maître de Maât, mais elle ne reconnaît aucun maître. Les dieux vivent

par elle, elle règne seule sur la terre, dans les cieux et le monde

d’outre-tombe; elle est à la fois la mère du dieu qui l’a créée, sa

fille et le dieu lui-même. En présence d’Osiris assis sur son trône de

juge, est mis dans un des plateaux de la balance le cœur du mort qui

symbolise toute sa nature morale, dans l’autre plateau se trouve une

image de Maât. Quarante-deux divinités, qui représentent les

quarante-deux péchés qu’elles sont chargées de punir, sont rangées

derrière la balance dont Horus surveille l’aiguille, tandis que Téhutin,

le dieu des lettres, inscrit le résultat de la pesée. Tout ceci n’est

évidemment qu’une représentation allégorique, une sorte de mise en

images, une projection sur l’écran de ce monde, de ce qui se passe dans

l’autre, au fond d’une âme ou d’une conscience qui se juge après la

mort.

Alors, si l’épreuve est favorable, se passe une chose extraordinaire qui

révèle la signification secrète, inattendue et profonde de toute cette

mythologie: l’homme devient dieu. Il devient Osiris même. Il se découvre

pareil à celui qui le juge. Il joint son nom à celui d’Osiris, il est

Osiris-un-tel. Il se retrouve enfin le dieu inconnu qu’il était à son

insu. Il reconnaît l’Éternel caché au fond de lui-même, qu’il avait

cherché durant toute son existence et qui, finalement délivré par ses

bonnes œuvres, par ses efforts spirituels, se révèle identique au dieu

qu’il avait écouté et adoré et dont il avait voulu se rapprocher en le

prenant pour modèle.

C’est, sous une autre image, l’absorption de l’âme purifiée dans le sein

de Brahma, le retour à la divinité de ce qu’il y avait de divin dans

l’homme, comme aussi, sous l’allégorie dramatique, l’âme qui se juge

elle-même et se reconnaît digne de rentrer en Dieu.

Le grand secret · 第 50 / 108 题