CHAPITRE VI.

[179] _Antiquissimo enim tempore, sic erat in dominorum potestate

connexum, ut quando vellent, possent offerre rem in feudum à se datam;

posteà verò conventum est, ut per annum tantum firmitatem haberent,

deinde statutum est ut usque ad vitam fidelis perduceretur._ (Lib.

Feudorum, Tit. 1). Conrad II étoit contemporain de notre roi Robert

et de Henri I. Il commença à régner en 1024, et mourut en 1039. _Cum

verò Conradus Romam proficisceretur petitum est à fidelibus qui in ejus

erant servitio, ut lege ab eo promulgatâ hoc etiam ad nepotes ex filio

producere dignaretur, et ut frater fratri sinè legitimo hærede defuncto

in beneficio quod eorum patris fuit succedat._ (Ibid. T. 1.) Fréderic

I, contemporain de notre Louis-le-Jeune et de Philippe-Auguste, mourut

en 1190. Le livre des fiefs que je cite ici, fut écrit sous son règne;

et il y est encore dit: «_sciendum est quod beneficium adveniens ex

latere ultrâ fratres patrueles non progreditur successione ab antiquis

sapientibus constitutâ, licet moderno tempore usque ad septimum

geniculum sit usurpatum, quod in masculis descendentibus novo jure in

infinitum extenditur_.»

[180] Plusieurs écrivains Allemands croient que l’Empire fut

héréditaire jusqu’à Henri IV; quelques-uns même pensent qu’il ne fut

véritablement électif qu’après le règne de Henri VI. Je demanderois à

ces écrivains: Conrad I ne fut-il pas élu? Toutes les histoires n’en

sont-elles pas autant de preuves? Henri, duc de Saxe, et surnommé

l’Oiseleur, fut sans doute élu empereur, puisque Conrad voyant que ce

prince étoit trop puissant pour ne pas usurper l’Empire, ou ne s’en pas

séparer, conseilla de le choisir pour son successeur. Il est vrai que

sa postérité, pendant trois générations, occupa le trône; mais cela

ne prouve rien contre le droit de l’Empire et de la nation Allemande.

Quand même il seroit certain que ces princes n’auroient pas attendu une

élection pour prendre le titre d’empereurs, que pourroit-on conclure

de trois démarches irrégulières, contre l’éligibilité de l’Empire?

Après la mort d’Othon III, Henri II, duc de Bavière, surnommé le

Boiteux, ne fut-il pas élu empereur, de même que son successeur Conrad

II, duc de Franconie? Il me semble que les témoignages des historiens

sur tous ces faits, ne sont point équivoques, et dès lors quels motifs

raisonnables peut-on avoir de douter?

Puffendorf dit dans son ouvrage intitulé, _de Statu Imperii

Germanici_, et publié sous le nom de Severin de Monzambano; _Proceres

in Imperatorem (Henricum) insurgunt, eumque regno dejiciunt, editâ

constitutione, ut deinceps filius regis, et si dignus, per spontaneam

electionem non per successionis, lineam proveniret_.» (C. 6. §.

7.) Cette diète se tint à Forcheim, et la constitution dont parle

Puffendorf, se trouve dans le recueil de Goldast. Si de ce fait on

vouloit inférer que la couronne étoit héréditaire avant Henri IV,

on auroit tort, ce me semble. Tout ce qu’on en peut conclure, c’est

que les élections ne s’étoient pas faites bien régulièrement, et que

quatre princes de la maison de Saxe, et trois de la maison de Franconie

s’étant succédés, leurs partisans pouvoient avoir voulu rendre

équivoque le droit de l’Empire; et que pour dissiper tout doute et

prévenir les entreprises ambitieuses des empereurs, il étoit nécessaire

de porter une loi qui renouvellât les anciennes constitutions et

coutumes du corps germanique. Dans un siècle d’ignorance, et où la

force a beaucoup de pouvoir, cette précaution étoit fort utile.

[181] Richard, duc de Cornouaille, et Alphonse X, roi de Castille.

L’interrègne ne finit qu’en 1373, par l’élection de Rodolphe, comte de

Hapsbourg.

_Fin des remarques du livre quatrième._

REMARQUES ET PREUVES

DES

_Observations sur l’histoire de France_.

Collection complète des oeuvres de l'Abbé de Mably, Volume 2 (of 15) · 第 41 / 61 题