A NOS ABONNÉS

_La suppression presque complète des services postaux entre Paris et la

province nous a empêchés d'expédier notre numéro du 5 septembre dans les

départements et à l'étranger. Ce numéro n'a pu être distribué et mis en

vente qu'à Paris. Mais, ainsi que nous l'avons annoncé, nous venons de

nous assurer en province le concours d'une imprimerie auxiliaire où nous

publierons une édition exactement semblable à l'édition parisienne._

_C'est à Bordeaux, devenu le siège du gouvernement, où se centraliseront

pendant quelque temps toutes les administrations publiques, que nous

avons transféré une partie de nos services. Une très importante maison

d'édition, celle de M. G. Delmas, nous a offert l'hospitalité, mettant

ses ateliers et ses presses à notre disposition, tandis que nous

trouvions, dans la grande et accueillante maison de_ La Gironde _et de_

La Petite Gironde _un laboratoire de photogravure avec son matériel et

d'habiles spécialistes_.

_Pendant quelques semaines, nos numéros s'imprimeront donc à la fois à

Paris et à Bordeaux. Nous donnerons ainsi satisfaction à deux régions et

rayonnant autour de deux centres, nous atteindrons un plus grand nombre

de lecteurs._

_Le présent numéro porte deux dates: celle du 12 septembre à laquelle il

aurait dû être mis en vente et celle du 19 septembre à laquelle son

tirage sera seulement terminé._

_A partir du 26 septembre, nous reprendrons notre périodicité

hebdomadaire, chaque samedi._

_Par contre, il ne nous est pas encore possible de garantir le service

régulier de nos abonnés hors Paris. Comme nous l'avons expliqué déjà, le

transport à Bordeaux de nos 115 000 fiches d'abonnement gravées sur

métal, ainsi que du mécanisme d'impression des bandes, était

impraticable. Impraticable aussi l'expédition des exemplaires depuis

Paris, tantôt supprimée par mesure d'ordre général, comme pour le numéro

dernier, tantôt faite à tous risques, dans les conditions les plus

aléatoires. Enfin, les innombrables changements d'adresse de ces

derniers temps ont créé une confusion momentanément inextricable, malgré

toute la bonne volonté des quelques employés que nous ont laissés les

mobilisations successives._

_Pas un exemplaire sur cinq n'étant assuré de parvenir à son

destinataire, nous demandons à nos abonnés de s'incliner, comme nous le

faisons nous-mêmes, devant les nécessités de l'heure présente. Dès que

le rétablissement des communications et des transports le permettra, ce

qui ne saurait maintenant tarder plus d'une semaine ou deux, nous leur

expédierons tous les numéros qui leur manqueront, et la documentation

des numéros suivants sera assez abondante pour compenser la suppression

du numéro du 12 septembre que nous ont imposée les circonstances._

_Nos abonnés peuvent être assurés que notre collection de la_ Guerre de

1914, _augmentée de planches en couleurs, de cartes et de plans revisés

et d'études stratégiques sur les opérations militaires, formera un

ensemble de documents d'un intérêt inestimable._

[Illustration: La place de la Gare de Louvain, sur laquelle se dresse,

seule intacte au milieu des ruines, la statue de Sylvain van de Weyer,

un des chefs de la révolution belge de 1830.--_Phot. N. J. Boon,

Amsterdam._]

LA BELGIQUE ENSANGLANTÉE

(_De notre envoyé spécial._)

Au moment où _L'Illustration_ se prépare à publier les notes de guerre

que j'ai prises en Belgique, à son intention, j'ai connaissance du

long télégramme de protestation que Guillaume II adresse au président

Wilson.

L'empereur proteste contre l'emploi des balles _dum-dum_, dont, à son

dire, se servent les troupes anglaises et françaises!

Je laisse à d'autres le soin de retourner contre lui une telle

affirmation. Si j'avais eu connaissance d'un fait de ce genre je

n'hésiterais pas plus à le signaler aux chefs de nos troupes alliées

qu'à le reprocher aux troupes allemandes.

Or, je n'ai vu de blessure de balle _dum-dum_, ni sur un soldat belge ni

sur un soldat allemand.

Mais le kaiser termine son télégramme par un plaidoyer en faveur des

assassins et des incendiaires de Louvain: «Mon coeur saigne, écrit-il,

quand je vois que de telles mesures sont inévitables et quand je songe

aux _innombrables personnes innocentes_ qui ont perdu leur vie ou leurs

biens _à la suite des actions criminelles et barbares des Belges_.»

Alors, je proteste avec indignation. Je protesterais même, si j'avais

l'assurance que des coups de feu étaient partis des maisons de Louvain

sur les troupes allemandes, parce qu'ils n'excuseraient pas les

abominables meurtres qui ont été commis sur des innocents et l'incendie

qui a dévoré, non pas une partie d'une ville, mais une ville entière. Le

soleil s'est levé quatre fois pour illuminer les nuages de fumée qui

planaient sur Louvain.

Et voilà que, maintenant, saigne le tendre coeur du kaiser rouge! Voilà

qu'il choisit un arbitre!

Il y a six semaines, l'homme de Berlin se moquait de l'opinion de

l'Amérique: aujourd'hui, il ne la néglige plus. Serait-ce l'approche de

la Justice qui rembrunirait déjà son front et courberait ses épaules?

Puisqu'il se préoccupe du sort infligé aux innocents, nous nous faisons

un devoir ici de livrer sans retard au monde civilisé la véridique

histoire des derniers jours d'une cité sur les cendres de laquelle

saigne inutilement le coeur d'un roi de Prusse.

L'Illustration, No. 3733, 12-19 Septembre 1914 · 第 2 / 11 题