STANCES.

Lorsque la lune épanche un doux rayon,

Lorsque dans l’air le sylphe se balance;

Quand la forêt, le lac et le vallon

Sont endormis dans un vaste silence;

Lorsque du soir les zéphyrs expirans

Dans les pensers plongent une âme tendre;

Lorsqu’elle voit cent prestiges errans;

Que la musique alors se fasse entendre!

Frappez, frappez le tambourin joyeux;

Ouvrez le bal, suivez vos coryphées:

Sous les berceaux du bois mystérieux,

Mêlez vos pas à la danse des fées.

Au clair de lune, en des momens si beaux,

Que la musique et transporte et captive,

Comme ses sons prolongés sur les eaux

Ont égayé les échos de la rive.

Pierre, dont le zèle était extrême, avait déjà mis des rafraîchissemens

sous les arbres, et en peu de temps la pelouse fut couverte de paysans.

La musette et le tambourin furent placés, à la demande de Clare, à

l’ombre de ses acacias chéris, sur le bord du lac. Les sons joyeux de la

musique se firent entendre; Adeline ouvrit la danse, et les montagnes ne

répétèrent plus que les cris de la gaîté et des sons harmonieux.

Le vénérable Laluc était assis au milieu des vieillards, et en regardant

cette scène, ses enfans et ses paroissiens ainsi rassemblés, et formant

une grande famille, des larmes fréquentes coulaient le long de ses

joues, et il éprouvait les sensations les plus délicieuses.

Tous les cœurs étaient tellement portés à la joie, que le jour

commençait à éclairer la scène de la fête, lorsque chaque villageois

retourna chez lui, en bénissant la bienveillance de Laluc.

Après avoir passé quelques semaines avec Laluc, M. Verneuil acheta un

château dans le village de Leloncourt; et, comme c’était le seul qu’il y

eût à vendre, Théodore chercha une habitation dans le voisinage. Il

acheta une maison de campagne à quelques lieues de distance, sur les

bords enchanteurs du lac de Genève, où ses eaux forment une petite baie.

Là, méprisant la pompe du faux bonheur, et jouissant des délices d’un

amour épuré par la plus tendre amitié, environnés par des amis qui leur

étaient si chers, et visités par une compagnie choisie et éclairée; là,

au sein de la félicité, vivaient Théodore et Adeline Laluc.

La passion de Louis La Motte céda enfin au pouvoir de l’absence et de

la nécessité. Il aimait toujours Adeline, mais c’était avec la

tendresse paisible de l’amitié; et, lorsqu’il se rendit aux pressantes

invitations de Théodore, il vit leur bonheur avec une satisfaction pure

et qui n’avait aucune teinte d’envie. Il épousa ensuite une dame de

Genève, fort riche; et, ayant résigné sa commission au service de

France, il s’établit sur les bords du lac, et augmenta les plaisirs de

la société d’Adeline et de Théodore.

Leur vie passée offrit un exemple d’épreuve bien dure, et leur vie

présente un modèle de vertus grandement récompensées; et ils

continuèrent de mériter cette récompense: car leur bonheur ne se bornait

pas à eux seuls, mais ils le faisaient sentir à tous les individus qui

vivaient dans la sphère de leur influence. L’indigent et l’infortuné

avaient à se louer de leur bienveillance; l’homme vertueux et éclairé,

de leur amitié; et leurs enfans, d’avoir des parens dont l’exemple

imprimait dans leurs cœurs les préceptes qu’ils offraient à leur esprit.

La forêt, ou l'abbaye de Saint-Clair (tome 3/3) traduit de l'anglais sur la seconde édition · 第 28 / 29 题