STANCES.

Fuis avec moi vers l’heureuse Atlantide:

Viens, franchissons l’immensité des airs;

L’été brillant dans ce séjour réside,

Et l’embellit de festons toujours verts.

Lorsqu’au-dessus des ondes transparentes

Nous volerons sur des ailes d’émail,

Pour applaudir, les Naïades contentes

Déserteront leurs voûtes de corail.

Car bien souvent, sur la rive tranquille,

Je les appelle au déclin d’un beau jour,

Et les invite à quitter leur asile

Pour voir les jeux des nymphes de ma cour.

De nos plaisirs elles se réjouissent,

Et sur les flots redoublent leurs ébats;

Mais pour danser quand nos groupes s’unissent,

Par leur musique elles règlent nos pas.

Gagnons cette île où la chaîne bleuâtre

Des monts altiers aux sommets ondoyans

Forme un sublime et vaste amphithéâtre

Sur les tapis des vallons verdoyans.

Là, sur un trône entouré de verdure,

Le Dieu fécond, père des végétaux,

Des plus beaux fruits prodigués sans mesure

Varie au loin la plaine et les coteaux.

Pour émailler ses fleurs éblouissantes

Sa main dérobe un rayon de Phébus;

Il en rougit les grappes mûrissantes

Qu’on entrevoit sous les pampres touffus.

Allons danser sous les bocages sombres

De myrtes verts, de charmans orangers;

Là, de la nuit nous attendrons les ombres,

A la fraîcheur des zéphyres légers.

Avant que l’aube ait annoncé l’aurore,

Et quand la lune est absente des cieux,

Des vers brillans le nocturne phosphore

Eclairera nos courses et nos jeux.

En exprimant sur nos lèvres heureuses,

Et des roseaux le miel délicieux,

Et du palmier les coques savoureuses,

Nous nous croirons à la table des dieux.

Lorsqu’il survient un horrible tonnerre,

Lorsque d’éclairs le ciel est enflammé,

Le tronc vieilli d’un cèdre tutélaire

Va nous donner un abri parfumé.

Vers le minuit, alors que tout sommeille,

Sous le platane ou le palmier en fleur,

Sans respirer, nous prêterons l’oreille

Au rossignol qui chante sa douleur.

Jamais concert n’a fait passer les heures

D’aucun mortel, dans ce ravissement.

Volons ensemble à ces belles demeures,

Et tous leurs biens seront à mon amant.

Adeline cessa de chanter,..... et elle entendit aussitôt répéter par une

douce voix:

Jamais concert n’a fait passer les heures

D’aucun mortel, dans ce ravissement.

Et tournant les yeux du côté d’où elle partait, elle aperçut M. Amand.

Elle rougit, et posa le luth qu’il prit à l’instant d’une main

tremblante; il en tira des sons ravissans, et chanta les vers suivans

d’une voix mélodieuse et pleine de sensibilité.

La forêt, ou l'abbaye de Saint-Clair (tome 3/3) traduit de l'anglais sur la seconde édition · 第 15 / 29 题