M. Henrion de Pensey

Je croyais de bonne foi être le premier qui eût conçu, _de nos jours_,

l'idée de l'Académie des Gastronomes; mais je crains bien d'avoir été

devancé; comme cela arrive quelquefois. On peut en juger par le fait

suivant, qui a près de quinze ans de date.

M. le président Henrion de Pensey, dont l'enjouement spirituel a bravé

les glaces de l'âge, s'adressant à trois des savants les plus distingués

de l'époque actuelle (MM. de Laplace, Chaptal et Bertholet), leur

disait, en 1812: «Je regarde la découverte d'un mets nouveau, qui

soutient notre appétit et prolonge nos jouissances, comme un événement

bien plus intéressant que la découverte d'une étoile; on en voit

toujours assez.

«Je ne regarderai point, continuait ce magistrat, les sciences comme

suffisamment honorées, ni comme convenablement représentées, tant que je

ne verrai pas un cuisinier siéger à la première classe de l'Institut.»

Ce cher président était toujours en joie quand il songeait à l'objet de

mon travail; il voulait me fournir une épigraphe, et disait que ce ne

fut pas l'_Esprit des Lois_ qui ouvrit à M. de Montesquieu les portes de

l'Académie. C'est de lui que j'ai appris que le professeur Berriat

Saint-Prix avait fait un roman; et c'est encore lui qui m'a indiqué le

chapitre où il est parlé de l'industrie alimentaire des émigrés. Aussi,

comme il faut que justice se fasse, je lui ai érigé le quatrain suivant

qui contient a la fois son histoire et son éloge.

Physiologie du goût · 第 125 / 139 题