Telle est, au surplus, l'idée qui m'est restée de l'état où j'étais et
de ce que j'éprouvai dans cette occasion, que je donnerais volontiers,
s'il était possible, tout le temps qui me reste à vivre pour un mois
d'une existence pareille.
Les gens de lettres me comprendront bien plus facilement que les autres;
car il en est peu à qui il ne soit arrivé, à un degré sans doute très
inférieur, quelque chose de semblable.
On est, dans son lit, couché bien chaudement, dans une position
horizontale, et la tête bien couverte; on pense à l'ouvrage qu'on a sur
le métier, l'imagination s'échauffe, les idées abondent, les expressions
les suivent; et comme il faut se lever pour écrire, on s'habille, on
quitte son bonnet de nuit, et on se met à son bureau.
Mais voilà que tout-à-coup on ne se retrouve plus le même; l'imagination
s'est refroidie, le fil des idées est rompu, les expressions manquent;
on est obligé de chercher avec peine ce qu'on avait si facilement
trouvé, et fort souvent on est contraint d'ajourner le travail à un jour
plus heureux.
Tout cela s'explique facilement par l'effet que doit produire sur le
cerveau le changement de position et de température: on retrouve encore
ici l'influence du physique sur le moral.
En creusant cette observation, j'ai été conduit trop loin peut-être;
mais enfin j'ai été conduit à penser que l'exaltation des Orientaux
était due en partie à ce que, étant de la religion de Mahomet, ils ont
toujours la tête chaudement couverte, et que c'est pour obtenir l'effet
contraire que tous les législateurs des moines leur ont imposé
l'obligation d'avoir cette partie du corps découverte et rasée.
[Illustration]