XI

Mona, les jours qui suivirent, demeura prostrée dans sa douleur; des

frissons convulsifs l’agitaient en pensant au meurtre de Yann, et elle

ne pouvait voir sans horreur la place où Juhel était tombé. Elle ne

trouvait un peu d’apaisement qu’au pied des autels.

Marie Le Goanec voyait avec une peine indicible sa fille glisser dans

une tristesse morne, qui la rendait incapable d’aucun effort. Et les

semaines après les semaines coulaient, toutes pareilles pour la pauvre

affligée, dans laquelle nul n’aurait pu reconnaître la jolie pennhérès

aux yeux rieurs.

Un jour, Le Goanec, dont l’humeur s’était adoucie depuis les derniers

événements, revint chez lui le front soucieux.

--Femme, dit-il, prends ta mante... Il y a ce pauvre Gonéry...

--Gonéry?

--Dans les jambes, qu’il souffre. Voilà trois jours... Personne pour le

soigner: c’en est une vraie misère!

Avant que sa mère n’ait eu le temps de répondre, Mona déjà s’était

levée.

--C’est moi qui le soignerai; restez, mère!

Et à son père étonné:

--Il aimait Yann... et n’est-ce point ma place, à moi qui n’aurai jamais

de foyer, de venir à celui de l’affligé, pour le soigner s’il est

malade, pour le consoler s’il souffre?

Marie retrouvait enfin sa fille: elle joignit les mains pour remercier

Dieu, tandis que Mona l’embrassait tendrement.

Désormais la jeune fille avait compris son vrai rôle; ayant beaucoup

souffert, elle fit sa consolation d’adoucir les souffrances des autres,

et la paix descendit en elle doucement.

Un matin elle s’aperçut qu’une résille de rides légères se posait sur

son front. Mais elle se sentait une âme sereine et un cœur vaillant,

elle était prête à tous les dévoûments. De partout montaient vers elle

l’amitié des uns, la reconnaissance des autres, la confiance de chacun:

malgré les mauvais jours écoulés, Mona la Dévouée était heureuse.

On assure qu’elle le demeura, car elle voua sa vie à dispenser autour

d’elle la divine charité.

Yvonne l'Islaise · 第 36 / 40 题