Mona, les jours qui suivirent, demeura prostrée dans sa douleur; des
frissons convulsifs l’agitaient en pensant au meurtre de Yann, et elle
ne pouvait voir sans horreur la place où Juhel était tombé. Elle ne
trouvait un peu d’apaisement qu’au pied des autels.
Marie Le Goanec voyait avec une peine indicible sa fille glisser dans
une tristesse morne, qui la rendait incapable d’aucun effort. Et les
semaines après les semaines coulaient, toutes pareilles pour la pauvre
affligée, dans laquelle nul n’aurait pu reconnaître la jolie pennhérès
aux yeux rieurs.
Un jour, Le Goanec, dont l’humeur s’était adoucie depuis les derniers
événements, revint chez lui le front soucieux.
--Femme, dit-il, prends ta mante... Il y a ce pauvre Gonéry...
--Gonéry?
--Dans les jambes, qu’il souffre. Voilà trois jours... Personne pour le
soigner: c’en est une vraie misère!
Avant que sa mère n’ait eu le temps de répondre, Mona déjà s’était
levée.
--C’est moi qui le soignerai; restez, mère!
Et à son père étonné:
--Il aimait Yann... et n’est-ce point ma place, à moi qui n’aurai jamais
de foyer, de venir à celui de l’affligé, pour le soigner s’il est
malade, pour le consoler s’il souffre?
Marie retrouvait enfin sa fille: elle joignit les mains pour remercier
Dieu, tandis que Mona l’embrassait tendrement.
Désormais la jeune fille avait compris son vrai rôle; ayant beaucoup
souffert, elle fit sa consolation d’adoucir les souffrances des autres,
et la paix descendit en elle doucement.
Un matin elle s’aperçut qu’une résille de rides légères se posait sur
son front. Mais elle se sentait une âme sereine et un cœur vaillant,
elle était prête à tous les dévoûments. De partout montaient vers elle
l’amitié des uns, la reconnaissance des autres, la confiance de chacun:
malgré les mauvais jours écoulés, Mona la Dévouée était heureuse.
On assure qu’elle le demeura, car elle voua sa vie à dispenser autour
d’elle la divine charité.