=367.= Les comètes sont des astres qui, de même que les planètes, ont un
mouvement propre au milieu des constellations. Ce mouvement propre des
comètes s'étudie comme les autres, et si on le rapporte au soleil, on
trouve qu'il est _soumis aux lois de Képler_ comme celui des planètes.
[Illustration: 282, Fig. 132]
=368.= Cependant les comètes se distinguent des planètes sous plusieurs
rapports: d'abord par l'aspect qui n'est pas le même (_V._ nº 370), puis
par les circonstances de leurs mouvements. Tandis que les orbites des
planètes sont des ellipses presque circulaires, celles des comètes sont
des ellipses excessivement allongées, dégénérant presque en paraboles
(_fig._ 132), dont le soleil occupe un foyer. Tandis que les plans des
orbites planétaires sont en général peu inclinés sur le plan de
l'écliptique, celles des comètes admettent toutes les inclinaisons
possibles. Enfin, tandis que les mouvements de toutes les planètes sont
_directs_, les mouvements de la moitié à peu près des comètes observées
sont rétrogrades.
=369.= Vu l'extrême allongement des orbites des comètes, ces astres s'en
vont à de très-grandes distances du soleil, et par conséquent de notre
globe. C'est pourquoi nous les perdons de vue dans la plus grande partie
de leur révolution, nous ne les voyons que lorsqu'elles sont le plus
rapprochées du soleil. Comme à cette distance minimum leur vitesse
angulaire est la plus grande (en vertu de la loi des aires), elles
passent assez rapidement à portée de notre vue, et en général nous ne
les voyons pas longtemps comparativement aux planètes.
=370.= ASPECT DES COMÃTES; NOYAU, CHEVELURE, QUEUE. Une comète, consiste
habituellement en un point plus ou moins brillant, environné d'une
nébulosité qui s'étend sous forme de traînée lumineuse dans une
direction particulière (_fig._ 131). Le point brillant est le _noyau_ de
la comète; la traînée lumineuse qui accompagne ce noyau, de l'autre côté
de la comète par rapport au soleil, se nomme la _queue_; la nébulosité
qui environne la comète, abstraction faite de la queue, se nomme la
_chevelure_. On donne aussi le nom de _tête_ de la comète à l'ensemble
du noyau et de la chevelure.
[Illustration: 283, Fig. 131]
Les comètes ne se présentent pas toutes sous la forme que nous venons
d'indiquer; il y en a qui n'ont pas de queue, et qui alors ressemblent Ã
des planètes; il y en a qui ont l'apparence de nébulosités, sans noyaux.
Il y en a qui ont un noyau et une chevelure sans queue; enfin on en a vu
qui avaient au contraire plusieurs queues disposées en éventail.
=371.= Les queues des comètes prennent les formes les plus variées; les
unes sont droites, d'autres sont recourbées; les unes ont partout la
même largeur, d'autres s'épanouissent en éventail. On a vu des comètes
ayant plusieurs queues divergentes partant toutes du noyau. Ces queues
atteignent parfois des longueurs immenses; la queue de la comète de 1680
couvrit une étendue du ciel d'environ 70°, et Newton a calculé qu'elle
avait à peu près 17500000 myriamètres de longueur. La queue de la comète
de 1779 en avait 6237000, et celle de la fameuse comète de 1811 plus de
14000000. La queue suit ordinairement le prolongement du rayon qui va du
soleil à la comète; quelquefois elle dévie de cette direction.
=372.= PETITESSE DE LA MASSE DES COMÃTES. La densité dès comètes (leur
masse sous l'unité de volume) est excessivement faible; leur matière est
disséminée à un point dont aucune substance terrestre ne peut donner
l'idée. La plus légère fumée, un brouillard sont incomparablement plus
denses; car ils affaiblissent et éteignent toujours en partie les rayons
de la lumière qui les traversent; quelques centaines ou quelques
milliers de mètres d'épaisseur transforment la brume la plus légère en
un voile opaque. Mais une comète dont le volume énorme est plutôt
comparable à celui du soleil qu'à ceux des planètes, laisse passer la
lumière; on voit briller les étoiles, comme à l'ordinaire, à travers des
épaisseurs de matière cométaire de plusieurs milliers de lieues. La
masse des comètes sous l'unité de volume est donc excessivement faible,
comme nous l'avons dit tout d'abord. On voit par là combien peu les
effets mécaniques du choc d'une comète contre la terre ou toute autre
planète sont à craindre. La comète de 1770, qui passa auprès de Jupiter
et au milieu de ses satellites, n'exerça aucun effet appréciable; mais
il paraît que l'effet de ce voisinage sur la comète a été fort sensible;
elle a été grandement détournée de son orbite. On aurait dû, d'après
Lexell, la revoir 5 ans après, et depuis on ne l'a plus revue. Ce fait
prouve bien la petitesse relative de la masse des comètes.
Néanmoins, la matière des comètes existe; elle obéit aux lois de la
gravitation; elle est plus dense dans la partie qu'on appelle noyau;
aussi c'est le centre du noyau qu'on considère comme le point principal;
c'est le point dont on étudie le mouvement.
=373.= NATURE DES ORBITES. Nous avons dit que les orbites des comètes
peuvent être sensiblement considérées comme des paraboles dont le centre
du soleil serait le foyer commun (_fig._ 132). Si une comète revient,
son orbite ne doit plus être considérée comme dégénérant en parabole (nº
374).
=374.= COMÃTES PÃRIODIQUES. Il y a, en effet; des comètes qui reviennent
en vue de la terre; ces comètes, qui ont été ainsi vues plusieurs fois,
se nomment _périodiques_; car leurs retours ont lieu à des intervalles
égaux qu'on peut déterminer par le calcul et vérifier par une
observation subséquente, quand une fois on a soupçonné la périodicité.
Nous disons soupçonné; car on ne reconnaît pas qu'une comète est de
celles qui ont déjà été vues à sa forme et à son apparence; celles-ci
sont trop vagues pour qu'on puisse se décider d'après elles[146]. Ã
chaque comète nouvelle les astronomes s'empressent de calculer les
éléments de l'orbite, et de les comparer à ceux des comètes antérieures.
S'il se trouve qu'une de celles-ci a suivi le même chemin, les deux
comètes ne font très-probablement qu'un seul et même astre. En effet, eu
égard à l'immensité des espaces dans lesquels se meuvent les comètes
autour du soleil, il est peu probable que deux comètes suivent
exactement le même chemin. D'ailleurs avec tous les éléments que l'on
possède, y compris l'intervalle des deux apparitions que l'on compare,
on peut prédire une nouvelle apparition pour une époque précise, et si
cette prédiction se vérifie, on classe la comète au nombre des comètes
périodiques. Les orbites des comètes périodiques doivent être des
ellipses.
[Note 146: L'aspect d'une comète est tout à fait variable; à quelques
jours d'intervalle seulement, une comète est toute différente de ce
qu'elle était d'abord; il est donc absolument impossible de tirer la
moindre induction plausible de ce que deux comètes observées à des
époques différentes ont on n'ont pas le même aspect.]
=375.= COMÃTE DE HALLEY. Halley, astronome anglais du XVIIe siècle,
calcula d'après les méthodes de Newton les orbites d'un grand nombre de
comètes dont on avait conservé les observations. Il fut frappé des
analogies qui existaient entre des comètes observées en 1531, 1607 et
1682. L'intervalle de ces observations successives étant 75 ou 76 ans,
il se hasarda à prédire une nouvelle apparition pour la fin de 1758 ou
le commencement de l'année 1759; l'événement vérifia sa prédiction.
Cette comète, dite de Halley, devait reparaître vers 1834 ou 1835; on
l'a revue en effet en 1835; c'est donc décidément une comète périodique.
=376.= COMÃTE D'ENKE. C'est une comète périodique qui revient tous les 3
ans 1/2 environ, tous les 1200 jours: aussi l'appelle-t-on la comète des
1200 jours. Elle fut découverte par M. Pons, à Marseille, en 1818. M.
Enke fut celui qui en calcula tous les éléments et en constata la
périodicité.
=377.= COMÃTE DE BIÃLA. La troisième planète périodique fut découverte
le 27 février 1826, à Johannisberg, par M. Biéla, capitaine autrichien.
La durée de sa révolution est de 6 ans 3/4; elle a été observée en 1846
et en 1852.
SON DÃDOUBLEMENT. La comète de Biéla, qui n'a pas de noyau, a présenté
un singulier phénomène à son apparition en 1846: elle s'est dédoublée.
C'est-à -dire qu'on a vu deux comètes semblables, très-voisines l'une de
l'autre, sans communication apparente, et décrivant sensiblement
l'orbite assignée à la planète primitive. Le dédoublement a persisté Ã
l'apparition de 1852; on en ignore la cause.
L'orbite de la comète de Biéla coupe le plan de l'écliptique à peu près
à la distance qui nous sépare du soleil. Si la terre s'était trouvée en
1832 au point de rencontre des deux orbites, en même temps que la
comète, il y aurait eu collision; mais la terre était alors assez
éloignée de ce point. Depuis cette époque les perturbations du mouvement
de la comète ont fait disparaître toutes chances de rencontre.
à ce sujet nous remarquerons que la masse des comètes est tellement
faible, qu'une pareille collision n'est pas à craindre. Si la terre
rencontrait une comète, elle la traverserait probablement sans s'en
apercevoir, du moins quant aux effets mécaniques (nº 372).
=378.= COMÃTE DE FAYE. La quatrième comète périodique a été observée par
M. Faye, à Paris, le 22 novembre 1843. La durée de sa révolution est Ã
peu près 7 ans 1/2.
Dans ces derniers temps on a trouvé plusieurs autres comètes pour
lesquelles les mêmes circonstances (la forme des orbites) font
soupçonner la périodicité. Mais ces comètes ne devront être classées
définitivement parmi les comètes périodiques que lorsqu'on les aura vues
revenir au moins une fois à leur périhélie après avoir fait une
révolution complète autour du soleil.