Huyghens 5530

=275.= REMARQUE. Les taches grisâtres que l'on remarque à l'œil nu sur

la surface de la lune ne sont pas des montagnes; ce sont des parties qui

réfléchissent moins bien les rayons solaires que les régions

environnantes. Ces parties moins brillantes ne renferment presque pas de

montagnes; on leur a donné jusqu'ici le nom de _mers_, à tort, puisque,

ainsi que nous l'expliquerons bientôt, il ne peut exister d'eau à la

surface de la lune.

[Illustration: page 207, fig. 106.]

=276.= CONSTITUTION VOLCANIQUE DE LA LUNE. Les montagnes très-nombreuses

de la lune présentent un caractère particulier extrêmement remarquable.

Elles offrent en général l'aspect d'un bourrelet circulaire entourant

une cavité dont le fond est quelquefois au-dessous du niveau des parties

environnantes de la surface de la lune. Souvent il existe au milieu de

cette cavité centrale une montagne isolée en forme de pic (_fig._ 106).

Ces montagnes circulaires ressemblent assez aux cratères des volcans

éteints qui existent à la surface de la terre; mais les diamètres des

montagnes lunaires sont incomparablement plus grands que les diamètres

de ces volcans. Le diamètre de l'Etna, dans son maximum, a atteint 1500

mètres; et celui du Vésuve, environ 700 mètres. Or, parmi les plus

grandes montagnes circulaires de la lune on en cite deux qui ont 91200

et 87500 mètres de diamètre. A partir de là on en trouve de toutes les

dimensions, jusqu'aux plus petites que nous puissions apprécier à la

distance de la lune. Eu égard à leurs dimensions, les grandes montagnes

lunaires sont plutôt comparables à certains cirques montagneux que l'on

rencontre sur la terre, et que l'on désigne sous le nom de cratères de

_soulèvement_. Tels sont, par exemple, le cirque de l'île de Ceylan, qui

a 70000 mètres de diamètre; celui de l'Oisans, dans le Dauphiné, qui en

a 20000, et le cirque du Cantal (Auvergne), qui en a 10000.

En somme la surface de la lune nous offre l'aspect général des contrées

volcaniques; on y voit presque partout des accidents de terrain

considérables; le sol paraît avoir été tourmenté par des actions

volcaniques intérieures; il n'offre pas les traces d'un nivellement

pareil à celui que les eaux et les agents atmosphériques ont produit

avec le temps sur la surface de la terre.

=277.= ABSENCE D'ATMOSPHÈRE À LA SURFACE DE LUNE. Il résulte de divers

indices que la lune n'est pas entourée d'une atmosphère gazeuse analogue

à celle dans laquelle nous vivons; voici l'observation qui démontre de

la manière la plus précise cette absence d'atmosphère autour de la lune.

(V. aussi la note ci-après.)

Quand cet astre, en vertu de son mouvement propre, vient à passer devant

une étoile, on peut observer avec une grande exactitude l'instant précis

de la disparition de l'étoile, puis l'instant de sa réapparition; de lÃ

on déduit la durée de l'occultation. D'un autre côté, les lois connues

du mouvement de la lune nous apprennent quelle est la position de cet

astre par rapport à la terre et à l'étoile, au moment de l'observation,

et par suite quelle est la corde du disque qui passe précisément entre

l'observateur et l'étoile. Connaissant la vitesse du mouvement propre de

la lune au même moment, on peut calculer le temps qu'il faut au dernier

point de cette corde (considérée dans le sens du mouvement), pour venir

remplacer le premier sur la direction du rayon visuel qui va de

l'observateur à l'étoile; car ce temps est précisément celui qu'il faut

à cette deuxième extrémité comme à tout autre point de la lune pour

parcourir dans le sens de l'orbite un chemin ayant la longueur connue de

la corde en question. Or on trouve toujours que ce temps est égal à la

durée de l'occultation; ou du moins la différence qui existe entre ces

deux temps est assez faible pour qu'on puisse la regarder comme

résultant des erreurs d'observation.

Il n'en peut être ainsi évidemment que si la lune n'a pas d'atmosphère

gazeuse analogue à la nôtre; en effet, le temps _calculé_ est

précisément celui pendant lequel le rayon lumineux qui va _en droite

ligne_ de l'étoile à l'observateur est successivement intercepté par les

divers points de la corde que nous avons considérés; c'est donc

précisément le temps que doit durer l'occultation, si ce rayon direct

est le seul qui puisse nous montrer l'étoile. Cela posé, admettons que

la lune soit entourée d'une atmosphère gazeuse plus ou moins étendue, et

considérons l'étoile e un peu après le moment où le disque lunaire a

commencé à s'interposer entre elle et l'observateur placé en O

(_fig._107, nº 1).

[Illustration: 209, fig. 107]

Le rayon direct _e_O est intercepté et ne nous montre plus l'étoile;

mais le rayon lumineux _ec_ qui traverse l'atmosphère tout près de ce

disque se réfracte et nous apporte indirectement la vue de l'astre;

celui-ci ne cesse d'être vu que lorsqu'il est déjà assez avancé derrière

la lune pour que la réfraction ne puisse plus dévier jusqu'à nous aucun

des rayons qui vont de l'étoile à l'atmosphère: l'occultation

commencerait donc en réalité un certain temps _après_ le passage entre

la terre et l'étoile de la première extrémité de la corde que nous

considérons. Elle cesserait aussi un certain temps _avant_ le passage de

la seconde extrémité; car un peu avant ce dernier passage, la vue de

l'étoile nous serait apportée par un des rayons lumineux réfractés

allant de l'étoile à la partie de l'atmosphère qui avoisine cette

seconde extrémité (_fig._ 107, nº 2). La durée de l'occultation, ainsi

diminuée au commencement et à la fin, différerait donc du temps qui a

été calculé d'après la longueur de la corde, d'une quantité d'autant

plus grande que l'atmosphère lunaire serait plus étendue et plus dense.

Comme il n'existe pas de différence appréciable entre ces deux durées,

il en résulte que la lune n'a pas d'atmosphère d'une densité

appréciable.

On a pu reconnaître ainsi que l'atmosphère de la lune, s'il y en a une,

est nécessairement moins dense à la surface même de l'astre que l'air

qui reste dans nos meilleures machines pneumatiques lorsqu'on y a fait

le vide autant que possible. Cela revient à dire que la lune n'a pas

d'atmosphère[101].

[Note 101: On arrive à la même conséquence de la manière suivante: Si la

lune a une atmosphère, il n'y a pas de nuages flottants dans cette

atmosphère comme dans la nôtre; car des nuages cacheraient

nécessairement certaines portions de la surface de la lune, et l'aspect

général du globe lunaire varierait d'un instant à l'autre d'une manière

irrégulière; or nous savons qu'il ne se passe rien de pareil.

S'il n'y a pas de nuages dans l'atmosphère de la lune, cette atmosphère

est tout à fait transparente; mais une pareille atmosphère doit, en

réfléchissant les rayons lumineux qui la traversent en dépassant la

lune, produire sur cet astre quelque chose d'analogue à notre

crépuscule: une moitié de la lune étant éclairée comme la moitié de la

terre, des rayons solaires seraient réfléchis par l'atmosphère de cette

première moitié de la lune sur une partie de la seconde moitié en

quantité décroissante, à mesure qu'on s'éloignerait des bords de

l'hémisphère éclairé. À l'époque où la lune n'est pas pleine, la surface

de la lune qui est vis-à-vis de nous se composerait toujours d'une

partie éclairée et d'une partie obscure, mais sans transition brusque de

l'une a l'autre; il devrait y avoir une dégradation insensible de

lumière du côté de la partie de cette surface qui ne reçoit pas

directement les rayons du soleil; il n'y aurait pas une séparation nette

des deux parties. Or, comme cette dégradation de lumière n'existe pas,

que les deux parties de l'hémisphère lunaire qui fait face à la terre

sont séparées par une ligne elliptique très-tranchée, on conclut de lÃ

que la lune n'a pas d'atmosphère.]

=278=. ABSENCE D'EAU SUR LA LUNE. De ce que la lune n'a pas

d'atmosphère, on conclut immédiatement qu'il n'existe pas d'eau à la

surface de cet astre; car s'il y en avait, cette eau, dont la surface

serait libre de toute pression, produirait des vapeurs qui

constitueraient immédiatement une atmosphère. C'est donc à tort qu'on a

donné le nom de mers aux taches grisâtres qu'on aperçoit à la surface de

la lune (nº 286).

=279=. Une conséquence immédiate de l'absence d'atmosphère et d'eau sur

la lune, c'est que cet astre ne peut être habité par des êtres animés,

au moins par des êtres analogues à ceux qui habitent la terre.

La surface de la lune ne doit offrir aucune végétation; la température y

doit être très-basse. En raison de l'absence d'eau et d'atmosphère, la

configuration du globe lunaire a dû se conserver telle qu'elle était au

moment où ce globe s'est solidifié. C'est ce qui explique le grand

nombre de cirques qu'on y voit, tandis que, les cirques sont rares sur

la terre, où les eaux et les agents atmosphériques, par leur action

continue, ont en général dégradé les aspérités et comblé les cavités.

Leçons de cosmographie à l'usage des lycées et collèges et de tous les établissements d'instruction publique · 第 72 / 117 题