NOTE II.

_Appendice au chapitre de la précession des équinoxes_.

=231=. _Changement de direction de l'axe du monde_.--_Déplacement du

pôle_. La variation des longitudes célestes, en nous faisant connaître

le mouvement rétrograde des points équinoxiaux, met par cela même en

évidence un mouvement d'ensemble dont cette rétrogradation n'est qu'un

incident particulier. Le point, γ, en effet, n'est point un point isolé,

arbitraire; c'est l'une des extrémités de la ligne des équinoxes,

intersection de l'équateur céleste et de l'écliptique. Si on admet que

le point équinoxial occupe successivement diverses positions, γ, γ1,

γ2..., il faut admettre en même temps que la ligne des équinoxes occupe,

aux mêmes époques, les positions correspondantes γΩγ, γ1Ω1, etc. (_fig_.

80); cette ligne est donc animée d'un mouvement de révolution qui

correspond exactement à celui du point γ. Mais cette ligne γΩ est,

d'après sa définition même, perpendiculaire à l'axe ON de l'écliptique

et à l'axe OP de rotation de la terre (_fig_. 81); elle est donc

perpendiculaire au plan PON de ces deux lignes. Si la ligne γΩ tourne

constamment de l'est à l'ouest, d'un mouvement uniforme, il faut

admettre que le plan PON tourne dans le même sens, de manière que γΩ lui

soit toujours perpendiculaire. Comme il résulte d'ailleurs de

l'observation des étoiles que l'axe ON de l'écliptique est sensiblement

fixe, et que l'angle PON qui mesure l'inclinaison de l'écliptique sur

l'équateur ne change pas non plus sensiblement, de ce mouvement du plan

PON il faut conclure que l'axe OP de rotation de la terre tourne autour

de l'axe ON de l'écliptique, d'un mouvement conique de révolution tel

que chacun de ses points est précisément animé du même mouvement

uniforme et rétrograde que le point γ. Résumons-nous:

[Illustration: _Fig_. 80]

=232=. _La direction de l'axe du monde n'est pas constante; elle varie

lentement, mais d'une manière continue; cet axe, faisant toujours avec

une perpendiculaire ON au plan de l'écliptique un angle de 23° 27' 30"

environ, tourne autour de cette perpendiculaire d'un mouvement conique

de révolution, uniforme et rétrograde, tel que chacun de ses points

décrit une circonférence avec une vitesse angulaire constante d'environ

50", 2 par an_.

Mais le pôle boréal P est un de ces points.

Le pôle boréal P n'est donc pas fixe sur la sphère céleste; tournant

autour _d'une perpendiculaire à l'écliptique_ (_fig._ 81), _il décrit

sur cette sphère, dans le sens rétrograde, une circonférence de petit

cercle_ PP'P''P''' _avec une vitesse angulaire constante de 5O",2 par

an. Le pôle N de celle circonférence en est distant de 23° 27' 30"

environ_[89].

[Note 89: V. la nutation ci-après.]

[Illustration: _Fig. 81._]

L'équateur céleste est, à une époque quelconque, le grand cercle de la

sphère céleste perpendiculaire à l'axe de rotation de la terre. De cette

définition il résulte que la direction de cet axe OP changeant

continuellement, la position de l'équateur céleste doit changer d'une

manière correspondante. Ce qu'on exprime en disant que l'équateur

céleste tout entier tourne autour d'une perpendiculaire à l'écliptique,

de la même manière et dans le même sens que les points équinoxiaux. Le

nom de _précession des équinoxes_ se donne aussi au phénomène complet,

c'est-à-dire à l'ensemble des rotations que nous avons indiquées; c'est

pourquoi nous avons placé ce titre en tête du chapitre actuel.

=233.= _Toutes ces rotations découvertes par l'observation des étoiles_

(variations de leurs longitudes), _se trouvent être une conséquence du

principe de la gravitation universelle._ On démontre en effet, dans la

mécanique céleste, que l'attraction du soleil sur le renflement du

sphéroïde terrestre imprime à l'axe de rotation de la terre, et à tous

les points invariablement liés à cet axe, un mouvement de rotation

autour d'une perpendiculaire à l'écliptique, qui est précisément celui

que nous venons d'indiquer.

Or, comme l'existence de la gravitation universelle est aujourd'hui mise

hors de doute par une foule d'autres faits vérifiés, qui en sont des

conséquences nécessaires, nous devons conclure de cette coïncidence que

la variation observée des longitudes célestes est bien due au mouvement

rétrograde des points équinoxiaux.

=234.= NUTATION. Le mouvement de l'axe de la terre et celui du pôle

seraient tels que nous les avons définis tout à l'heure, si le soleil

agissait seul sur le renflement de notre sphéroïde; mais la lune a aussi

sur ce renflement une action beaucoup plus faible, mais suffisante

néanmoins pour imprimer aux mouvements en question une modification qui

les rend tels que nous allons l'indiquer. Concevons un petit cône

O_p'p''p'''_ (_fig._ 81 _bis_), ayant pour axe OP et pour base une

petite ellipse _p'p''p'''_, tangente à la sphère céleste en P, et dont

le grand axe soit dans le cercle de latitude du point P (n° 209); ce

grand axe de l'ellipse est vu de la terre sous un angle de 19",3, et son

petit axe sous un angle de 14",4. Imaginons maintenant que la ligne OP

tourne autour de la perpendiculaire ON au plan de l'écliptique,

emportant avec elle le petit cône ainsi construit, comme un corps solide

qui lui serait invariablement attaché. Concevons, enfin, qu'un point

_p'_ parcoure indéfiniment cette ellipse, mobile, d'un mouvement

rétrograde et uniforme, tel qu'il décrive l'éclipse entière en 18 ans

2/3 environ. Les positions successives _p', p'', p'''_,... du point _p'_

sont celles que le pôle boréal occupe en réalité, et les directions

O_p'_; O_p''_, O_p'''_,... sont les positions que prend successivement

l'axe de rotation de la terre.

[Illustration: 177, Fig.1]

Le pôle _p'_ décrivant cette ellipse est tantôt en arrière, tantôt en

avant du point P, dans le mouvement angulaire autour de l'axe ON de

l'écliptique; il en résulte que la vitesse du mouvement rétrograde des

points équinoxiaux qui correspond exactement au mouvement angulaire du

pôle _p'_ n'est pas précisément constante et égale à 50'',2 par an, mais

oscille de part et d'autre de cette valeur, dans des limites

très-restreintes. Le point équinoxial est tantôt en avant, tantôt en

arrière de la position qu'il occuperait s'il avait cette vitesse

constante de 50'',2 par an.

Par suite, _la différence entre l'année tropique et l'année sidérale

n'est pas constante_; autrement dit, _la valeur de l'année tropique

varie périodiquement mais très-peu, de part et d'autre, d'une valeur

moyenne_. En second lieu, l'angle NO_p'_, de O_p'_ avec la

perpendiculaire ON à l'écliptique, est évidemment tantôt plus grand,

tantôt plus petit que l'angle NOP, qui est constamment égal à 28° 27'

1/2 environ; or l'angle NO_p'_ est l'obliquité vraie de l'écliptique;

donc l'obliquité de l'écliptique doit éprouver, dans ces 18 ans 2/3, des

variations périodiques, oscillant de part et d'autre de sa valeur

moyenne, dans des limites qui ne dépassent pas 19'',3/2 = 9'',65

(demi-grand axe de la petite ellipse).

Le mouvement angulaire du point P ou de l'axe OP autour de l'axe ON de

l'écliptique conserve le nom de précession des équinoxes; c'est le

mouvement moyen des points équinoxiaux. Le mouvement de l'axe O_p'_ sur

le petit cône est ce qu'on appelle _nutation_ de cet axe.

=235.= CHANGEMENT D'ASPECT DU CIEL. Les mouvements que nous avons

décrits changent à la longue l'aspect du ciel pour l'observateur

terrestre. Si on veut se rendre compte de leur effet, on n'a qu'Ã

prendre un globe céleste, construit à une époque déterminée, sur lequel

soient marqués l'équateur et son pôle P, l'écliptique et son pôle N. De

N comme pôle avec le rayon sphérique NP, égal à 28°27'30'' environ, on

décrit un petit cercle PP'P''P'''... (_fig_. 81). Sachant que le pôle

boréal P décrit cette circonférence, de l'est à l'ouest (sens

PP'P''P'''...), avec une vitesse constante d'environ 50'',2 par an, on

se rendra compte de sa position sur la sphère céleste à une époque

anté rieure quelconque, ou à une époque future indiquée. Ainsi, il y a

4000 ans, il était à l'est de sa position actuelle, à une distance de

50",2X4000 = 50°46 environ; il était alors voisin de α du _Dragon_.

Maintenant il est voisin de α de la _Petite Ourse_ (étoile polaire);

dont il est distant de 1°28' environ; il continuera à s'en rapprocher

pendant 265 ans environ, après lesquels la distance ne sera plus que

d'un demi-degré; puis il s'en éloignera pour passer dans d'autres

constellations. Dans 8000 ans ce ne sera plus α de la _Petite Ourse_,

mais α du _Cygne_ qui méritera le nom d'étoile polaire; dans 12000 ans

ce sera la belle étoile _Wéga_, de la _Lyre_, qui ne sera plus alors

qu'à 5° du pôle.

Les mêmes mouvements doivent aussi modifier à la longue la situation des

étoiles par rapport à l'horizon d'un lieu déterminé de la terre. La

distribution des étoiles en _étoiles circompolaires, étoiles ayant un

lever et un coucher, étoiles constamment invisibles_, ne reste pas la

même.

[Illustration: 183]

=236.= Variation de la durée des saisons. La rétrogradation des points

équinoxiaux a aussi une certaine influence sur la durée des saisons (n°

171). En effet, reprenons la _fig_. 65; nous voyons que le mouvement

annuel de l'est à l'ouest du point γ (0° de cette figure) tend à le

rapprocher du périgée dont il est actuellement éloigné de 79"37'environ.

Lorsque, dans la suite des temps, ces deux points se trouveront

confondus, le printemps sera égal à l'hiver, l'été à l'automne, et ces

deux dernières saisons seront les plus longues, tandis que maintenant

les saisons les plus longues sont l'été et le printemps. D'ici là, le

printemps diminuera et l'automne augmentera (faites tourner

simultanément les deux lignes ponctuées de la figure jusqu'à ce que le

point γ (0°) soit arrivé au périgée). Si, retournant vers le passé, on

fait mouvoir ces deux mêmes lignes des équinoxes et des solstices, en

sens contraire (de l'ouest à l'est), on comprend qu'à une époque

antérieure moins éloignée de nous, la ligne des équinoxes s'est trouvée

perpendiculaire au grand axe de l'ellipse (Périg., Apog.). Alors le

printemps et l'été étaient égaux, et ces deux saisons étaient, comme au

temps présent, plus longues que les deux autres; pour calculer la date

précise de ce phénomène, il faut avoir égard non-seulement à la

précession des équinoxes, mais encore au déplacement annuel du périgée

solaire (n° 237), qui a lieu dans le sens direct (de l'ouest à l'est),

et accélère le rapprochement de ce périgée et du point γ. Par ces deux

causes, ces points se rapprochent en réalité de 62" et non de 50",2 par

an. Ils sont actuellement distants de 79°37' (V. Mr Faye); à quelle

époque étaient-ils éloignés de 90°? Cela revient à demander combien ils

ont mis de temps à se rapprocher de 10° 23'; la question est facile Ã

résoudre. Ils ont mis 604 ans, et c'est à peu près vers l'an 1250 de

notre ère que leur distance était de 90°; depuis cette époque, le

printemps a diminué et l'été a augmenté. On peut se demander à quelle

époque encore plus éloignée le point γ (0° de la figure) coïncidait avec

l'apogée. Il faut se reporter de 90° vers l'est, à partir de l'an 1250.

On trouve que l'époque en question coïncide à peu près avec celle que la

Genèse attribue à la création du monde; alors le printemps était égal Ã

l'hiver, l'été à l'automne, et ces deux dernières saisons étaient les

plus courtes.

=237=. _Déplacement lent du périgée_. Le périgée se déplace sur

l'écliptique d'environ 11",7 par an, dans le sens direct, c'est-à-dire

de l'ouest à l'est. Il résulte de ce mouvement, combiné avec celui du

point équinoxial, que ces deux points se rapprochent d'environ 61",9 par

an, ou, en nombre rond, de 62", comme nous l'avons dit n° 236. Ce

déplacement du périgée a été ainsi découvert.

Des observations de Flamsteed en 1690, et de Delambre en 1800, il

résulte que la longitude du périgée augmente de 61",9 par an

(rappelons-nous que la longitude se compte de l'ouest à l'est, à partir

de γ) (de 0° vers 90°, etc.). Si cet accroissement n'était que de 50",2,

le périgée se comporterait comme une étoile et devrait être considéré

comme étant fixe comme elle, cet accroissement de 50",2 étant dû au

mouvement rétrograde du point équinoxial γ. Mais l'excès de 61",9 sur

50", indique que le périgée lui-même se déplace lentement en sens

contraire du mouvement de γ, c'est-à-dire de l'ouest à l'est.

Tandis que l'écliptique change peu à peu de direction dans l'espace,

l'ellipse que le soleil nous paraît décrire tourne donc lentement dans

ce plan, dans le sens direct, avec une vitesse angulaire de 11",7 par

an.

=238=. _Diminution séculaire de l'obliquité de l'écliptique_. Dans ce

qui précède, nous avons regardé l'obliquité de l'écliptique comme

restant toujours la même, ou plutôt comme oscillant de part et d'autre

d'une valeur moyenne constante, égale à 23° 27' 30", dont elle ne

s'écarterait que de 9",65 environ, revenant tous les 18 ans 2/3 à la

même valeur; mais il n'en est pas tout à fait ainsi. Il résulte

d'observations faites à des époques très-éloignées que l'obliquité

moyenne en question a constamment diminué depuis les premières

observations.

D'après les observations les plus modernes, cette diminution de

l'obliquité moyenne de l'écliptique est d'environ 48" par siècle ou de

0",48 par an.

Elle a été découverte par l'observation des latitudes des étoiles qui ne

sont pas rigoureusement constantes. L'examen attentif des variations de

ces latitudes a fait voir que le mouvement de l'écliptique, quelle qu'en

soit la cause, ne diffère pas beaucoup de celui que ce grand cercle

prendrait s'il tournait autour de la ligne γΩ des équinoxes, comme

charnière, pour se rabattre sur le plan de l'équateur, avec une vitesse

constante d'environ 48" par siècle, ou de 0",48 par an.

Suivant Delambre, l'obliquité moyenne de l'écliptique était en 1800 de

23° 27' 57"; en 1850, elle était de 23° 27' 33"; en 1900, elle se

réduira à 23° 27' 9".

Leçons de cosmographie à l'usage des lycées et collèges et de tous les établissements d'instruction publique · 第 64 / 117 题