MOUVEMENT RÉEL DE LA TERRE.

=221=. Quand nous étudions avec précision les diverses positions

successivement occupées par le soleil par rapport à un lieu déterminé de

la terre, cet astre nous paraît animé à la fois de deux mouvements: 1º

du mouvement diurne qui lui est commun avec les étoiles; 2º d'un

mouvement de translation qui lui est propre, le long d'un orbite

elliptique dont la terre occupe un foyer. Ainsi que nous l'avons

expliqué nº 26, le premier mouvement n'est qu'une apparence due à la

rotation de la terre. Sachant que le mouvement diurne du soleil n'a rien

de réel, on peut se demander également s'il n'en est pas de même de son

mouvement de translation autour de la terre. Ne pourrait-il pas se faire

que celui-ci ne fût aussi qu'une simple apparence due à un second

mouvement dont la terre serait animée en même temps qu'elle tourne

autour de son axe. Il y a bien des exemples de mouvements composés

analogues à celui que l'on est ainsi conduit à attribuer à la terre; une

pierre lancée dans une direction quelconque tourne sur elle-même plus ou

moins rapidement en même temps qu'elle parcourt sa trajectoire

parabolique. La terre étant un corps isolé de toutes parts (nº 59), et

pouvant par conséquent se comparer à la pierre, on conçoit qu'elle

puisse se mouvoir comme celle-ci autour de son centre de gravité, tandis

que ce point, mobile lui-même, décrit une certaine courbe dans l'espace.

Voyons donc si un pareil mouvement de la terre n'expliquerait pas le

second mouvement apparent du soleil.

[Illustration: 173, Fig. 82]

=222=. Pour simplifier, nous ferons abstraction du premier mouvement,

c'est-à-dire du mouvement de rotation de la terre que nous supposerons

réduite à son centre: cela ne change rien évidemment à la question Ã

résoudre, qui est celle-ci:

_Le centre_ T _de la terre se meut sur une ellipse_ TT'T"... _autour du

soleil immobile au foyer_ S; _un observateur_ (fig. 82) _placé sur la

ligne mobile_ TS, _à peu près au point_ T, _et se croyant immobile dans

l'espace, cherche à se rendre compte des positions différentes que le

soleil lui paraît successivement occuper; à quel résultat doit-il

arriver?_

Cet observateur voit d'abord le soleil se projeter successivement en des

points différents _s_, _s'_, _s"_,... de la sphère céleste; d'où il

conclut que cet astre en mouvement tourne autour de lui dans le sens

_ss's"_.

Les rayons visuels TS_s_, T'S_s'_,T"S_s"_,... étant par le fait dans le

même plan (celui de l'ellipse TT'T"), les positions apparentes _s_,

_s'_, _s"_,... que l'observateur détermine d'abord, sont Ã

l'intersection de ce plan et de la sphère céleste; _c'est pourquoi en

étudiant sur un globe céleste la forme de la courbe ss'ss"..., on a

trouvé une circonférence_ L'ÉCLIPTIQUE. (Nº 116).

[Illustration: 174, Fig. 53]

Par suite du mouvement elliptique de la terre, T, sa distance au soleil

S varie continuellement (_fig._ 82); le diamètre apparent du soleil vu

de la terre doit donc varier en conséquence. C'est en effet ce que

remarque l'observateur; mais croyant le soleil en mouvement sur

l'écliptique (à cause du déplacement de sa position apparente _s_), il

attribue à ce mouvement la variation continuelle de la distance des deux

globes. En conséquence, pour construire une courbe semblable à celle que

la position réelle du soleil doit suivant lui décrire autour de la

terre, il opère comme nous l'avons indiqué nº 129; il obtient ainsi la

_fig._ 53 que nous reproduisons ici. Mais voyons maintenant ce qui

arrivera si, dans l'hypothèse du mouvement de la terre, on veut

connaître la forme de sa trajectoire TT'T"T"'... (_fig._ 82). On devra,

comme au nº 129, reproduire l'écliptique sur le papier, et y remarquer

de même les positions apparentes _s_, _s'_, _s"_... relevées sur le

globe; puis joindre les points _s_, _s'_, _s"_,... au centre, considéré

comme point d'intersection des rayons visuels issus de la terre; mais

cette fois, comme on sait que ce point d'intersection est le centre du

soleil, on l'appellera S. Jusqu'à présent la nouvelle figure (_fig._ 82)

ne diffère pas de la précédente. Mais, pour continuer, on devra porter

les longueurs proportionnelles aux distances du soleil à la terre, non

plus sur les rayons Ss, Ss', Ss",.... mais sur leurs prolongements ST,

ST', etc. On obtient aussi une courbe TT'T"T‴... semblable à celle que

la terre décrit autour du soleil. Or cette courbe est évidemment

identique à la courbe intérieure SS'S"S‴... du nº 129 (_fig_. 53); en

effet, TS = ST; TS' = ST'; TS" = ST", etc.; l'angle STS' = TST'; S'TS" =

T'ST", etc. Cela posé, si on transporte l'une des courbes sur l'autre,

par exemple SS'S"..... sur TT'T"....., en retournant la première de

manière que T coïncide avec S, TS avec ST, et TS' avec ST', tous les

autres rayons vecteurs coïncidant, les deux courbes coïncident dans

toute leur étendue.

La courbe que le soleil nous paraît décrire autour de la terre supposée

immobile est donc précisément égale à celle que, dans l'hypothèse du

mouvement de la terre, celle-ci décrit autour du soleil.

Ainsi donc il suffit que la terre décrive une ellipse dont le soleil

occupe un des foyers, pour que cet astre nous _paraisse_ animé du

mouvement de translation que nous lui avons attribué jusqu'à présent.

=223=. PREUVES DU MOUVEMENT DE TRANSLATION DE LA TERRE. Les apparences

du mouvement de translation du soleil peuvent donc s'expliquer avec la

même facilité, soit qu'on regarde la terre comme immobile et le soleil

tournant effectivement autour d'elle, soit qu'on regarde la terre comme

se mouvant autour du soleil. Ces apparences ne doivent donc pas entrer

en ligne de compte dans l'examen des motifs que nous pouvons avoir

d'ailleurs de nous arrêter à l'une de ces deux idées plutôt qu'Ã

l'autre.

Or, la plus simple observation faite avec une lunette nous fait voir

certains corps célestes tournant continuellement autour d'un corps plus

gros qu'eux. Nous voyons de cela plusieurs exemples (ex.: les satellites

d'une planète tournent autour de cet astre). Nulle part nous ne voyons

de grands corps tournant autour d'un plus petit. Peut-on alors admettre

que le soleil, 1405000 fois plus gros que la terre, ayant une masse

355000 fois plus grande, tourne autour de notre globe?

Quand on étudie les apparences que présentent les mouvements des

planètes, on trouve que ces apparences s'expliquent beaucoup plus

simplement dans l'hypothèse du mouvement de la terre autour du soleil

que dans l'hypothèse de son immobilité.

La terre se mouvant autour du soleil peut être assimilée aux planètes;

on reconnaît alors que son mouvement satisfait complètement aux lois

qui, dans cette hypothèse, régissent les mouvements des planètes autour

du soleil.

Il y a plus: ce mouvement des planètes et de la terre est précisément

celui que ces corps doivent avoir autour du soleil, si on s'en rapporte

à la théorie de la gravitation universelle dont l'exactitude a été

vérifiée dans des circonstances si nombreuses et si variées. Ce sont lÃ

évidemment des preuves frappantes du mouvement de la terre autour du

soleil.

On peut ajouter que divers phénomènes, inexplicables dans l'hypothèse

absolue de l'immobilité de la terre ou de son centre, s'expliquent

parfaitement, si on admet son mouvement de translation autour du soleil.

Ex.: le phénomène connu sous le nom d'_aberration_; la _parallaxe

annuelle_ actuellement connue de quelques étoiles.

Ces raisons sont plus que suffisantes pour nous faire admettre le

mouvement de la terre autour du soleil comme une vérité incontestable;

nous tiendrons donc pour certaine la proposition suivante:

_La terre tourne constamment, d'un mouvement uniforme, autour d'un axe

central, effectuant une révolution en 24 heures sidérales; elle se meut

en même temps autour du soleil, son centre décrivant une ellipse dont

cet astre occupe un foyer._

Note I. Calcul des parallaxes.

[Illustration:177, Fig. 72]

=224=. Il existe entre la parallaxe horizontale et une parallaxe de

_hauteur_ quelconque une relation très-simple, qui sert à déduire l'une

de l'autre. Soient _r_ le rayon de la terre, D la distance du soleil Ã

la terre, P la parallaxe horizontale, _p_ la parallaxe correspondant Ã

une hauteur quelconque _h_: le triangle AOS, _fig_. 72, donne:

sin ASO = sin ASO = AO = _r_ (1) sin OAS sin ZAS OS D

Si ASO est la parallaxe horizontale, ZAS est un angle droit, sin ZAS =

1, et dans ce cas:

sin P = _r_. (2) D

Si ASO est un parallaxe de hauteur, la distance zénithale ZAS de l'astre

est le complément de sa hauteur _h_ au-dessus de l'horizon(11); sin ZAS

= cos _h_;

l'égalité (1) devient donc sin _p_ = _r_; sin _p_ = _r_ cos _h_; cos _h_

D D

ou enfin sin _p_ = sin P cos _h_. (3) (3)

Les parallaxes étant en général des angles très-petits, notamment celle

du soleil, on peut remplacer sin _p_ par _p_, et sin P par P; les

égalités (2) et (3) deviennent alors

P = _r_ (4); et _p_ = P cos _h_, ou _p_ = P sin Z, (5) D Z étant la

distance zénithale de l'astre.

Cos h, ou sin Z, étant moindre que 1 dès que _h_ existe, il résulte de

la formule (5) qu'une parallaxe de hauteur quelconque est inférieure Ã

la parallaxe horizontale, et que la parallaxe est d'autant moindre que

la hauteur _h_ est plus grande. Quand l'astre est au zénith, _h_= 90°,

cos h = 0; sa parallaxe est nulle. La parallaxe correspondant à une

hauteur quelconque, _h_, se déduisant de la parallaxe horizontale

(formule 5), il suffit de trouver celle-ci. Voici comment on y peut

parvenir en général pour la lune et les planètes.

=225=. Deux observateurs se placent l'un en A, l'autre en A' (_fig_.

73), sur le même méridien; l'un au nord, l'autre au sud de l'équateur

terrestre. Ils observent à un même instant convenu, l'un la distance

zénithale méridienne ZAS, l'autre Z'A'S. Cela fait, on connaît dans le

quadrilatère AOA'S les rayons terrestres OA, OA', les angles OAS, OA'S

(180°--distance zénithale), et AOA'= L + L', somme des latitudes des

lieux A et A'.

ASO = _p_; A'SO = _p'_; ASA' = _p_ + _p'_.

La parallaxe horizontale P est la même pour A que pour A', si on suppose

la terre sphérique. Nous savons que _p_ = P cos _h_ = P sin Z (Z

_distance zénithale_); _p'_ = P sin Z'; d'où _p_ + _p'_ = P (sin Z + sin

Z') (1).

Leçons de cosmographie à l'usage des lycées et collèges et de tous les établissements d'instruction publique · 第 59 / 117 题