[Illustration: 122, Fig.56]
=150=. Un _cadran solaire_ est un instrument qui, exposé au soleil, doit
indiquer le _temps vrai_. Il se compose essentiellement d'une _table
plane_ MN (_fig._ 56), qui peut avoir diverses positions, et d'une tige
ou arête rectiligne rigide, AB, nommée _style_, _toujours_ parallèle Ã
l'axe du monde, autrement dit, Ã l'axe de rotation de la terre.
Quand le soleil donne sur un cadran, la direction BC de l'ombre portée
par le style AB sur la table MN est évidemment la trace, sur cette
table, du plan SAB qui passe par le style et par la position, S, que le
soleil occupe en ce moment.
[Illustration: 123, Fig.57]
=151=. Cela posé, pour bien comprendre l'usage et la construction d'un
cadran quelconque, imaginons l'espace où nous sommes circonscrit par une
sphère immense, ayant son centre sur le style, qui, prolongé, la
rencontre aux deux pôles P et P' (nous n'avons figuré à dessein que la
partie de la sphère qui est au-dessus du cadran). Cette sphère est la
sphère céleste dont le soleil fait le tour dans les vingt-quatre heures
du jour solaire. Imaginons maintenant tracés sur cette sphère (_fig_.
57) vingt-quatre cercles horaires équidistants PCB, PC 1B, PC 2B,...
dont l'un PCB et son opposé P(XII)B coïncident avec le _plan méridien_
du lieu. Ces divers cercles horaires, qui passent tous par la direction
BP du style et coupent le plan de la table suivant les lignes CB(XII),
C1(I), C2B(II),... gravées sur cette table, correspondent aux 24 heures
du jour solaire. Un certain jour, le soleil arrive au méridien en S, sur
le cercle horaire PCB, du côté sud; l'ombre portée par le style AB a en
ce moment la direction B(XII) (le nº XII indique XII heures). A une
heure vraie après midi, le soleil arrive en S sur le cercle horaire PC
1B et l'ombre portée à la direction B(I) (I heure); à deux heures, le
soleil arrive en S sur le cercle PC2B, et l'ombre portée à la direction
B(II) (II heures); et ainsi de suite, le soleil faisant le tour de la
sphère céleste, rencontre d'heure en heure les autres cercles horaires
dont les traces B(III), B(IV), etc.,... reçoivent successivement l'ombre
du style pendant tout le temps que le soleil donne sur le cadran. Le
lendemain, à midi vrai, le soleil est revenu au cercle horaire méridien
PCB, plus haut ou plus bas que S, mais l'ombre portée a toujours la
direction B(XII); Ã une heure, il se trouve encore sur le cercle PC 1B,
et l'ombre portée a encore la direction B(I), et ainsi de suite
_indéfiniment_.
Si donc les traces B(XII), B(I), B(II), des cercles horaires indiqués
sont gravées sur la table du cadran, on saura qu'il est midi quand
l'ombre du style a la direction marquée (XII) à l'extrémité, qu'il est
une heure quand elle a la direction marquée (I), etc.
=152=. Construire un cadran revient donc à graver sur une table la trace
bien connue de chacun des vingt-quatre plans horaires, du côté où doit
porter l'ombre, c'est-à -dire du côté opposé à la position correspondante
du soleil, puis à fixer le style de manière qu'il soit parallèle à l'axe
du monde.
=153=. On distingue plusieurs espèces de cadrans solaires, suivant la
disposition de la table:
1° Le cadran _équinoxial_, dont la table est parallèle à l'équateur
céleste; c'est-à -dire perpendiculaire à l'axe de rotation de la terre;
2° Le cadran _horizontal_, dont la table est horizontale;
3° Le cadran _vertical méridional_, dont la table est verticale et
perpendiculaire à la _méridienne_ du lieu;
4° Le cadran _vertical déclinant_, dont la table est verticale, mais
dans une situation d'ailleurs quelconque, non perpendiculaire à la
méridienne.
=154=. CADRAN ÃQUINOXIAL. On peut regarder le plan de la table comme
celui de l'équateur céleste dont le pied du style serait le centre. Si
donc on trace une circonférence ayant ce pied O pour centre et un rayon
quelconque O(XII), cette circonférence sera concentrique avec celle de
l'équateur céleste, et les traces des 24 plans horaires qui, à partir de
l'extrémité nord de la méridienne, divisent l'équateur céleste en 24
arcs égaux, diviseront également la circonférence que l'on vient de
tracer en 24 arcs égaux. De là cette construction:
[Illustration: 124, Fig. 59]
_Construction du cadran équinoxial_ (_fig_. 59). On trace une
circonférence du centre O avec un rayon quelconque; on tire un premier
rayon O(XII), qui doit, le cadran une fois posé et orienté, coïncider
avec la trace du méridien du lieu sur la table. à partir du point (XII),
on divise la circonférence en 24 parties égales; on mène des rayons aux
points de la demi-circonférence dont le point (XII) est le milieu, comme
il est indiqué sur la figure, et de plus aux deux points qui suivent
ceux-là , à droite et à gauche, 16 rayons en tout. Puis à partir de ce
point (XII), de gauche à droite en montant, on écrit successivement aux
divers points de division de la circonférence, I, II, III, IV, V, VI,
VII, VIII; puis, Ã partir de (XII), dans l'autre sens, XI, X, IX, VIII,
VII, VI, V, IV.
[Illustration: 125, Fig. 58]
Pour poser et orienter un pareil cadran, on construit une équerre en
bois ou en fer, OMI (_fig_. 58), dont l'angle aigu OIM soit celui que
l'axe du monde fait avec l'horizon du lieu, c'est-à -dire égal à la
latitude (Ex.: à l'Observatoire de Paris, 48°50'11"). à l'aide d'un fil
à plomb, on fixe cette équerre dans une situation verticale telle que
son hypoténuse coïncide avec la méridienne du lieu, sa direction IM
allant du sud au nord; l'équerre est ainsi dans le plan méridien. On
cloue ensuite la table du cadran sur le côté OM de l'équerre, de manière
que O(XII) coïncide avec OM, et que le style soit le prolongement de IO.
Le style est ainsi parallèle à l'axe du monde; la table qui lui est
perpendiculaire est parallèle à l'équateur céleste, et O(XII) est la
trace du plan méridien sur la table du cadran.
à l'équinoxe, le soleil est dans le plan de la table, et quand il change
d'hémisphère, il en éclaire la seconde face; il est donc nécessaire que
les deux faces de la table soient semblablement graduées ou divisées, et
que le style soit prolongé des deux côtés. On entoure d'ailleurs la
table d'un rebord saillant, afin de recevoir les ombres portées au
moment de chaque équinoxe.
=155=. CADRAN HORIZONTAL. CADRAN VERTICAL MÃRIDIONAL.
Tous les deux se construisent de la même manière à l'aide d'un cadran
équinoxial dessiné _auxiliairement_[63].
[Note 63: On peut se borner à apprendre sur ce sujet les paragraphes
intitulés: _Construction d'un cadran horizontal_, _Construction d'un
cadran vertical déclinant_, le programme ne demandant pas de
démonstration; cependant, il est bon de se rendre compte de ces
constructions.]
Imaginons les trois cadrans, que nous venons de nommer, existant
simultanément, convenablement posés et orientés, ayant leurs styles dans
la même direction AOC (_fig._ 60), leurs tables se rencontrant suivant
une même horizontale LT, perpendiculaire au plan AO(XII), et que nous
appellerons ligne de terre.
[Illustration: 126, Fig. 60]
Nous ne considérerons, pour le moment, que le cadran équinoxial, O, et
le cadran horizontal, A. Ainsi qu'on le voit, les lignes horaires de la
même heure quelconque, par exemple O(XI), A(XI) (intersections des deux
tables par le même plan horaire), rencontrent naturellement LT au même
point. Imaginons que la table équinoxiale tourne autour de LT pour se
rabattre sur le plan horizontal, Ã gauche de l'autre table; les deux
lignes de XII heures viendront en prolongement l'une de l'autre (_fig._
61); les points de rencontre des lignes horaires avec LT n'auront pas
bougé, puisqu'ils sont sur la charnière[64].
[Note 64: Eu égard à la figure 60, la circonférence ne devrait pas être
tangente à LT sur la figure 61; mais cela ne fait rien pour l'exactitude
du cadran, car le rayon de cette circonférence du cadran équinoxial est
arbitraire; _la position du centre_ est seulement déterminée quand on se
donne à l'avance le pied du style du cadran horizontal.]
Si donc on trouve ces points de rencontre pour une position de la table
équinoxiale _rabattue_, on les connaîtra en véritable position, et il
n'y aura plus qu'Ã les joindre au pied A du style, sur le plan
horizontal, pour avoir les lignes horaires du cadran horizontal.
[Illustration: 127, Fig. 61]
Ce qui précède suffit pour l'intelligence de l'épure (_fig._ 61), dans
laquelle la partie à gauche de LT représente la table équinoxiale
rabattue, construite d'après la méthode que nous avons indiquée tout Ã
l'heure (nº 154). A droite de LT est la table du cadran horizontal, la
seule que l'on construise en traits définitivement _marqués_.
_Construction d'un cadran horizontal_. Du point A, choisi comme pied du
style sur le plan horizontal, on mène A(XII) perpendiculaire à LT. On
prolonge cette ligne au delà de LT. D'un point O quelconque pris sur ce
prolongement, on décrit une circonférence avec un rayon quelconque
O(XII). Puis on dessine à gauche de LT le cadran équinoxial, tel qu'il
est indiqué sur la figure 61, et d'après les principes que nous avons
exposés (154). On joint le point A à tous les points d'arrivée sur LT
des lignes de ce cadran; on marque la rencontre de chaque ligne de
jonction avec le cadre MNPQ, du même chiffre romain que celui qui
désigne la ligne correspondante du cadran équinoxial auxiliaire. Cela
fait, le cadran horizontal est dessiné tel qu'il doit être sur le cadre
MNPQ. Tout le reste, en dehors de ce cadre, doit être supprimé.
Pour mettre ce cadran en place, on fera coïncider A(XII) avec la
direction de la méridienne du lieu, le point (XII) étant au nord de A.
Quant au style, il doit partir de A, se trouver dans le _plan méridien_
(le plan vertical qui passe par la méridienne), faisant avec la
méridienne A(XII) un angle égal à la latitude.
Le cadran _vertical méridional_ se construit exactement de même;
seulement il faut, pour la pose du cadran, avoir égard à ce fait que la
direction AO du style fait avec la table verticale un angle égal à 90°
moins la latitude du lieu; la distance du pied du style à LT, ligne de
midi, est C(XII) (_fig._ 60).
=156=. CADRAN VERTICAL DÃCLINANT.--Il arrive souvent qu'on doit
construire un cadran sur un plan vertical (un mur), dont on n'a pas pu
choisir l'exposition, et qui fait un angle aigu avec la méridienne. Un
tel cadran s'appelle _cadran vertical déclinant_. Pour en construire un,
on emploie un cadran horizontal dessiné auxiliairement.
Pour comprendre la construction, il faut se figurer le cadran vertical
déclinant et le cadran horizontal existant simultanément (_fig._ 62,
cadran O' et cadran O), perpendiculaires l'un à l'autre, ayant leurs
styles dirigés suivant la même droite O'O, et leurs tables se
rencontrant suivant une même horizontale L'T'. Les lignes horaires de la
même heure quelconque doivent couper L'T' au même point. Ex.: O'(XII),
O(XII). (Ce sont les intersections des deux tables par le même plan
horaire.) Si donc on conçoit la table horizontale toute _construite_, se
rabattant telle qu'elle est, au-dessous du cadran vertical sur le plan
de celui-ci, en tournant autour de L'T' (_fig._ 62), les points
d'arrivée susdits des lignes horaires _correspondantes_, étant sur la
charnière L'T', n'auront pas bougé. (La table horizontale sera alors sur
le plan de l'épure.) Si donc on construit la table horizontale, ainsi
rabattue, sur le plan vertical, les points de rencontre de ses lignes
horaires avec L'T' ne seront autres que les points de rencontre des
lignes horaires du cadran vertical déclinant avec la même ligne, de
sorte qu'en joignant ces points à O, pied du style du cadran vertical,
on aura, en véritable position, les lignes horaires de ce cadran qui n'a
pas bougé (_fig._ 62).
Remarquons que la ligne, O'(XII), de midi du cadran horizontal,
c'est-à -dire la méridienne du lieu, n'est pas perpendiculaire à la trace
L'T' du cadran vertical sur l'horizon, mais fait avec cette trace
l'angle aigu du plan vertical donné avec le plan méridien du lieu; cet
angle O'(XII)T' est connu; les lignes O'(XII) et L'T' doivent faire sur
l'épure cet angle donné.
Cela posé, voici comment on peut construire un cadran vertical
déclinant.
[Illustration: 129, Fig. 62]
CONSTRUCTION DU CADRAN VERTICAL DÃCLINANT (_fig._ 62). On trace une
verticale O(XII) qui doit représenter la distance du pied du style au
bord horizontal de la table; ce bord est représenté par la ligne L'T'
qu'on mène perpendiculaire à O(XII); on fait avec L'T', au point (XII),
un angle T'(XII)O' égal à l'angle de la méridienne et du plan vertical
sur lequel doit être placé le cadran; on prend (XII)O' égal au second
côté (XII)_o_ de l'angle droit d'un triangle rectangle O(XII)_o_, dont
l'angle (XII)O_o_ = 90°-latitude du lieu, triangle que l'on construit
auxiliairement. On mène ensuite LT perpendiculaire à O'(XII); cela fait,
sans se préoccuper du cadran vertical déclinant, on construit, comme il
a été indiqué nº 155, la table d'un cadran horizontal dont le pied du
style serait en O' et le bord de la table LT[65]. On prolonge, au
besoin, les lignes horaires de ce cadran jusqu'Ã L'T', marquant les
points de rencontre des mêmes chiffres romains qui distinguent ces
lignes sur le cadran horizontal. On joint le point O Ã tous ces points
de rencontre avec L'T'; enfin l'on trace un cadre MNPQ sur lequel on
indique les rencontres des lignes O(XII), O(I), par les mêmes chiffres
romains (XII), I, etc... Le dessin enfermé dans ce cadre est la table du
cadran vertical déclinant. La table ainsi construite se pose ou se
dessine sur le mur vertical choisi, de manière que la ligne O(XII) soit
verticale. On fixe ensuite le style en O de manière à ce qu'il soit dans
un plan passant par la méridienne et O(XII), et fasse avec cette
dernière un angle égal à 90°-la latitude du lieu.
[Note 65: A Pour construire ce cadran horizontal O', il faut, d'après ce
qui a été expliqué nº 155, construire un cadran équinoxial O", puis
joindre le point O' Ã tous les points de rencontre des lignes horaires
de ce cadran O" avec LT. On fera bien de faire cette construction au
crayon.]