VIENNENT DE PARAÎTRE _Variétés littéraires et scientifiques._ Après
l'_Art poétique_, de Boileau; _le Petit Traité de poésie française_, de
Théodore de Banville; _les Réflexions sur l'art des vers_, de
Sully-Prudhomme, l'excellent poète Auguste Dorehain ne craint pas de
publier, à son tour, un livre intitulé _l'Art des vers_ (Bibliothèque
des Annales politiques et littéraires, 3 fr. 50). Est-ce témérité de sa
part? Nullement. En pareille matière, comme en bien d'autres, il est
toujours permis, il est parfois bon, de reviser, coordonner ou mettre au
point pour ses contemporains les règles et les préceptes formulés par
les devanciers; il peut être utile d'apporter au fonds acquis des
contributions nouvelles. L'auteur de la _Jeunesse pensive_ et de
_Conte d'avril_ a donc eu raison de le faire, d'autant plus qu'il l'a
fait avec autant d'originalité que de conscience et de science.
Un code complet des lois qui «régissent le Parnasse». un traité de
versification, une grammaire à l'usage des «disciples d'Apollon», un
recueil d'exemples judicieusement choisis, précieux à consulter, son
livre est tout cela, et pourtant, malgré son caractère didactique, son
apparence de rudiment classique, coupé méthodiquement en divisions et
subdivisions, il n'est point d'un pédagogue; il suffit de se pencher
dessus un peu attentivement pour y reconnaître l'oeuvre d'un lettré, d'un
écrivain, d'un poète de la bonne école, ardemment épris de l'art qu'il
se plaît à enseigner sous une forme claire sans sécheresse et précise
sans rigidité. «Le chemin que nous aurons à suivre sera quelquefois
aride; mais vous savez, à présent, à quels jardins enchantés il peut
nous conduire: partons.» C'est en ces termes qu'Auguste Dorehain
encourage le lecteur, à la fin d'un de ses chapitres introductifs. On
part, on continue, et c'est à peine si l'on s'aperçoit çà et là de
l'aridité du chemin, tant le guide sait distraire et charmer le voyageur
par sa suite de causeries où abondent les pensées élevées et délicates,
les aperçus ingénieux, les jugements critiques d'un sens droit et d'un
goût sûr, souvent assaisonnés d'une fine pointe d'esprit. Aussi,
quiconque aime simplement les vers, même n'eût-il aucun dessein de s'y
exercer et ne fût-il pas marqué au front du signe des élus,
trouvera-t-il plaisir et profit à la lecture de ces agréables et
substantielles leçons.
Dans un livre de souvenirs, _les Derniers Jours de la bohème_
(Calmann-Lévy, 3 fr. 50). M. Philibert Audebrand nous convie à une
promenade d'art dans les endroits oubliés où les amis de Murger fumaient
des pipes en attendant la gloire. C'est une flânerie dans ce passé,
tumultueux et séduisant, qui fut comme l'adolescence littéraire du
dernier siècle. L'itinéraire est curieux. Le cicerone a de l'esprit; il
sait et nous dit sur tous des anecdotes précieuses, attendries ou
picaresques, toujours aimables. Son livre est charmant.
Les animaux pensent. Ils observent, ils jugent, ils parlent quelquefois.
_Dans le monde des animaux_ (Paulin, 5 fr.). M. Labadie-Lagrave nous
conte, avec humour, diverses scènes de la vie intellectuelle et morale
des bêtes. Les aventures que nous révèle l'auteur sont, paraît-il,
authentiques. Et ce fait n'est pas pour diminuer l'intérêt du roman
«d'un cerf qui n'avait qu'une corne», du «duel entre deux lièvres»,
des «espiègleries d'un hérisson» et des «colères d'un crocodile
ennuyé par des singes».
On ne doit plus ignorer l'origine, la valeur, les applications
principales de certaines découvertes récentes (radium, télégraphie sans
fil, etc.). qui ont fait un si grand bruit dans le monde. _Les
Actualités scientifiques_ (Schleicher. 3 fr. 50) sont une réunion de
chroniques vulgarisatrices, publiées en 1905 par M. Max de Nansouty et
dont la lecture facile permettra aux profanes--le grand nombre--de
parler, sans dire de sottises, de choses qu'ils ne connaissent pas.
_Théâtre._
La fine comédie d'Alfred Capus, _Monsieur Piégois_, que représenta le
théâtre de la Renaissance et que publia _L'Illustration_, vient de
paraître en librairie (Fasquelle, 3 fr 50) sous une élégante forme.