NOTRE GRAVURE HORS TEXTE

"DANS LES RUES DE LONDRES" Par Georges Scott

Nous sourions, d'un sourire entendu, à la fois, et indulgent, à voir

passer un beau dimanche Pitou, timide et gauche, côte à côte avec sa

«payse» que la grand'ville a délurée. Pourquoi? On n'y met pas, à

Londres, autant de malice, et quand, d'aventure, on croise, fût-ce entre

chien et loup, à l'heure où les réverbères commencent à clignoter dans

la brume rousse, un couple comme celui-ci,--lui, le _sweetheart_,

gigantesque et râblé, sous la veste rouge des _horse guards_, le petit

calot sur l'oreille cavalièrement, la jugulaire à la lèvre; elle, sa

_girl_, femme de chambre, petite ouvrière, «trottin», comme nous

dirions, frêle et menue;--silencieux tous deux, leurs yeux, d'un bleu

ingénu de myosotis, vides, sans pensée, on les suit d'un regard assez

indifférent. Car on sait très bien que sans doute nulle idée déshonnête

ne les a réunis mais une simple et cordiale camaraderie. Elle s'est

blottie, se sentant si faible, contre ce colosse, par vanité un peu,

pour être vue auprès d'un beau gars dont l'uniforme décoratif fait

ressortir encore les avantages physiques; pour n'être pas seule dans la

rue, exposée aux rudesses des foules... ou simplement pour tromper

l'ennui du dimanche londonien, si vide... Et pourquoi ne seraient-ils

pas deux fiancés, tout simplement?

[Illustration: Élève de l'École navale.]

[Illustration: Enseigne de vaisseau.]

[Illustration: Lieutenant de vaisseau.]

_Photographies du prince Charles à trois étapes de sa carrière

d'officier de la marine danoise._

L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905 · 第 7 / 28 题