Les Italiens disent: _Il danaro e un compendio del poter humano._

_Argent comptant porte médecine_,

pour signifier qu’il est d’un grand secours, qu’il guérit bien des maux.

_L’argent est un remède à tout mal, hormis à l’avarice._

L’esprit, le temps, l’argent, sont trois grands médecins;

L’argent seul!... est-il rien, excepté l’avarice,

Que ce doux élixir n’endorme et ne guérisse?

(PIRON, _École des Pères_, act. III, sc. 3.)

_Argent fait perdre et pendre gent._

Nos pères, qui aimaient les jeux de mots, disaient encore: _Argent ard

gent_. _Ard_ est la troisième personne du présent indicatif du vieux

verbre _ardre_ ou _arder_ (brûler).

Les Italiens disent: _Qui veut s’enrichir dans un an se fait pendre

dans six mois._

_Qui a de l’argent a des pirouettes_ (ou _des cabrioles_).

Ce proverbe signifie, au propre, que celui qui a de l’argent saute

et danse volontiers, et, au figuré, qu’il a de quoi se réjouir, de

quoi satisfaire ses fantaisies et se procurer tout ce qui lui plaît;

explication plus juste et plus naturelle que celle qu’on trouve dans la

plupart des auteurs, qui disent seulement que _celui qui a de l’argent

a de tout_, laissant à deviner pour quel motif il est question de

pirouettes ou de cabrioles.

_Chargé d’argent comme un crapaud de plumes._

Le proverbe précédent nous a montré l’homme qui a de l’argent plein

de légèreté et prêt à entrer en danse; celui-ci assimile l’homme sans

argent à un lourd reptile: en effet, quand on a la bourse bien garnie,

on se sent plus léger, comme si le contentement était une espèce de

ressort secret qui favorise l’aisance des mouvements; et quand on a

la bourse vide, on se sent plus lourd, comme si la tristesse était un

poids invisible sous lequel on ne peut avoir une allure dégagée: deux

faits qui sont en raison inverse des lois du système de gravité. Il

est probable que cette différence a été présente à l’esprit de l’homme

qui le premier a imaginé de dire _chargé d’argent comme un crapaud

de plumes_; elle est du moins caractérisée dans cette expression. On

sait que l’_argent_ et les _plumes_ se confondent sous une même idée,

dans plusieurs façons de parler usitées parmi le peuple, comme _se

remplumer_, _plumer quelqu’un_, _avoir des plumes de quelqu’un au jeu_,

_laisser ses plumes au jeu_, etc.

Les Polonais disent: _Nu comme un saint turc_, parce que les dervis

ou derviches, religieux turcs qui font profession de pauvreté, vont

toujours les jambes nues et la poitrine découverte, à l’imitation des

gymnosophistes indiens, qui avaient adopté la nudité comme emblème de

leur amour pour la vérité nue.

_L’argent est rond pour rouler._

Maxime des prodigues.

_L’argent est plat pour s’entasser._

Maxime des avares.

_Semer l’argent._

Cette expression fut d’abord employée littéralement pour désigner

une prodigalité mémorable qui eut lieu dans une cour plénière tenue

à Beaucaire par Raymond V, comte de Toulouse, en 1174. Le sire de

Simiane, d’autres disent Bertrand de Raiembaus ou Raibaux, cherchant

à surpasser en magnificence tous ses rivaux, fit labourer avec douze

paires de taureaux blancs les cours et les environs du château, et

y fit semer 30,000 sous en deniers, somme équivalente à 600 marcs

d’argent fin, puisque 50 sous formaient alors un marc.

_L’argent prêté veut être racheté._

C’est-à-dire que celui qui a prêté son argent a autant de peine à le

recouvrer qu’il en aurait à le gagner, car on trouve presque toujours

dans la main qui l’a reçu la main qui refuse de le rendre.

_Ne prêtez point votre argent à un grand seigneur._

Proverbe pris des paroles de l’Ecclésiastique (ch. 9, v. 1): _Noli

fænerari homini fortiori te: quod si fæneraveris quasi perditum habe._

_Ne prêtez point votre argent à un homme plus puissant que vous; et si

vous le lui avez prêté, tenez-le pour perdu._

Le conseil que donne ce proverbe se trouvait fort bon à suivre dans

l’ancien temps, où les grands seigneurs pouvaient facilement abuser de

leur position pour faire attendre longtemps tout créancier bourgeois

qui réclamait son argent, et pour le punir de cette liberté grande:

c’était alors un de leurs plaisirs et même un de leurs priviléges.

Les registres du parlement et les taxes des chancelleries royales

constatent qu’ils obtenaient quelquefois des _lettres de non payer_;

et l’on sait que Philippe de Valois, voulant se montrer reconnaissant

envers ceux qui avaient aidé à son élévation, leur octroya de pareilles

lettres, en grande quantité. Le témoignage de ces faits n’est pas

consigné dans l’histoire seulement, il l’est aussi dans le langage,

car on dit, en parlant d’un débiteur qui tarde à satisfaire à ses

engagements: _Il se croit dispensé de payer ses dettes._

Les Basques se servent du proverbe suivant: _Ne prête pas ton argent à

celui à qui tu serais obligé de le redemander le chapeau à la main._

_Si vous voulez savoir le prix de l’argent, essayez d’en emprunter._

En ce cas, il faut payer l’argent au poids de l’or.

_L’argent ne sent pas mauvais._

Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la Langue Française en rapport avec de proverbes et des locutions proverbiales des autres langues · 第 29 / 62 题