De nouveau, la vie fut belle vers dix heures du soir. Au restaurant très
chic où il les avait invités, M. Lestourbeillon était assis sur la
banquette. Charles Ombraux, à sa droite, tenait entre deux doigts un
long corona, avec la désinvolture nonchalante d’un homme qui, à aucun de
ses repas, n’accepterait un cigare d’une autre marque. Catalin était en
face d’eux, les yeux brillants et noyés dans des rêves imprécis de
gloire, de fête et de bonheur. Comme il ne fumait pas le cigare, on lui
avait donné pour lui tout seul une boîte de cigarettes à bout doré.
M. Lestourbeillon, qui fumait peu, avait déclaré qu’il ne fumait pas;
car il n’éprouvait pas la nécessité de s’éblouir lui-même, et gardait
assez de sang-froid pour ne pas grever l’addition d’une somme
supplémentaire et inutile.
Il était enchanté de son compagnon. Ombraux lui nommait quelques
personnes qui se trouvaient dans le restaurant, des gens qu’il
connaissait de nom, qu’il présumait être riches et à qui il attribuait
avec une grande précision un nombre de millions toujours considérable.
Il fit le récit de parties énormes qui s’étaient engagées au Casino les
jours précédents.
M. Lestourbeillon considérait comme des folies de risquer des sommes
pareilles. Sans se dire exactement pourquoi, Ombraux l’aurait souhaité
moins sage et moins timoré.
Le dîner fini, ils décidèrent de se rendre à la salle de jeu.
M. Lestourbeillon n’y avait pas encore pénétré. Ombraux, avec autorité,
le guidait dans les formalités nécessaires pour obtenir une carte, puis
il l’emmena dans la salle privée, où se joue à banque ouverte le baccara
à deux tableaux.
Catalin était resté dans une autre salle, tout à sa digestion exaltée.
Il tournait autour des tables. Il n’avait pas osé dire à Charlie qu’il
avait accepté de Maric ce dépôt d’argent que son camarade avait refusé.