Madame, vous ayant par le Sr. de Sabran, le XXVe du passé, et despuys,
par cinq dépesches du dernier d'icelluy et du cinquiesme, dixiesme,
séziesme et vingt uniesme du présent, faict toutjour entendre les
adviz que j'ay heu de l'eslévation du North; de la praticque que ceulx
de la Rochelle ont envoyé faire icy par le jeune comte de Mensfelt et
le Sr. de Lombres; de la négociation du marquis de Chetona sur les
différandz des Pays Bas; de la ferme opposition de la Royne
d'Angleterre au mariage de la Royne d'Escoce, pour l'occasion duquel
et du souspeçon qu'on a heu d'elle sur les choses du North, l'on l'a
transportée et resserrée davantaige; pareillement de la prison du duc
de Norfolc, et des aultres mouvementz, préparatifz et apareilz de ce
Royaulme; Vostre Majesté verra meintennant par la lettre du Roy, et
entendra par le Sr. de Vassal, présent pourteur, et par les mémoires
et instructions que je luy ay donnez, tout ce qui a succédé despuys,
et en quoy en sont à présent les choses, ez quelles j'ay miz peyne,
Madame, de suyvre, du plus prez que j'ay peu, ce que j'ay estimé estre
de vostre intention; et loue Dieu que, à quoy qu'elles soyent
meintennant devenues, la Royne d'Angleterre ne demeure que bien
disposée envers Voz Très Chrestiennes Majestez, et monstre vous
vouloir grandement complaire, sinon en ce que je la presse de la Royne
d'Escosse, sur les affaires[22] [de la quelle] elle m'a dict qu'elle
vous avoit fait entendre ses ra[isons] par son ambassadeur et qu'elle
estoit toute esbahye [de n'en] avoir encores responce; mesmes, l'on
m'a asseuré qu'en plusieurs choses elle deffend fermement contre
aulcuns mal intentionnez de son conseil le salut et la vie de la dicte
Dame, et nous faict l'on acroyre qu'avec le temps elle nous donra de
meilleures et plus certaines responces pour elle que [nous n'en] avons
heu jusques icy.
[22] Dans cette page du MS. et les deux suivantes, le bord du
feuillet se trouvant rongé, il manque quelques mots qu'il a été
facile de rétablir.
La dicte Royne d'Escoce vous escript, et vous envoye exprès le Sr. de
Gardelle pour vous compter de ses affaires, et vous requérir quelque
bonne pourvoyance sur iceulx; et m'ayant prié de les vous recorder,
j'ay baillé au dict de Vassal sa mesmes lettre[23] affin qu'il vous
playse prendre la peyne de la veoyr.
[23] Cette lettre n'a point été transcrite sur le registre.
Et me remettant à luy de toutes aultres particullaritez de deçà, sur
lesquelles je vous suplie, Madame, le vouloir ouyr et luy donner foy,
le surplus de la présente sera pour très humblement me ramentevoir à
Vostre Majesté pour le payement de mes gaiges de la chambre et de la
pencion de XII{c} {lt}, qu'il vous a pleu m'ordonner, à ce qu'il vous
playse commander, Madame, que la moictié de la pencion qui me reste de
ceste année, jà escheue (1569), et les gaiges de la dicte mesmes
année, et la moictié de ceulx de la précédante, despuys que suys en
ceste charge, me soyent payez, qui est en tout quinze centz livres,
tant de la pencion que de la chambre, et ordonner que, pour les
aultres suyvantes, je soys miz au rolle des assignez et payé, affin de
n'en importuner plus Vostre Majesté. Ce que j'espère, Madame, que ne
me vouldrez reffuzer, veu que je n'ay ny n'ay heu jamais aultre estat
ny bienfaict de Voz Majestez, et qu'il vous peult souvenir qu'il a
tantost dix ans qu'avez heu desir et intention de me faire du bien,
pour m'avoir veu auparavant longuement servyr, et néantmoins j'ay
toutjour despuys continué le service, et vostre bienfaict n'est
encores venu; mais j'espère en la grande bonté et vertu de Vostre
Majesté que là, où à tant d'aultres vous avez faict recepvoir
honneurs, récompences et advancement de leurs services, vous ne me
ferez demeurer seul confuz d'honte et de paouvretté, pour ceulx que,
avec toute dilligence et affection, vous sçavez, Madame, que j'ay très
fidellement faictz à Voz Majestez; et, je prieray Dieu, après avoir
très humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous doinct,
etc.
De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.