Sire, après que ceulx du North ont heu prins Castelbarne, ville et
chasteau, qui n'ont tenu que huict jours par faulte de vivres, le
comte de Vuesmerland a miz dedans une bonne garnyson et force vivres,
avec dellibération de tenir la place, et le comte de Northomberland
s'en est retourné à Arthelpoul pour y continuer, avec grand
dilligence, la fortiffication qu'il y faict faire. Me. Northon est
pour eulx en la ville de Durem, et d'aultres de leurs principaulx
adhérans sont en d'aultres villes et chasteaulx ez envyrons. Ilz ont
logé le principal de leur armée entre le dict Castelbarne et
Arthelpoul, et ez villaiges qui sont le long d'une rivière tirant vers
Yorc, de laquelle ilz ont faict rompre les pontz et les passaiges, et
se résolvent, à ce qu'on dict, de donner la bataille, si l'armée de la
Royne d'Angleterre entreprend de la passer. J'entendz que le comte de
Vuarvich a escript qu'ilz sont quinze mille hommes de pied, non toutz
bien armez, et deux mil chevaulx en fort bon équipage, et qu'il ne
s'estime encores assez fort pour les combattre; néantmoins prie la
Royne et ceulx du conseil de luy mander résoluement si, avec les huict
ou neuf mil hommes et dix huict centz à deux mil chevaulx qu'il peult
desjà avoir avecques luy, il entreprendra de passer la susdicte
rivière sur eulx. A quoy semble qu'on luy ayt respondu que, du premier
jour, l'on luy envoyera de renfort les gens du Queint, que milor Coban
a levez, et ceulx de Sommercet, qui sont de la charge du comte de
Pembrot, et qu'aussitost qu'il les aura receuz, qu'il ne temporise
plus d'aller rencontrer les dictz ennemys. Par ainsy semble qu'on se
prépare, d'ung costé et d'aultre, à la bataille.
Le comte de Pembrot a esté mandé pour retourner, avec toute faveur et
auctorité, à la court; et par luy s'espère que la réconcilliation du
duc de Norfolc se fera, et qu'il pourra estre miz en liberté.
Ces jours passez, ung consul, de la nation espaignolle, de Bruges,
soubz tiltre de courrier, est passé de deçà avec pacquetz et lettres
pour le marquis de Chetona, lequel ayant esté recogneu a esté arresté
et miz ez mains de Me. Marso, gouverneur des merchantz, mais les
lettres principalles ont esté randues au dict marquis; lequel, pour
son regard, et la Royne d'Angleterre, pour le sien, n'ont estimé que
sa plus longue demeure par deçà peult estre de quelque utillité, dont
est allé prendre publicquement congé de la dicte Dame, sans s'arrester
à certaine aultre façon de congé moins digne, qu'on luy avoit donné
auparavant; et luy a le comte de Lestre faict ung présent de deux
beaulx guilledins. Je ne sçay encores si sur l'embarquement il luy
sera faict aultre présent de la part de la Royne, mais l'on a estimé
qu'il le reffuzera.
J'entendz que la dicte Dame a fort gracieusement expédié le jeune
comte de Mensfelt, et qu'elle luy a faict donner mil escuz, desquelz
semble qu'il eust bien fort grand besoing, et a escript par luy
amplement aulx princes d'Allemaigne; mesmes quelcun m'a dict qu'il
emportoit une lettre de crédict pour faire fornyr quelque somme par
dellà, mais ne sçay encores à quelles fins, bien m'a l'on donné
entendre que c'est pour lever deux mil reytres pour la dicte Dame,
mais n'ay encores certitude de cella.
La Royne d'Escoce vous escript, et vous envoye ung sien gentilhomme
exprès pour vous compter ses nouvelles. J'ay si amplement instruict de
toutes aultres choses de deçà le Sr. de Vassal, présent pourteur, que
vous supliant très humblement, Sire, de le croyre, je n'adjouxteray
rien plus icy qu'une bien dévotte prière à Dieu, après avoir très
humblement baysé les mains de Vostre Majesté, qu'il vous doinct, en
parfaite santé, très longue vie et toute la prospérité que vous
desire.
De Londres ce XXVIIe de décembre 1569.