Sire, je n'ay plustost entendu que quelques ungs estoient venuz de la
Rochelle, que je n'aye incontinent préveu qu'ilz estoient envoyez pour
recouvrer de l'argent, et des blez, et des pouldres de ce royaulme,
ainsy que j'entendz qu'ilz font à présent bien fort grande instance
d'en avoir; mais j'ay mis peyne de préoccuper la Royne d'Angleterre,
premier qu'ilz ayent parlé à elle, de me promettre qu'elle ne leur
baillera, ny souffrira que ses subjectz leur baillent, aulcunes
provisions ny secours, luy ayant protesté de l'infraction d'amytié, si
elle le faisoit ou le permettoit; de quoy elle m'a donné la parolle
que je vous ay desjà escripte le XVIe de ce moys, et croy qu'à grand
difficulté tireront ilz d'elle, ny encores ouvertement de ses
subjectz, rien de cella. Bien pourra estre que par l'employte
d'aulcuns merchantz, soubz colleur d'aultres trettes qui sont desjà
expédiées pour porter des bledz en Portugal, ou bien par quelques ungs
désadvouhez, ilz en pourront estre accommodez de quelque partie, mais
plus habondamment, à mon adviz, les en forniront de Hendem le Sr.
Dolovyn et le bastard de Briderode, devers lesquelz le Sr. de Lombres,
et ung nommé Tafin, toutz deux Flamans, qui demeurent icy pour ceste
négociation, ont à cest effect desjà envoyé home exprès.
Et le frère du comte de Mensfelt, qui estoit arrivé avecques eulx,
après qu'à diverses foys il a heu tretté bien longuement, et fort
secrectement avec ceste Royne et avec le secrétaire Cecille, il a esté
expédié pour passer en Allemaigne; et, par des propos qu'il a tenuz à
Vuyndesor et en ceste ville, semble qu'il ayt opinion de trouver le
duc de Cazimir assez prest de marcher avec cinq mil reytres et huict
mil lansquenetz, et que sa commission soit avec le prince d'Orange de
haster le dict duc de Cazimir et de solliciter à ceste entreprinse de
France les aultres princes protestans.
Quillegrey ne part en sa compaignye, et croy qu'on le réserve pour
l'envoyer après, sellon qu'on verra que les affaires du North se
porteront; desquelz semble qu'on faict desjà prendre une bien fort
bonne espérance à ceste princesse, luy donnant entendre que les deux
comtes, ne s'asseurans plus de leur trouppe, proposent desjà de
gaigner la mer pour se retirer en France ou en Flandres, et que ceulx
qui les ont suyviz monstrent de vouloir accepter le pardon de la dicte
Dame. Et tant pour cella, que pour se trouver la dicte Dame
aulcunement délivrée du doubte, qu'elle avoit du duc d'Alve, elle a
contremandé de ne mettre en mer les sept grandz navyres, qu'elle avoit
ordonnez sortir du premier jour; car a entendu que l'armement, que le
dict duc prépare en Zélande, ne peult estre prest de quatre moys,
pendant lesquelz elle espargnera la despence des dictz navyres, et
aussi, qu'estant la responce, qu'on attandoit du dict duc d'Alve
touchant les différantz des Pays Bas, arrivée, le marquis de Chetona,
à qui l'on avoit desjà assés indignement donné congé, en faisant
semblant, à ceste heure, de le demander à la dicte Dame pour s'en
retourner, il luy a faict tant d'honnestes et gracieuses offres qu'il
a monstré ne vouloir rien moins que le prendre ny que interrompre la
conférance de l'accord; et elle, qui n'a peu user là dessus que de
bonnes parolles, luy en a donné des meilleures qu'elle a peu touchant
le desir qu'elle dict avoir de contanter le Roy d'Espaigne, de sorte
que le dict marquis est encores demeuré pour essayer de remettre en
termes la dicte conférance.
Je ne sçay que juger là dessus, pour la grande incertitude et variété
qui se veoyt ordinairement au conseil de ceste princesse, si n'est
qu'il ne sera mal aysé de trouver ung expédiant de paix entre deux,
qui ne veulent rien tant évitter que la guerre.
J'entendz que, despuys deux jours, l'on a faict interroger le duc de
Norfolc sur l'entreprinse de ceulx du North, et sur le mariage de la
Royne d'Escoce, et sur le propos d'ung aultre mariage pour le faire
despartir d'estuy là; et qu'il a respondu n'avoir jamais heu aulcune
communication avec ceulx du North, ny prétandu à la Royne d'Escoce que
pour le bien de la Royne, sa Mestresse, et de son royaulme, et qu'il
n'est dellibéré d'entendre à nul aultre nouveau propos de mariage,
qu'il ne soit en liberté; dont, se sentant fort ignocent de tout
cella, a envoyé suplier la dicte Dame de le vouloir faire eslargir, ou
aulmoins luy ordonner sa mayson, qu'il a en ceste ville, pour prison,
ce qu'elle ne luy a encores accordé, mais bien luy faict faire plus
gracieulx trettement dans la Tour; et à la Royne d'Escoce, encore que
son courroux ne soit, du tout, bien passé contre elle, ne luy faict
toutesfoys user d'aultre rigueur meintennant, que de la faire observer
de prez par les comtes de Cherosbery et Huntington qu'elle n'ayt
aulcune communication avec ceulx du North, et qu'elle [ne] puysse
escripre ou recepvoir aulcunes lettres du dict duc de Norfolc. Je
bayse très humblement les mains de Vostre Majesté, et prie Dieu qu'il
vous doinct, etc.
De Londres ce XXIe de décembre 1569.