Madame, ne sachant qu'il soit advenu aultre chose, despuys ma
précédante dépesche, laquelle est du dernier du passé, ez entreprinses
de ceulx du North, ny aulx aprestz qu'on faict icy contre eulx, que ce
que j'en escriptz présentement en la lettre du Roy, je ne vous en
manderay rien davantaige en ceste cy; mais je vous diray au surplus,
Madame, que de la bonne lettre que Voz Majestez escripvirent, le IIIe
de novembre, à l'ambassadeur d'Angleterre, sur la vollerie de mon
pacquet et sur les affaires de la Royne d'Escoce, joinct l'instance
que j'en ay faicte icy sur le lieu, sont advenues deux choses, oultre
mon expectation:
L'une, que, ayant la Royne d'Angleterre juré sur ung livre de ses
oraysons qu'elle estoit ignorante du faict de mon pacquet, et qu'elle
mettroit peyne de m'en faire justice, ung homme incogneu vint, devant
hyer, sur les huict heures du soir, estant la porte de mon logis desjà
fermée, jetter par dessus icelle, dedans ma court, le dict pacquet
avec une envelope où y avoit bien peu de motz escriptz en anglois,
desquelz je vous envoye la traduction, qui protestent que le dict
pacquet n'a poinct esté ouvert, ce que je croy estre vray, lequel je
vous envoye tout tel, parce que les lettres que la Royne d'Escoce
vous escripvoit sont dedans.
L'aultre est qu'ayant la dicte Dame trois et quatre foys reffuzé de
donner audience sur les affaires de la Royne d'Escoce à monsieur
l'évesque de Roz, et mesmes ayant dellibéré de faire mettre le dict
évesque en arrest, pour le souspeçon qu'elle a heu de luy, elle
néantmoins luy a faict escripre par le secrétaire Cecille bien fort
gracieusement, qu'elle sera preste de l'ouyr, quant il luy plairra d'y
aller, lequel s'y est tout aussi tost acheminé; dont peult estre que
la dicte Dame se soit résolue de prendre quelque bon expédiant sur la
liberté et restitution de la dicte Dame, sa cousine, ce que nous ne
lairrons réfroydir s'il s'y voyt tant soit peu de disposition. Bien
pensé je que, parmy le marché, l'on vouldra principallement rompre le
mariage d'elle et du duc de Norfolc.
Je croy que ces tumultes du North pourront randre la dicte Royne
d'Angleterre plus trettable envers Voz Majestez Très Chrestiennes
qu'elle n'a esté jusques icy, ez choses raysonnables qui luy seront
requises en vostre nom; et qu'aussi y servira beaulcoup le bon rapport
que toute la flotte des siens, qui est allée ceste année pour le vin à
Bourdeaulx, a faict du bon trettement qu'elle y a receu, et de la
grande faveur que voz gallères luy ont faicte; de quoy la dicte Dame
demeure fort contante. Et semble aussi que, pour la difficulté de ne
pouvoir ou ne vouloir tretter avec le duc d'Alve des différans qu'elle
a avecques luy, elle cerche de se porter plus doulcement et
respectueusement envers Voz Majestez, et certes je n'ay jamais guières
cogneu de mauvaise intention en ce qui procédoit d'elle, mais je ne dy
le semblable de ce qui procédoit de son conseil. Sur ce, je bayse
très humblement les mains de Vostre Majesté, etc.
De Londres ce Ve de décembre 1569.
=Chiffre.=--[J'entendz que le comte de Surampton et le viscomte de
Montegu sont passez devers le duc d'Alve.]--Je vous suplie très
humblement commander qu'il soit faict part de toute ceste despesche à
Monseigneur vostre filz.
_Copie de ce qui estoit escript à l'envelope du pacquet rendu._
Monsieur l'ambassadeur, je vous laysse ces lettres, lesquelles ne me
peuvent de rien servir, et vous asseure, sur ma foy, qu'elles n'ont
jamais esté ouvertes, et le milord Coban menaçoit chacun que s'il
pouvoit trouver celluy qui avoit pris les dictes lettres, qu'il le
pendroit; dont, pour craincte de cella, je les ay aportées à Londres,
et je n'ozerois estre cogneu de mon nom, ny ne le vouldrois estre,
ains plus tost avoir perdu beaulcoup d'escuz.