Madame, attendant de vous envoyer, dans trois ou quatre jours, le Sr.
de Sabran, je vous ay bien vollu faire ceste petite dépesche sur les
occasions que Vostre Majesté verra en la lettre du Roy, à laquelle je
adjouxteray ce mot de plus, que desjà j'ay adviz de trois endroictz,
que la sublévation des catholiques vers le pays du Nort va fort en
avant, et que ceulx cy sont assés empeschez d'y remédier, ayantz, à
ceste occasion, mandé restraindre davantaige les seigneurs qui sont en
prison et en arrest, et semble qu'ilz sont après à susciter une
généralle entreprinse des princes protestans en la cause de la
religion, pour cuyder remédier à leur particullier, dont est dangier
que les Allemans, pour estre fort intéressez avec ceste princesse, ne
s'esmeuvent bien tost, et que le prolongement de la guerre de la
Rochelle ne les attire à faire leurs premiers effortz en vostre
royaulme; sur quoy sera bon, Madame, que faciez prendre garde aulx
aprestz et mouvemens qui se feront le long du Rhin, et je veilleray
sur les actions de deçà, et sur celles que ceulx cy pratiqueront de
dellà, le plus dilligement qu'il me sera possible, et prieray Dieu,
etc.
De Londres ce XXIIe de novembre 1569.