L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA MAJESTÉ DE LA ROYNE D'ANGLETERRE.

1.--Que le Roy Très Chrestien, par ses lettres du XXe de septembre,

mande au dict ambassadeur d'accorder les choses qui furent proposées à

Fernan Castel, le XVIIe d'aoust dernier, touchant le commerce d'entre

la France et d'Angleterre, et que, de sa part, il veult et desire que

toute contractation, tant par mer que par terre, et pareillement la

navigation aillent libres et bien asseurées entre les communs subjectz

de Leurs Majestez.

2.--Et la prie le dict Roy, son frère, qu'elle ayt agréable de faire

abstenir ses dicts subjectz du fréquent et ordinaire commerce qu'ilz

mènent à la Rochelle, pour jouyr et user de celluy que très

libérallement il luy offre en toutz les aultres endroictz de son

royaulme, avecques promesse d'y faire favorablement recuillyr et bien

tretter les dictz subjectz de la dicte Dame, et les faire pourvoir des

choses qu'ilz desirent avoir de son royaulme, avec aultant de

commodité qu'ilz les pourroient recouvrer au dict lieu de la Rochelle.

3.--Touchant la restriction de ne pourter par les Françoys aulcunes

sortes de merchandises de Flandres en Angleterre, ny d'Angleterre en

Flandres, durant la suspencion des deux pays, le dict Roy, Son

Seigneur, estime qu'il n'y a lieu d'en faire article à part, attandu

les bons termes où l'on est d'accorder du premier jour ces différendz,

se réservant toutesfoys, au cas que la Majesté de la dicte Dame

persévère de le desirer, qu'il advisera avec son conseil du moyen que,

sans contrevenir aulx trettez, il l'en pourra satisfaire, ainsy qu'il

desire la gratiffier en beaulcoup plus grand chose que cella.

4.--De tant que les sieurs commissaires, ordonnez sur la restitution

des prinses, n'ont peu satisfaire à l'exécution d'icelle dans le jour

de St. Michel, comme il avoit esté arresté, le dict ambassadeur suplie

très humblement la Majesté de la dicte Dame que son bon playsir soit

accorder d'ung aultre jour, pour à icelluy réallement et véritablement

faire la restitution des prinses, qui se trouveront en essence

apartenir aulx Françoys; ou qui, par les dicts commissaires, aura esté

desjà ordonné leur estre payées, affin qu'en mesme temps la

restitution et mainlevée se face en France des biens des Anglois.

5.--Et que, des aultres choses dont les dicts commissaires n'ont

encores donné deuhe condempnation au proffict des Françoys, Sa dicte

Majesté veuille promettre qu'il leur en sera faict prompte justice,

sans figure ne longueur de procès, à la mesure qu'ilz la viendront

requérir, et qu'ilz pourront sommairement vériffier qu'elles leur

apartiennent.

6.--Au regard des affaires de la Royne d'Escoce, le dict ambassadeur,

de la part du Roy, Son Seigneur, et par son exprès mandement requiert

deux choses:--La première, touchant la liberté et bon trettement de sa

personne, qu'il playse à la Majesté de la Royne d'Angleterre commander

qu'elle ne soit commise ez mains de ceulx qu'elle repputte ses

ennemys, et qu'il ne luy soit dict ny fait aulcune chose qui ne

convienne à la dignité de ce que Dieu l'a faicte estre princesse

souveraine en la chrestienté, parante et alliée des plus grands

princes chrestiens, expéciallement du Roy, Son Seigneur, et de la

Majesté mesmes de la dicte Dame.

7.--La seconde, qu'elle veuille résouldre le Roy, son bon frère, du

secours et assistance que Sa dicte Majesté entend donner à la dicte

Royne d'Escoce, pour estre remise en son estat, sans laysser passer

plus avant les mauvais subjectz de la dicte Dame à establir leurs

affaires, comme ilz font, contre elle dans son propre pays; lesquelz

luy ont desjà ruyné, et se préparent de luy ruyner encores davantaige,

et de tiranniser ses bons et fidelles subjectz, et de vouloir, à toute

force, luy emporter son chasteau de Dombertran; à quoy sera son bon

playsir d'obvier par quelque bon expédiant et prompt remède, sellon

qu'elle a toutjour promiz que oportunément elle le feroit.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 123 / 189 题