Sire, j'yray vendredi prochain présenter les lettres de Voz Majestez
et le Sr. d'Amour, pourteur d'icelles, à la Royne d'Angleterre, ainsy
qu'elle m'a mandé que je l'aille trouver au dict jour; et cependant,
pour ne vous retarder quelques adviz des choses, qui passent en ce
royaulme, concernantz vostre service, je dépesche le Sr. de Vassal
pour les vous aller raporter et pour vous en faire entendre aultant
que j'en ay aprins sur le lieu, sellon que je l'ay bien instruict de
tout; auquel, pour ceste occasion, je vous suplie très humblement,
Sire, vouloir adjouxter foy.
Et vous ayant à faire la présente de tant plus briefve, je ne vous
diray en icelle sinon que les protestans de ce royaulme ont faict
tenir quelques jours la nouvelle de vostre victoire si secrecte, ou
bien l'ont faicte aller si déguysée, que, n'en pouvant les catholiques
avoir quasi aulcune notice, ilz ont envoyé devers moy bien fort
secrectement, mais non sans ardeur et affection, pour sçavoir ce qui
en estoit. Aus quelz ayant faict curieusement entendre et la certitude
et la grandeur du combat, et comme il a pleu à Dieu vous en faire
avoir le dessus par la valleur et bonne conduicte de Monseigneur
vostre frère, non en forme de rencontre et par surprinse, mais de
vifve force en aperte campaigne, où toutes les troupes ont combatu, et
les aultres particullaritez du discours que Vostre Majesté m'en a
envoyé, ilz en ont infinyement remercyé Dieu, et l'ont invoqué de
grand dévotion sur l'entier succez du reste de voz affaires,
bénissant en mille sortes vostre bon heur et le bon heur de Mon dict
Seigneur vostre frère; et monstrent, Sire, qu'ilz ont esté en grand
frayeur de leur propre faict, mais que meshuy, où que les choses
aillent, soit à continuer la guerre ou bien à tretter quelque
pacification, qu'elles ne pourront estre conclues qu'au grand
advantaige de leur bonne cause que vous soubstenez, et bien fort à la
gloyre et réputation de Vostre Majesté.
Le Sr. Chapin a esté plus favorablement receu à son arrivée en ceste
court qu'il ne l'a esté en l'entrée de ce royaulme, luy ayant la Royne
d'Angleterre faict fort gracieulx recueil, et a admiz les principaulx
de sa compaignie à luy bayser la main. Elle s'est fort plaincte du duc
d'Alve et de Monsieur l'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, lequel ne
s'est encores présenté à elle, bien qu'ilz soyent tous deux dans la
mêmes commission. J'entendray plus avant de ce que le dict Sr. Chapin
aura tretté, car c'est de devant hyer seulement qu'il a heu son
audience, et par mes premières je vous en donray adviz, aydant le
Créateur, auquel je prie, etc.
De Londres ce XXVIIIe d'octobre 1569.