Madame, avec les propos dont je fays mencion en la lettre du Roy, qui
ont ceste foys esté tenuz entre la Royne d'Angleterre et moy, nous en
avons heu quelques aultres qui concernoient le service de Voz Majestez
Très Chrestiennes, et encores d'aultres qui regardoient les présens
affaires de la dicte Dame, lesquelz seroient longs à mettre icy; mais
par ung des miens j'en feray, du premier jour, entendre à Vostre
Majesté aultant que j'estimeray qu'il vous pourra revenir à proffict
ou à playsir de les sçavoir; et, pour le présent, je diray seulement à
Vostre Majesté que ceste grande nouvelle de la victoire, que
Monseigneur vostre filz a heureusement gaignée en Guyenne, relève si
grandement la réputation de voz affaires, que, de tant qu'on cuydoit
naguyères la couronne de France estre bien au bas et en ung très
doubteux et dangereux estat, de tant estime ung chacun que vous l'avez
meintennant establye et confirmée plus que nulle aultre de toute la
chrestienté, dont je prie Dieu, qu'après ce tant digne exploict de
force, il vous doinct à si bien employer la prudence sur
l'establissement d'ung repos en vostre royaulme, que voz bonz subjectz
y puyssent dorsenavant vivre en bonne seurté, sans être ainsy
espouvantez, comme ilz l'ont continuellement esté despuys dix ans.
J'escriptz ung mot à Mon dict Seigneur votre filz, que je vous suplie
très humblement commander luy estre envoyé, car ceste Royne s'attand
qu'il luy escripve meintennant, comme il fit après l'aultre victoire
du moys de mars; et baysant en cest endroict très humblement les mains
de de Vostre Majesté, je suplieray le Créateur qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XXIVe d'octobre 1569.