AU ROY.

Sire, ayant, le XIIIe du présent, receu les lettres de Voz Majestez du

dernier du passé, j'ay estimé vous en debvoir donner adviz, et vous

dire par mesme moyen, Sire, qu'encor que ceulx cy ayent, du

commancement, quant ilz sont tumbez en ceste grande souspeçon et

deffiance du duc de Norfolc, exécuté plusieurs choses assés

violentement, ilz se sont néantmoins despuys ung peu modérez, de sorte

que les pacquetz se conduysent assés seurement. Et ceulx de ce conseil

monstrent, à ceste heure que le dict duc est dans la Tour, procéder

par quelque ordre et forme de justice à luy faire son procès, et

semble qu'on n'a encores trouvé sur les comtes d'Arondel, de Pembrot,

ny sur millord de Lomelley, de quoy les envoyer à la dicte Tour; tant

y a qu'on les tient soubz estroicte garde, et a l'on envoyé le dict

[millord] de Lomelley en une mayson forte prez de Vuyndesor, et miz le

dict comte d'Arondel dans le colliège du dict Vuyndesor, et icelluy

[comte] de Pembrot, pour estre vieulx et impotant, demeure resserré en

son logis; et d'abondant l'on a arresté prisonniers le Sr. de

Trokmarthon et le Sr. Roberto Ridolfy; et se dict qu'on a mandé le

comte de Sussex comme souspeçonné de ces affaires et pareillement le

millord Scrup, beau frère et inthime amy du dict duc, et plusieurs

aultres seigneurs du quartier du Nort; mais l'on ne sçait encores

s'ilz viendront.

Les commissaires à faire ce procès sont:--le millord Quiper, garde des

sceaux, le marquis de Norampton, le comte de Betfort, mestre

Quenolles, ser Raf Sadeler, ser Vuater Mildmey et le secrétaire

Cecille,--lesquelz, parce qu'ilz sont toutz personnaiges triez et

choysiz protestans, et fort affectionnez à ceulx de la Rochelle, je

crains leur présente authorité, mesmement que ceulx là ny sont plus,

qui sembloient tenir la main à l'entretennement de la paix entre ces

deux royaulmes.--Le comte de Lestre n'assiste plus à leur procédure,

ains sort du conseil aussi tost qu'on vient à toucher le faict de ces

seigneurs.

Il y a quelque aparance que la Royne d'Escoce sera encores remuée en

ung aultre lieu, et pense l'on que ce sera à Quilingourt, qui est ung

chasteau du comte de Lestre. Elle se monstre magnanime et d'ung cueur

grand et vertueulx en ceste sienne tant malle et adversaire fortune;

en quoy nous luy assistons d'icy à luy donner toute la consolation par

lettres que nous pouvons, et à procurer l'expédition de ses affaires

comme il vous a pleu me le commander.

Ceste nouvelle, qui a desjà couru jusques par deçà, d'une grand

victoire[18] que Monsieur, frère de Vostre Majesté, vous a aquise

contre ceulx de la Rochelle la resjouyra grandement, ainsy que

plusieurs icy très affectionnez à Vostre Majesté s'en rejouyssent

oultre mesure, et attandent en grand dévotion que j'en aye la

confirmation par voz lettres, avec les particullaritez de ce qui y

aura succédé. Dieu veuille que le tout soit sellon le bien et honneur

de vostre coronne, et au proffict et repos de voz bons subjectz.

[18] Bataille de Moncontour, livrée le 3 octobre 1569.

J'ay envoyé aussi resjouyr la dicte Royne d'Escoce du contenu au

postille de voz dictes dernières, parce que la dicte Dame en estoit en

grand soucy et le besoing s'en monstroit si pressé qu'il ne s'y

pouvoit plus souffrir aulcun temporisement.

Le Sr. Chapin Vitel et aultres commissaires de Flandres sont desjà

arrivez à Callais, et monsieur l'ambassadeur d'Espaigne est après pour

avoir une nouvelle et plus ample permission pour leur passaige de

deçà. Sur ce, etc.

De Londres ce XVIIIe d'octobre 1569.

L'on me vient d'advertyr que ceulx de la nouvelle religion, qui sont

icy, parlent d'une entreprinse sur le Croysic en Bretaigne. Il sera

bon, Sire, qu'en faciez donner adviz à Mr. de Martigues ou à Mr. de

Bouillé affin d'y prendre garde.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 115 / 189 题