Sire, vous ayant faict une dépesche le XXVIIe du passé, et estant
celluy par qui je l'envoyois allé devers millor Coban pour prandre son
passeport, qui le luy a faict seulement tarder une heure et demye,
aiusy que despuys il a esté à trois mille de la mayson du dict lord
Coban, au passaige d'ung boys, quelques ungs, montez à l'advantaige,
ayantz les visages couvertz, mais non tant que l'ung d'eulx n'ayt esté
recogneu, le sont venuz charger à coups d'espée par la teste, l'ont
porté par terre, tout follé aulx piedz de leurs chevaulx, et luy ont
demandé incontinent les lettres de France, puys les luy ayant ostées,
l'ont garrotté et attaché à ung arbre, et l'ont layssé là; de quoy,
Sire, j'ay envoyé faire une grand plaincte à la Royne d'Angleterre et
aulx seigneurs de son conseil et ne cesseray jamais qu'ilz ne m'en
ayent faict rayson, vous supliant très humblement, Sire, en faire
aussi parler vifvement à l'ambassadeur d'Angleterre par dellà, affin
qu'il cognoisse que vous en santez une grande offance et que vous
voulez qu'elle soit réparée. Cella est procédé de ce que, se voyantz
ceulx cy pretz de venir à quelque grand trouble et altération entre
eulx pour s'en estre le duc de Norfolc party mal contant de la court;
et craignantz qu'il veuille à toute force mettre la Royne d'Escoce en
liberté, et qu'à cest effect il ayt de grandz intelligences en France,
ilz exécutent tout plain de violences pour cuyder descouvrir ce qu'ilz
en souspeçonnent, et n'est possible à ce commancement d'y remédier.
Mais affin que Vostre Majesté voye de quoy ilz se sont prévaluz sur
moy par ce meschant acte, je vous envoye le duplicata de ma dicte
dépesche, laquelle je n'avois faict en chiffre parce que l'on passoit
et repassoit encores fort librement de France icy et d'icy en France,
et qu'il n'y avoit rien que je ne volusse bien leur dire s'ilz me
l'eussent demandé.
Il est vray que m'estant survenu sur la closture de la dépesche une
petite lettre de la Royne d'Escoce, j'en avois miz une coppie dedans
affin que vous vissiez l'estat où se retrouvoit la dicte dame,
laquelle coppie je vous envoye de rechef et dellibère la faire veoir à
la Royne d'Angleterre pour luy en esmouvoir le cueur, si elle ne l'a
trop dur; et luy mettre devant les yeulx quel grand tort font à sa
réputation ceulx qui luy administrent de si furieulx conseilz, comme
elle les exécute contre ceste pouvre princesse; et avois miz aussi
dans ma dicte dépesche des lettres qu'elle escripvoit à Vostre
Majesté, à la Royne, à Monsieur et à monsieur le Duc et à messieurs
les Cardinaulx, ses oncles, et à madame de Guyse, sa grand mère, qui
n'estoient que de mercyement.
A présent, la dicte Royne d'Angleterre et ceulx de son conseil sont à
dellibérer qu'est ce qu'ilz auront à faire sur ces choses du dict duc
de Norfolc et de la Royne d'Escoce, sur lesquelles les comtes de
Arondel et de Pembrot et milor Lomeley ont esté examinez comme
autheurs de la menée, et sont commandez de ne partir de leurs logis et
séparés les ungs des aultres, dont ne se peult encores juger ce qui en
réuscyra; mais bientost se verra où en iront les résolutions,
desquelles je ne fauldray vous en mander aultant qu'il en viendra à ma
cognoissance; et prieray le Créateur, etc.
De Londres ce IIIe d'octobre 1569.