Madame, il y avoit eu de grosses parolles entre la Royne d'Angleterre
et le duc de Norfolc, premier que j'aye ceste foys parlé à elle, et
j'entendz qu'elle s'estoit corroucée fort asprement à luy de ce qu'il
trettoit, sans son sceu, de se maryer avec la Royne d'Escoce, lui
deffendant fort expresséement de n'y prétandre plus, en quelque façon
que ce soit. Sur quoy, après quelques excuses du dict duc comme il
n'avoit jamais prétandu de faire rien sinon avec le bon congé de la
dicte Dame, et qu'il avoit, devant toutes choses, proposé le bien, la
seurté et l'advantaige d'elle et de sa coronne, il s'est excusé de
n'obéyr à ce commandement qu'elle luy faisoit ainsy en collère, sinon
après qu'elle l'auroit remonstré à son conseil. Et bien qu'elle ayt
répliqué qu'elle n'avoit que faire en cella de l'adviz de son conseil,
le dict duc est demeuré ferme en son opinion; et croy, si la dicte
Dame ne se modère, qu'il taschera tout à la foys de faire eschapper la
Royne d'Escoce pour se retirer en quelque lieu de plus grand seurté en
ce mesmes royaulme que celluy où elle est à présent, et de s'absenter
luy de la court, ce qui ne sera sans quelque altération. Dont, Madame,
il sera plus à propoz que jamais que vous parliez à l'ambassadeur
d'Angleterre, ainsy que par le Sr. de Sabran je le vous ay mandé; et
je prieray Dieu, après avoir très humblement baysé les mains de Vostre
Majesté qu'il vous doinct, etc.
De Londres ce XIVe de septembre 1569.
_Par postille à la lettre précédente de la Royne._
Despuys ceste lettre escripte, j'ay heu adviz que celle du duc d'Alve
portoit de demander saufconduict pour aulcuns personnaiges, depputez
de la part du Roy Catholique, affin de venir tretter avec cette Royne
des différandz dessusdictz, et cuyde l'on que ce seront le Sr. Chapin
Vitel et le docteur Vargas, et que desjà le saufconduict est expédié.
Je vériffieray encores mieulx ce qui en est.