Sire, après vous avoir amplement escript, du jour d'hyer, toutes
occurrances de deçà, je ne pensoys qu'il se deust offrir argument ny
matière de vous faire aulcune aultre dépesche jusques à ce que je
serois de retour de devers ceste Royne; mais sur le raport d'ung
certain personnaige, que j'avois envoyé espyer le partement de la
flotte de Hembourg et recognoistre tout ce qui s'y feroit, lequel
m'est venu trouver sur ce chemyn, j'ay à vous dire, Sire, qu'il a veu
embarquer Mr. de Lizy et le Sr. de Jumelles sur l'ung des deux grandz
navyres de guerre de ceste Royne, qui sont ordonnez pour la conduicte
de la dicte flotte, et qu'il a entendu qu'ilz vont trouver le duc de
Cazimir pour le haster; et que ung Allemant, qui estoit en leur
compaignie, lequel naguières est venu d'Embourg, a dict que, quant il
partit, le dict duc de Cazimir avoit toutes choses prestes pour se
mettre en campaigne, aussitost qu'il auroit heu responce d'icy, et
qu'il estoit bruict qu'il descendroit en France, nomméement en
Picardie. De quoy, Sire, je n'ay vollu différer une seule heure de
vous en donner l'adviz, afin que [vous] ne vous trouviez ny déceu ny
surprins du dict costé d'Allemaigne, car on me baille cecy pour bien
fort asseuré; et si ay heu quelque advertissement, en partant de
Londres, qu'on emporte en ceste dicte flotte ung bon nombre
d'angellotz en espèces, et que les bagues de la Royne de Navarre ont
esté cependant consignées ez mains du Sr. Grassan, principal merchant
du dict Londres; dont n'estant la présente pour rien davantaige, je
prieray Dieu, etc.
De Londres ce VIe de septembre 1569.