RÉPONSE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE.

La dicte Dame m'a respondu--«que nulle aultre personne du monde ne

desiroit plus soigneusement pourvoir au restablissement de la Royne

d'Escoce qu'elle faisoit, pourveu que ce fût sans l'exposer au dangier

de ses ennemys, et qu'elle le peult faire sellon son honneur et

conscience, et, si je luy allégoys l'alliance de Leurs Majestez, elle

luy estoit encores plus prochaine allyée;

«Qu'il y avoit quatre sortes de secours pour la remettre,--l'ung, de

force;--l'aultre, de conseil;--l'aultre, d'argent;--et le quatriesme,

par ung bon accord;--et que la dicte Royne d'Escoce n'avoit monstré

tant mesprizer le repoz de son royaulme et le sang de ses subjectz,

qu'elle n'eust toutjour préféré son retour à sa coronne par l'agréable

consentement de ses subjectz que par la violence d'une guerre; et que,

de sa part, oultre les aultres considérations, ceste cy luy passeroit

fort la conscience, de ne la y vouloir remettre pour exécuter, puys

après, cruellement ses vengeances; car ne vouldroit estre cause du

sang qui s'y espandroit;

«Que, à la vérité, elle n'avoit accepté ny pour responce, ny pour

satisfaction, ce que le comte de Mora luy avoit mandé, dont luy avoit

soubdain escript que, si dans quinze jours il ne luy respondoit

aultrement et mieulx, sellon le propos de la restitution de la Royne

d'Escoce, elle mesmes se feroit la responce, et luy feroit sentyr ce

qu'elle en auroit résolu; et, à ceste occasion, la dicte Dame pryoit

Leurs Majestez Très Chrestiennes d'avoir pacience pour ce peu de

temps.

«Il est vray qu'elle me vouloit bien dire que la dicte Royne d'Escoce

ne s'estoit bien déportée envers elle, encores qu'elle luy heust esté

plus que bonne mère, et luy eust saulvé la vye; et qu'elle sçavoit

tout ce qu'elle avoit pratiqué, despuys qu'elle estoit entré en ce

royaulme, aultant par le menu comme si elle y eust esté appellée, car

les princes ont des oreilles grandes qui oyent loin et prez, en divers

lieux; et que la dicte Royne d'Escoce s'estoit esforcée de mouvoir le

dedans de ce royaulme contre elle, par le moyen d'aulcuns des siens

qui luy promettent de grandz choses, mais c'estoient gens qui

conçoyvent des montaignes mais ne produisent que petitz monceaulx de

terre, qui l'avoient pancé si sotte qu'elle n'en sentyroit rien, mais

elle s'en estoit toutjour moquée dans la manche; et que n'ayant la

dicte Royne d'Escoce bien vollu user d'elle comme de bonne mère, elle

méritoyt qu'elle luy fût marastre;

«Qu'elle se sentoit en assés bon estat de forces et d'argent, et de

toutes choses, pour ne pouvoir estre constraincte, par nulle force

qui soit aujourduy au monde, à faire en cest endroict, pour la Royne

d'Escoce, sinon ce qu'elle estimeroit estre bon et convenable à son

honneur, à son debvoir et à sa conscience; et que plusieurs choses

s'obtiennent et se conduysent, par la bonne grâce et bienveillance,

des princes bien nays, qui sont ayséement destornées, quant on les

veult admener aultrement; et qu'il luy restoit sur le cueur plusieurs

aultres choses, qu'elle me diroit mieulx à propos une aultre foys;

seulement me vouloit demander comment j'estimoys que le Roy la peult

secourir à ce besoing; car il luy fauldroit passer la mer.»

* * * * *

Sur quoy, après luy avoir donné satisfaction, pour Leurs Majestez Très

Chrestiennes et pour moy, touchant ce qu'elle avoit sur le cueur de

cest affaire, et m'ayant elle monstré d'en estre bien fort

satisfaicte, je luy respondiz que, grâces à Dieu, le Roy avoit de très

grandz moyens de la secourir, et qu'elle mesmes les pouvoit comprendre

par ce qu'elle en oyoit dire, sans que je les luy particularisasse; et

qu'il restoit, oultre cella, grand nombre de bons subjectz et

serviteurs à ceste princesse dans son royaulme, aus quelz n'estoit

besoing que de bien peu de secours; et, quant à passer la mer, il y

avoit assés vaysseaulx en France, et des gens qui sçavoient bien ceste

route; et que je croyois qu'elle mesmes, à ung besoing, nous ayderoit

de ses propres vaysseaulx pour une si légitime entreprinse, laquelle

je luy vouloys encores dire qu'il failloit, par nécessité, qu'elle fût

exécutée.

Et nonobstant que lors, en présence de ceulx de son conseil, elle se

courroucea asprement, et fit de grandz menasses, elle s'est despuys

modérée, et n'ont, les persuasions de la duchesse de Suffoc et de la

comtesse de Lenos contre ceste cause, tant peu comme les bonnes

raysons qu'on luy admène pour icelle, dont s'en attand quelque bonne

expédition en brief.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 73 / 189 题