A LA ROYNE.

Madame, ce que j'escriptz présentement en la lettre du Roy est pour

vous représanter toutjour l'estat auquel me semble que continuent les

choses de deçà, et le jugement qu'on peult faire à quoy elles

deviendront, sellon les propos que la Royne d'Angleterre et les

seigneurs de son conseil m'en ont tenu, qui certes monstrent, elle et

eulx, d'estre en perplexité comment ilz pourront satisfaire aulx

contraires promesses, qu'il semble qu'ilz ont faictes aulx deux

parties; sçavoir, à Voz Majestez Très Chrestiennes de persévérer en la

paix et aulx aultres d'estre avec eulx en ceste guerre, avec lesquelz

on voyt bien desjà qu'ilz sont de volonté et de plusieurs secours, que

soubz main ilz leur ont baillé et baillent encores toutz les jours;

mais les aultres, ne se contantans de cella, les pressent de se

déclairer davantaige ouvertement pour leur cause, estimans que cella

portera grand faveur, et bien fort grand dommaige à la vostre; à quoy

par leurs apprestz ilz monstrent certes se disposer, bien que leurs

parolles, mesmement celles de la dicte Dame, ne sont rien moins qu'à

la déclaration de guerre, dont est mal aysé de préveoir au vray ce

qu'ilz feront; et croy que eulx mesmes ne l'ont encores plus

expressément déterminé que de commettre leurs entreprinses à ce que le

temps et l'occasion leur présentera. La dicte Dame a respondu

résolument qu'elle ne prestera poinct d'argent sur les bagues de la

Royne de Navarre, laquelle responce a esté pour satisfaire Vostre

Majesté et contanter aulcuns de ce conseil; mais en effect le sieur

Grassan faict secrectement toute la dilligence qu'il peult, pour

trouver en ceste ville les XXX mil livres esterlin, dont en mes

précédantes je vous ay faict mencion: et ainsi, la pluspart des choses

qui s'obtiennent, icy et en Allemaigne, au proffict de ceulx de la

Rochelle, sur le crédit et moyen de la dicte Dame, se mènent sans le

sceu d'aulcuns principaulx de ce conseil, et quelque foys sans celluy

mesmes de la Royne, et souvant contre l'intention d'elle et d'eulx, et

si secrectement que je suys en grand peyne de les descouvrir. Il est

freschement arrivé de la Rochelle ung Allemant, et en sa compaignie

ung Françoys, de qui je ne sçay encores le nom, qui ont aporté toutz

deux plusieurs lettres de leur camp à ceste Royne et aulx seigneurs de

son dict conseil; je mettray peyne de sçavoir que c'est, et prieray

atant le Créateur, etc.

De Londres ce Xe d'aoust 1569.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 53 / 189 题