Sire, ceulx qui sollicitent icy les affaires de ceulx de la Rochelle
et des princes protestans, voyantz les quatre ourques, qu'ilz avoient
armées dans ceste rivière, estre à mon instance mises en arrest, qui
aultrement s'en alloient prestes pour partir dans huict jours, ont
faict, lundy et mardy de la sepmaine passée, soir et matin, une
extrême dilligence, envers ceste Royne et les seigneurs de son
conseil, de faire lever le dict arrest et d'obtenir d'aultres
provisions, qu'ilz pourchassoient pour l'entretennement de leur
guerre. Sur quoy, arrivant le mercredy à Otlan, je trouvay qu'ilz y
estoient encores avec grand espérance d'obtenir une pleyne et entière
déclaration de ce qu'ilz demandoient. Néantmoins s'estantz ung peu
retirez, les seigneurs du conseil sortirent à la salle de présence
pour tretter paysiblement avecques moy des choses que j'avois à dire à
leur Maistresse, à laquelle incontinent après ilz m'introduyrent, et
je cogneuz par le propos qu'elle me commança qu'il n'y avoit guières
qu'elle avoit débattu du faict de ceste guerre avec monsieur le
cardinal de Chastillon; car elle m'en parla tout soubdain, et
travailla beaulcoup de descouvrir de moy si Vostre Majesté estoit
fermement résolue de vouloir mettre fin à ceste guerre et aulx
différans de la religion par les armes. Sur quoy, sans m'advancer de
rien, j'escoutay paysiblement son discours, lequel pour estre long je
remettray, Sire, à le vous faire entendre par ung des miens que
j'envoyeray bientost le vous réciter; seulement vous diray qu'il
semble que, du costé d'Allemaigne et d'icy, l'on envoyera devers Voz
Majestez Très Chrestiennes pour en sçavoir vostre intention, affin de
veoir si la cause de la religion va séparée de celle de l'estat ou
non, pour, puys après, faire là dessus une déterminée résolution en
leurs affaires.
Je fiz un particullier récit de l'estat des vostres à la dicte Dame,
tant de ce que Monsieur, frère de Vostre Majesté, s'alloit remettre en
campaigne que de ce que ceulx de la Rochelle avoient exploicté de leur
part, et de la nouvelle levée des Suysses, et de celles des gens de
pied françoys, jouxte le contenu de voz lettres, luy touchant à propos
ung mot du desplaysir que vous aviez d'entendre la sublévation de son
pays d'Irlande, à quoy vous n'estiez prest de tenir aulcunement la
main; ains au contraire, si vous y pouviez quelque chose pour la
conservation de son estat et authorité au dict pays, vous me
commandiez luy dire que vous vous y offriez de bon cueur. Et
poursuyviz les aultres particullaritez, que j'avois à luy dire des
choses d'Allemaigne et de celles d'icy, de celles de la Rochelle et
de la restitution des prinses, avec grand soing de la disposer envers
vous et vos présens affaires, le mieulx que je le pouvois faire.
La dicte Dame me respondit que, pour la confiance que Voz Majestez
Très Chrestiennes monstriez avoir d'elle en voz affaires, en les luy
faisant ainsy privéement communiquer, elle se sentoit obligée d'en
desirer la prospérité, comme certes elle faisoit, et vous prioyt de
croyre que, demeurant la religion, de laquelle elle estoit, en son
estat, elle desiroit au reste que vostre coronne et vostre grandeur et
authorité, ensemble celle de la Royne, vostre mère, demeurassent aussi
entiers et sans diminution comme elle le desiroit pour elle mesmes; et
que la sublévation d'Irlande n'estoit guyères dangereuse, car estoit
chose assés ordinaire à ces sauvaiges, de laquelle elle sçavoit desjà
comment en debvoir sortir; qu'aussy aysé, disoit elle, fût il de
remédier aulx troubles de vostre royaulme: néantmoins elle ne layssoit
de vous estre aultant attenue de l'offre que luy faisiez en cella,
comme s'il y alloit de la propre coronne d'Angleterre; dont me prioyt
vous en présenter son meilleur salut et son bien exprès mercyement par
mes premières; et que, si vous aviez heu ceste bonne pensée pour elle
à la conservation de son pays, qu'elle en avoit heu premier une aultre
pour vous pure et droicte à la conservation du vostre, et s'estimeroit
encores bien heureuse s'il luy en pouvoit venir une segonde en
l'entendement, pour la mettre en termes, qui vous fût aultant agréable
comme elle la vous desiroit bien fort utille; que touchant les choses
d'Allemaigne, Quillegrey luy avoit escript qu'ung comte du pays, non à
la vérité de ces grandz, mais bien ung des principaulx et plus
estimez aulx charges de la guerre, luy avoit dict qu'il estoit très
asseuré qu'une aultre levée d'Allemans, de pied et de cheval, estoit
preste et qu'elle marcheroit bientost pour aller secourir la cause de
leur religion, comme avoit faict celle du duc de Deux Pontz; et que,
des quatre ourques dont je luy avois parlé, elle les avoit faictes
arrester; et pour la restitution des biens des Françoys, qu'elle en
avoit signé une lettre, laquelle elle commanda sur l'heure au
secrétaire Cecille de me la monstrer et m'en bailler la coppie.
Et ainsy, je me licentiay en bien fort bons termes de la dicte Dame;
néantmoins, au partir d'elle, retrouvant encores aulcuns de ces
seigneurs dans la salle, l'ung des principaulx me dict, comme en
riant, et toutesfoys en façon qui ne sembloit se moquer, que si nous
ne sçavions avoir la paix avec les nostres, ilz ne la pourroient ny
vouldroient avoir avecques nous; et adjouxta avec sèrement, et comme
homme qui sembloit y avoir regrect, que si Vostre Majesté menoit cecy
à l'extrémité des armes, qu'il voyoit que les choses n'yroient bien
entre ces deux royaulmes. Et despuys, j'ay entendu que Dolovyn a mandé
continuer l'aprest des ourques, et qu'il espère avant quinze jours
faire lever l'arrest d'icelles, lequel terme je crains bien fort que
se raporte au temps qu'ilz entendent que ces aultres Allemans
commanceront de marcher, et qu'ilz veulent lors mettre tout le reste
de leur apareil en mer. Ilz dépeschent promptement deux des grandz
navyres de guerre pour conduyre la segonde flotte qui va en Hembourg,
et les dix aultres, qui sont prestz, demeurent dans la rivière de
Rochestre, oultre ung bon nombre d'aultres qui sont en équipaige dans
divers portz de ce royaulme. Je ne seray cependant ny paresseux, ny
endormy sur leurs actions, à mettre en besoigne tout ce que je pourray
pour les modérer, et au moins pour les vous mander d'heure à aultre,
ainsy que je les verray advenir.
Les merchans qui estoient allez à Roan sont revenuz, qui font ung très
bon rapport de Mr. le mareschal de Cossé et de ceulx avec qui ilz ont
eu affaire. Il est venu deux aultres merchans françoys avecques eulx;
je les ay toutz ouys parler et semble que les différans et difficultez
qui se font, des deux costez, se pourront aulcunement accommoder. Il
avoit esté respondu au secrétaire de monsieur l'ambassadeur d'Espaigne
que son maistre pourroit venir à l'audience quant il luy plairroit, et
despuys estant renvoyé pour sçavoir l'heure d'icelle, l'on luy a
opposé nouvelles difficultez qui mettent la matière en longueur. L'on
n'attend que l'arrivée de ceulx qui, en l'assemblée de St Jehansthon
le XXVe du passé, ont esté depputez par le comte de Mora pour venir
icy, affin de procéder incontinent après au faict du restablissement
de la Royne d'Escoce. Sur ce, etc.
De Londres, ce Xe d'aoust 1569.
L'on me vient d'advertir que ceste levée de reytres, dont ceste Royne
m'a cy dessus parlé, se faict par des nepveuz du feu duc de Deux
Pontz, oultre celle du duc de Cazimir, et que par lettres de
Quillegrey, du XXIIe du passé, l'on a adviz qu'ilz marcheront
aussitost que XIIII mil livres esterlin, c'est envyron quarante sept
mil escuz, restans de XL mil livres esterlin, dont souvant j'ay faict
mencion, seront fornyes, lesquelles seront bientost prestes. Je
mettray peyne de sçavoir plus au vray ce qui en est.