Madame, par mes précédantes, du XXVIIe du passé et du premier d'estuy
cy, j'ay faict entendre à Voz Majestez l'estat des choses de deçà le
plus par le menu que je les ay peu sçavoir, lesquelles continuant
estre encores de mesme, je ne vous mande en la lettre du Roy sinon ce
que despuys est survenu, qui semble torner à la confirmation
d'icelles. Et à cella j'adjouxteray seulement, Madame, que, ayantz
ceulx cy naguières dépesché, d'ung costé le sire Gilles Grays en
Hembourg sur ung vaysseau légier qu'ilz appellent le brigantin de la
poste, et layssé aller de l'aultre le sire Henry Chambrenant, luy
quinziesme, vers ceulx de la Rochelle, non par exprès congé, mais
comme de luy mesmes, pour estre néantmoins comme ung agent de ceste
Royne en leur camp, affin de luy escripre la vérité des choses ainsy
qu'elles y adviendront, parce qu'on commence à n'adjouxter foy à ce
qui s'en mande de dellà, ilz sont attandans, à ceste heure, nouvelles
de ces deux endroictz, et tiennent cependant leur apareil et armement
prestz; et ne layssent pour cella de se porter toutjour gracieusement
envers moy, avec toutz signes de paix, et je metz peyne de les y
confirmer, et fays entre deux tout ce que je puys pour leur oster
l'opinion de la guerre, à laquelle je vous ay mandé que je les veoy
préparez. Je vays aujourd'huy trouver la dicte Dame à Otlan, où elle
m'a assigné l'audience, et par les propos que je luy tiendray de
vostre dépesche du XXVIIe du passé, j'essayeray de tirer des siens ce
que je pourray de son intention, et de bien disposer icelle envers
vous et voz présens affaires, le plus qu'il me sera possible; aydant
le Créateur auquel je prie, etc.
De Londres ce Ve d'aoust 1569.