LETTRE DE LA ROYNE D'ANGLETERRE A LA ROYNE D'ESCOCE.

--de Grenuich, le XXVe de may 1569.--

Madame, à mon grand regrect, j'ay entendu le grand dangier en quoy

estiez naguières, en quel je loue Dieu de n'en avoir rien ouy, jusques

à ce que le pire fût passé; car, combien qu'en tout temps et lieu,

telles nouvelles ne m'eussent peu contanter, si est ce que si tel

mauvais accidant me fût mandé des cieulx que quelque mal vous advînt

en ce pays, je croy vrayement que mes jours me sembleroient trop

prolongés pour, devant mourir, recepvoir si grande playe. J'espère

tant en la bonté d'icelluy, qui m'a toutjour gardée de malles

advantures, qu'il ne permettra que je choppe en telz retz, et, pour me

garder en ceste bonne opinion de bonne faveur en mon endroict, il m'a

faict cognoistre par vostre commandement la dolleur qu'aultrement

j'eusse senty, si le contraire m'eust advenu, et vous promectz de luy

en avoir randu souvant grâces infinyes.

Quant à la responce, que vous recherchez recepvoir par mylord Boyt, de

ma satisfaction en la cause, touchant monsieur d'Anjou, je ne dobte

point ny de vostre honneur, ny de vostre foy, en ce que m'escripvez de

n'en avoir onques pensé telle chose, mais pour ce que, peult estre,

quelque parent ou bien quelque ambassadeur vostre, ayant authorité

généralle, de vostre main, pour l'authoriser de faire toutes choses

pour l'advancement de voz affaires, ayent adjousté telle promesse,

comme venant de vous, et le pensant contenu en leur commission, comme

telle chose qui plus servyst d'esperon pour chevaulx de haulte race.

Car si nous voyons [que] souvant ung petit rameau sert à saulver la

vye aulx noyans, [et] que ung petit droict anime le combattant, je ne

sçay pourquoy ne penseroient ilz que la barque de vostre bonne fortune

flotant en mer dangereux, à quoy tant de ventz contraires soufflent,

ayent besoing de toutes aydes pour obvier telz maulx et vous conduyre

à bon port; et si ainsy soit, qu'ilz se sont serviz de vous en telle

chose, vous pouvez en honneur nyer l'intention, mais si est ce que le

droict leur demeure, et à moy apartient le tort. Pour aultant, je vous

suplie y avoir telle considération de moy, qu'apartient à telle [qui]

n'eust onques mérité en vostre endroict que vray guerdon et honnorable

opinion, avec telz faictz qui gardent le vray accord d'une telle

armonye que la mienne, qui en toutes mes actions vers vous n'a onques

failly la droicte mesure.

Pour tant ce porteur vous déclairera plus amplement ce que je souhayte

en ce cas. Oultre plus, si vous recherchez quelque responce de la

commission donnée à milor Roz, je croy que vous oblyez combien prez il

me touche, si je m'en mélasse jusques à ce que je soys satisfaict en

ce qui vous touche en honneur et moy en seureté. Ce temps pendant, je

ne vous fâcheray plus de longue lettre, sinon qu'après mes cordiales

recommendations, je prie le Créateur vous garder en bonne santé et

vous donner longue vie.

Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Second Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575 · 第 27 / 189 题