Madame, j'ay miz en la lettre du Roy les principaulx poinctz que, pour
ceste heure, j'ay à fère entendre à Voz Majestez, mesmes de ce que,
despuys dix ou douze jours, je me suys trouvé bien perplex pour les
divers adviz que, coup sur coup, l'on m'a donné comme ceulx cy se
préparoient à une déclaration de guerre ou à fère une ouverte
entreprinse sur quelque endroict de vostre royaulme, qui n'a esté sans
que j'aye miz peyne d'aprofondir le faict, et recercher, jusques dans
les volontez et intentions de ceulx de ce conseil, ce que j'en debvois
bien croyre, et puys le vous mander, premier que de vous mettre en
plus de peyne que celle où je comprens bien que Vostre Majesté est
meintennant pour rechasser le duc de Deux Pontz hors de la France.
Sur quoy Vostre Majesté considèrera ce que j'en mande au Roy; mais,
oultre que desjà j'ay déposé une partie de la peur qu'on m'en donnoit,
je vays encores ceste après diner m'en esclaircyr et confirmer
davantaige avec ceste Royne, et avec les seigneurs de ce conseil, sur
l'occasion de tretter avec eulx du contenu ez deux dernières dépesches
que j'ay freschement receues de Voz Majestez, et, par mes premières,
j'espère que je vous résouldray clairement du tout. Au moins espérè je
avoir toutjour notice des aultres armemens que ceulx cy pourront fère
de nouveau, oultre ceulx qu'ilz ont desjà en mer, premier qu'ilz
puyssent estre en estat de les employer à quelque entreprinse. Au
reste, je me doubte bien que j'auray à respondre à la dicte Dame sur
ce que Mr. Norrys luy a mandé de la mort de Mr. Dandellot comme elle
luy a esté avancée par poyson, et a escript que c'est ung Itallien
Florentin, lequel en pourchasse inpudentment la récompense à Paris,
qui se vante de l'avoir aussi donnée à Mr. l'Admyral et aultres, ce
que l'on mect peyne de fère avoir en si grand horreur et exécration à
ceste Royne, et aulx plus grandz de sa court, que j'entendz que,
despuys cella, l'on a ordonné je ne sçay quoy de plus exprès en
l'essay accoustumé de son boyre et de son manger, et a l'on osté
aulcuns Italliens de son service, et est sorty du discours d'aulcuns
des plus grandz qu'encor qu'il ne faille dire ny croyre que telle
chose ayt esté faicte du vouloir ny du commandement de Voz Majestez,
ny que mesmes vous le veuillez meintennant aprouver après estre faict,
que néantmoins toutz princes debvoient dorsenavant avoir pour fort
suspect tout ce qui viendra du lieu d'où telz actes procèdent, ou qui
y sont tollérez; et s'esforce l'on, par ce moyen, de taxer et rendre,
icy, odieuses les actions de la France; et croy qu'on en faict aultant
ailleurs. Mais sur l'asseurance de ce que le Roy m'a escript, par sa
lettre du XIIIIe du passé, de la mort du dict Sr. Dandellot,
j'asseureray fort que ce qu'on dict du poyson est une calompnie, et
que Voz Majestez ne serchent ceste façon de mort, mais bien
l'obéyssance de voz subjectz, et de donner ung juste chastiement à
ceulx qui présument de la vous dényer.
J'entendz que ung gentilhomme françoys, nommé le Sr. de Jumelles, est
despuys hyer arrivé par deçà, vennant d'Allemaigne, par la voye
d'Embourg, lequel dellibère passer en France et aller trouver le duc
de Deux Pontz, pour luy porter quelque asseurance d'ung nouveau
renfort et secours de la part du duc de Cazimir et aultres princes
protestans. J'advertiray aulx passaiges de prendre garde à luy, et
Vostre Majesté, s'il luy playt, commandera d'y avoir aussi l'oeil dans
le pays; et je prieray Dieu, etc.
De Londres ce Xe de juing 1569.
La Royne d'Escoce se porte bien, et j'attandz, dans trois jours, ung
des siens qu'elle dépesche devers Voz Majestez pour avoir la
déclaration de Monseigneur vostre filz sur le tiltre qu'on luy
objecte qu'elle luy a cédé du royaulme d'Angleterre.
* * * * *
(Plus a esté miz à la lettre de Mr. de l'Aubespine, du dict jour, par
postile, que:--ayant ung peu eschauffé les seigneurs de ce conseil sur
la pratique de continuer la paix et le commerce d'entre ces deux
royaulmes, ilz m'ont envoyé les noms des merchans qu'ilz ont ordonné
passer à Roan pour la dellivrance des biens des Anglois par dellà,
avec asseurance que la Royne, leur Mestresse, me baillera lettre,
signée de sa main, pour fère restituer aulx Françoys leurs biens, qui
sont arrestez par deçà, au mesmes jour que le Roy, par lettre aussi
signée de sa main, mandera fère la dellivrance aus dictz Angloys; dont
vous prie, monsieur, pendant que les choses sont en quelques bons
termes, envoyer, du premier, à Mr. le maréchal de Cossé ou à moy, une
lettre de Sa Majesté, qui porte en substance ce qui est contenu en ce
billet à part et je procureray en avoir aultant de la dicte Dame:
«Qu'il soit le bon playsir du Roy d'accorder une lettre, signée de sa
main, portant promesse que tout ce qui est prins ou arresté, des biens
des Angloix, en son royaulme, leur sera randu, et la réelle
dellivrance leur en sera faicte, au mesmes jour et temps que la Royne
d'Angleterre, sa bonne soeur, par aultre lettre aussi signée de sa
main, déclairera que ce qui a esté prins et arresté en Angleterre ou
qui s'y trouvera, en essence, apartenir aulx Françoys ou que iceulx
Françoys monstreront et vériffieront sommairement leur apartenir, leur
sera réallement restitué; et que Sa Majesté trouve bon que ce soit le
Xe de juillet prochain, 1569; et, au reste, que des prinses et
pilleries qui ont esté commises, d'ung costé et d'aultre, Leurs
Majestez feront mutuellement administrer justice à leurs communs
subjectz jouxte la teneur des trettez.»
Passeront en France, pour tretter sur le relaschement des biens
arrestez des Angloix, Richart Patrik, Thomas Waker, et Françoys
Benysson, marchandz de Londres.)